Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
À propos d’un anniversaire
{Bilan} n°39 - Janvier-Février 1937
Article mis en ligne le 2 avril 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Janvier 1919-Janvier 1937... Deux dates qui représentent le début et l’aboutissement de toute une période au cours de laquelle le prolétariat connut les plus grandes défaites et les plus grandes trahisons !
Quel douloureux spectacle pour les militants révolutionnaires que de voir les assassins des artisans de la Révolution d’Octobre, devenus alliés des assassins des Spartakistes, oser commémorer la mort des chefs prolétariens.
Non il n’ont pas le droit de parler de ROSA LUXEMBURG dont la vie fut toute d’intransigeance, de lutte contre l’opportunisme, de fermeté révolutionnaire, ceux qui, de trahison en trahison, sont aujourd’hui à l’avant-garde de la contre-révolution internationale.
ROSA appartient aux révolutionnaires qui ont réagi contre la dégénérescence de la Révolution russe et de l’I.C., ceux qui travaillent à jeter les bases des nouveaux partis communistes et ce, malgré la mobilisation chauvine du prolétariat international embrigadé par les social-traitres d’hier et d’aujourd’hui .
Oui, ceux-là sont les véritables disciples de ROSA, qui suivant son enseignement, ne se laissent pas décourager par les difficultés de la situation et relèvent le drapeau de l’internationalisme, qui redeviendra bientôt, nous en sommes sûrs, le drapeau des masses prolétariennes actuellement dévoyées dans l’Union sacrée.
S’il est un exemple dont tous les militants révolutionnaires doivent s’inspirer dans ces heures troubles, c’est bien la vie de Rosa Luxemburg. Entrée à 16 ans au cercle "PROLÉTARIAT", la première organisation socialiste de Pologne, elle y déploya une grande activité. C’est à cause de cette activité, de son "manque de patriotisme" qu’elle se vit refuser la médaille d’or accordée aux élèves très brillants.
Elle se distingua si bien par son activité politique que bientôt elle dut fuir de Varsovie, pour ne pas être arrêtée.
Déjà au sein du Parti socialiste polonais, Rosa s’affirme comme militante capable, par sa position sur la question nationale.
Elle démontre d’abord par un examen historique que le développement capitaliste unit la bourgeoisie de la Pologne et celle de la Russie. En effet, le même procès de capitalisation qui s’accomplit en Russie favorise à la fois les intérêts de la bourgeoisie russe et ceux de la bourgeoisie polonaise. Ainsi les classes qui se trouvent sur le terrain du développement capitaliste ne peuvent pas avoir intérêt à la formation d’un état polonais indépendant. L’État capitaliste est l’organisation du règne de la bourgeoisie.
Étant donné que l’État tsariste féodal permet à la bourgeoisie polonaise l’exploitation du prolétariat polonais ainsi que l’expansion économique vers l’Est, la bourgeoisie polonaise ne fait aucun effort pour l’indépendance de la Pologne. Il n’y a que les classes de la petite bourgeoisie condamnées à mort qui cherchent à échapper à la prolétarisation et qui croient en trouver le moyen dans une reconstitution de l’État polonais.
C’est sa position sur la question nationale qui poussa Rosa à fonder le Parti de la Social-démocratie de Pologne et de Lituanie dont le but était la lutte contre le Parti socialiste polonais, qui avait inscrit sur son programme l’Indépendance de l’État polonais.
Et ce ne furent pas les épithètes des chefs de ce parti qui traitèrent ROSA de femme "acariâtre", "méchante", "hystérique" qui la découragèrent et la firent reculer.
Du jour de son entrée dans le mouvement socialiste à VARSOVIE, jusqu’à sa mort, la vie de ROSA fut une suite de lutte, de polémique, d’action révolutionnaire.
Un autre épisode illustre assez bien a grande force de caractère :
Le groupe de ROSA demandait à être admis au congrès de Zurich de la IIe Internationale (en 1893). On le lui refuse et le groupe resta complètement isolé. Luxemburg elle-même fut priée de quitter la salle. Elle subit cet affront devant toute l’Internationale et en présence d’ENGELS lui-même, mais cela n’entama nullement sa fermeté granitique.
Ses qualités de théoricienne, d’une valeur scientifique incontestable, sont surtout mises en évidence par son ouvrage l’"Accumulation du Capital". On peut dire que l’opinion de Franz Mehring que "de tous les ouvrages marxistes, l’accumulation de Rosa se l’approche le plus du Capital par l’abondance des connaissances, l’éclat du langage, la logique tranchante de l’analyse, l’indépendance du travail intellectuel, tout en élargissant la connaissance scientifique au-delà de ses limites" n’a rien d’exagéré.
C’est en préparant une "Introduction à l’Économie politique" que ROSA fut amenée à écrire cet ouvrage. Elle se heurta, à l’époque, à une difficulté provenant de l’insuffisance du schéma de MARX, touchant le problème de l’accumulation. Selon ROSA, ce problème, qui est celui de l’analyse de la reproduction élargie, n’a pas trouvé sa solution dans le "Capital". La nécessité inéluctable des régions non-capitalistes pour réaliser la plus-value capitalisée, ressort clairement de l’étude faite par ROSA des lois de l’accumulation.
Peut-on dire, comme certains théoriciens "marxistes" l’ont prétendu, que ROSA s’est efforcée de résoudre un problème inexistant ?
Il nous semble, au contraire, que l’analyse donnée par ROSA, des racines économiques de l’Impérialisme, permet de mieux comprendre la situation que nous vivons.
Et la crise qui travaille tout le système capitaliste depuis plusieurs années, n’est-elle pas la meilleure illustration de la théorie de l’accumulation !
Un autre phénomène nous apparait également plus clair, à la lumière de l’étude de Luxemburg : le développement monstrueux du matériel de guerre :

"Le militarisme a une fonction déterminée dans l’histoire du capital, il en accompagne toutes les phases historiques, de l’accumulation primitive et la conquête du Nouveau Monde jusqu’à la course aux armements des pays impérialistes, en lutte pour le partage des dernières régions non impérialistes.
"Il a encore une autre fonction, importante, purement économique celle-là : il est pour le capital un moyen de premier ordre pour réaliser la plus-value ; il est pour lui, en d’autres termes, un champ d’accumulation".

Et contrairement aux détracteurs de Rosa Luxemburg, nous pensons que par sa théorie sur l’accumulation, Rosa s’est affirmée comme le meilleur disciple de Marx.
Dans l’autre ouvrage fondamental "Réforme ou Révolution", dont la première édition fut publiée en 1900 et la seconde en 1908, la réfutation magistrale faite par Rosa du révisionnisme de Bernstein ("le but final, quel qu’il soit ne m’est rien, c’est le mouvement qui est tout") conserve aujourd’hui toute sa valeur devant le nouvel épanouissement des illusions réformistes, qui peut s’effectuer grâce à la trahison des partis communistes.
Sa lutte incessante, tant contre le révisionnisme bernsteinien que contre le centrisme kautskyste, