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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Projet de constitution d’un Bureau International d’information
{Bilan} n°38 - Décembre-Janvier 1937
Article mis en ligne le 2 avril 2017
dernière modification le 30 mars 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous publions ci-après une partie essentielle d’un projet de constitution d’un Bureau de liaisons international, projet que nous avons publié pour la première fois dans le n° 1 de Bilan. Ni à cette époque, ni plus tard, nous ne sommes parvenus à faire discuter sérieusement ce projet par les groupes communistes des différents pays et les tragiques événements d’Espagne sont venus confirmer à nouveau les dangers d’un isolement complet des groupes qui continuent à se réclamer du marxisme révolutionnaire. Alors qu’à Barcelone le Bureau de Londres envisage de réunir les débris de la deuxième Internationale et demi, que le Centre de la soi-disant IV° Internationale envisage d’y participer, il n’était pas inutile que notre fraction dresse contre cette démonstration foraine destinée à enfoncer toujours plus profondément le fer de l’opportunisme dans les chairs des ouvriers, le drapeau des principes marxistes et internationalistes qui l’a guidée en 1933 et qui la guide aujourd’hui encore.
Les événements d’Espagne représentent la fameuse barricade de 1914. Ceux qui marchent indirectement ou directement avec le front antifasciste trahissent, le prolétariat et aucun accord ne devient possible !e, sinon la lutte la plus implacable pour les chasser du mouvement ouvrier. Mais ceux qui restent fidèles au marxisme doivent se retrouver dans la tornade des événements. C’est pour ces camarades que nous republions cet extrait de notre projet dont maintes parties sont aujourd’hui périmées - tel l’espoir d’inviter les groupes de l’ex-opposition internationale de gauche (trotskiste) à un travail de discussions idéologiques - par l’évolution des événements qui a vu la liquidation d’une multitude de groupes et le développement de la confusion au sein du mouvement ouvrier international.

LA REDACTION.

Le fondement d’une organisation politique repose sur la notion de la classe. La lutte des classes s’exprime autour au problème de l’Etat. Le capitalisme luttera pour défendre, au travers de la machine étatique, son régime ; le prolétariat luttera pour sa destruction et pour l’instauration de l’Etat prolétarien.
Un parti de classe de fonde sur la notion de la lutte ouvrière contre et pour la destruction de l’Etat capitaliste.
Au point de vue international, le prolétariat ne trouve pas devant lui un Etat capitaliste mondial et unifié, mais une série d’Etats qui, tout en étant solidaires pour la conservation du régime de la propriété privée, sont poussés à déverser les contradictions du système dans l’alternative de la guerre entre les prolétaires des différents pays, pour éviter l’autre alternative qui aboutit au triomphe de la révolution mondiale. De ce fait, la constitution de l’Internationale suit un processus beaucoup plus compliqué que celui de la construction d’un parti et le problème même de l’établissement des rapports internationaux, fussent-ils très élémentaires, présente de grandes difficultés. Cela, bien entendu, en vue de l’édification de l’organisation du prolétariat international, et non seulement de l’établissement de simples liaisons.
Tout parti peut être fondé seulement selon des considérations internationales. Il n’est nullement exclu qu’un seul parti puisse déterminer les assises politiques de toute une Internationale, et cela en fonction de la position historique d’un pays dans l’évolution sociale du monde. Mais ce parti réalisera pratiquement cette fonction s’il peut s’appuyer sur les formations correspondantes dans d’autres pays et qui représentent une tradition révolutionnaire de travail, un courant profond de la classe ouvrière. Si, par contre, ce parti utilisait son expérience supérieure pour décrocher des adhésions superficielles dans tous les pays, au lieu de contribuer à la formation de l’Internationale, il s’exposerait lui-même à une désagrégation future.
Pour ce qui concerne l’I.C. et le processus de sa formation, il faudra examiner ses méthodes initiales, afin de mettre en évidence les erreurs qui auraient été commises à cette époque.
Lors de la Nep, les premières difficultés graves de la révolution russe dérivaient du fait que la révolution mondiale n’avait pas suivi le cours prévu par les bolcheviks. Dès ce moment, la tâche de construction de l’I.C. ne pouvait plus se borner au seul parti russe. Mais les autres sections de l’Internationale qui n’étaient pas en condition d’aider le parti dans sa tâche en Russie, étaient encore moins aptes à recevoir l’héritage du parti russe pour construire l’I.C. Le centrisme du P.C.R. devait trouver, dans les autres sections de l’I.C., l’appui qui lui était nécessaire dans sa lutte contre la gauche marxiste et son dirigeant Trotsky.
En 1927, la théorie du socialisme dans un seul pays devait signifier une rupture principielle avec les principes mêmes de l’I.C. La lutte des fractions à cette époque pouvait encore s’orienter vers une perspective de régénérescence de l’I.C. et cela parce que la situation mondiale comportait la possibilité de la polarisation de la révolution mondiale autour de la Russie Soviétique.
Lénine disait que l’époque de l’impérialisme capitaliste est l’époque des guerres et des révolutions. Le processus historique partant d’Octobre 1917, pour aboutir à la révolution mondiale, s’est croisé avec un courant contraire qui peut aboutir vers une nouvelle guerre, avant de rejoindre le chemin de la révolution. La condition que l’impérialisme mondial devait réaliser pour la nouvelle guerre consistait surtout dans l’écrasement des organisations de classe du prolétariat allemand. L’.IC. a signé son acte de mort en se refusant à mobiliser le prolétariat mondial contre l’avènement du fascisme en Allemagne et en transmettant ses fonctions et celles de l’Internationale Syndicale Rouge aux parodies sinistres genre Amsterdam et Copenhague.
Face à la mort de l’I.C. se pose le problème de la formation des cadres capables de reconstruire l’organisation internationale du prolétariat. Dans ce but, il est nécessaire de fonder des fractions de gauche dans chaque pays. La base politique de celles-ci doit être trouvée, en tout premier lieu, dans les fondements mêmes de l’I.C. et se parfaire, à la suite d’une critique de tous les événements d’après guerre. Cette critique représenterait l’apport spécifique de chaque prolétariat aux problèmes que l’I.C. n’a pu résoudre lors de sa fondation.
Pour la délimitation idéologique d’un courant de gauche au sein des partis communistes, les matériaux n’existent pas encore. La formation de courants de gauche a été compliquée du fait que la droite n’a pu s’épanouir sous une forme comparable aux courants droitiers de la IIe Internationale (Bernstein). Jusque maintenant, les luttes de tendances parmi les groupes d’Opposition ont été extrêmement confuses. A tel point que la situation allemande a vu coïncider les opinions du camarade Trotsky et du camarade Brandler. Cette confusion trouve son expression dans la formule courante de l’adhésion aux quatre premiers Congrès de l’I.C. comme base d’organisation des oppositions de gauche. La tâche des fractions de gauche est évidemment plus vaste et plus profonde : il s’agit, tout en se basant sur les fondements de l’I.C. de passer au crible de la critique, et à la lumière des événements, les Congrès de l’I.C. et des différents partis, afin de parachever l’oeuvre que nous a léguée la révolution russe. A ce point de vue, la délimitation est actuellement impossible, et il serait arbitraire de la déterminer sur la base de la plate-forme de l’opposition russe. L’expérience du Secrétariat International de l’Opposition Internationale de gauche (bolchévik-léniniste) est concluante à ce sujet.
Sur la base des considérations émises au sujet de l’Internationale et du parti, et tenant compte de la confusion politique qui existe actuellement, nous proposons comme critère d’orientation les deux notions suivantes :

a) Dans chaque pays, il faudra déterminer une critique politique entre les différents groupes communistes qui se revendiquent du communisme et du deuxième Congrès de l’I.C. Ceci dans le but d’établir une plate-forme politique sur les problème nationaux et internationaux.
Il faudra convier à ce travail les groupes faisant partie de l’Opposition Internationale de gauche. Leur prétention de posséder des points de vue définitifs, a été parfaitement démentie par les événements qui les ont .obligés à modifier fréquemment leur base politique.
b) Un centre d’information international est constitué avec la fonction de relier les groupes des différents pays. Il éditera une revue internationale Bilan qui se donnera pour but l’examen des événements historiques de l’après-guerre afin d’en tirer des thèses politiques susceptibles de déterminer la base de la fraction internationale de gauche de l’Internationale Communiste. La revue devra contenir aussi une documentation politique émanant des organismes responsables des différents groupes nationaux et son comité de rédaction aura, pour mandat impératif de ne traiter qu’avec ces derniers. A ces fins, et pour des raisons pratiques, nous proposons. que la Gauche Communiste Allemande, l’Opposition Unifiée Française et la fraction de gauche du P.C.I. soient chargées d’éditer la revue, sitôt les questions financières et matérielles résolues.

Le Comité de rédaction n’aura que des fonctions purement provisoires et après une première délimitation idéologique élaboration de deux ou trois plate-formes de sections nationales - il devra procéder à la convocation d’une Conférence dans le but d’élire un Bureau International. Rien que par après, en correspondance étroite avec les bases politiques du mouvement communiste international, il sera possible de passer à la forme supérieure d’une stricte discipline reliant les différentes sections.
Ces méthodes de travail nous paraissent être les équivalentes de celles appliquées par Marx et Engels après la fin de la 1ère Internationale et qui ont favorisé la création de la IIe Internationale. D’une façon analogue, les bolchéviks russes ont travaillé après la trahison de 1914, jusqu’en 1919. Il est impossible d’opposer les Conférences de Zimmerwald et de Kienthal aux méthodes que nous préconisons : contrairement aux opinions courantes, elles n’eurent pas pour but de reconstruire L’Internationale, ou une de ses fractions, mais eurent pour but la reprise des relations pour la lutte contre la guerre. En outre, y assistaient les délégués de tendances socialistes les plus diverses.
Ce qui ne put être réalisé entre 1914 et 1919, c’est-à-dire l’établissement de rapports internationaux pour la formation des cadres pour les partis communistes, doit être effectué dans la phase supérieure du développement actuel de la lutte révolutionnaire. C’est là la seule voie qui permette au prolétariat de sortir victorieux des épreuves terribles que la situation lui réserve.

La Fraction de Gauche du P.C.I.


Au point de vue marxiste, le travail des masses ne se conçoit pas comme la mobilisation des sentiments des ouvriers autour de forma­tions politiques que les journalistes de tous les partis représentent comme les éléments dominants de la situation. Par contre la seule mo­bilisation véritable se conçoit par l’appel aux masses pour leur concen­tration autour des positions de classe et au sein de leurs organismes spécifiques. Ainsi, nous opposerons brutalement la lutte des masses pour leurs revendications propres et dans leurs organismes syndicaux, au tam-tam révoltant des Congrès d’Amsterdam et de Paris, qui ap­pellent les ouvriers à constituer des comités en dehors de la lutte des classes, ainsi que l’antifascisme et l’antifascisme soi-disant de classe. Ces formulations donnent l’illusion "du grand faire", alors qu’elles réalisent le "rien faire" parce qu’elles remplacent le scandale journa­listique et bureaucratique au travail effectif des masses, lequel se fait uniquement sur la base de revendications et d’organismes de classe.
D’une façon analogue, pour ce qui concerne la fondation des nou­veaux partis, les sportsmen du "grand faire", au lieu de construire l’organisme pour l’action politique, la fraction, ont fait beaucoup de tapage sur la nécessité de ne pas perdre un seul instant pour se préci­piter au travail, au seul travail qui compte, celui de redresser le parti. Et quand on ne peut plus redresser le parti, alors, sans hésiter, on modifie simplement l’aspect extérieur de la position antérieure et l’on partira pour la construction de nouveaux partis. Il est bien évident que la démagogie et le succès éphémère sont du côté du sport et non du côté du travail révolutionnaire.

RÉSOLUTION DE LA C.E. DE LA FRACTION (Bilan n° 1).




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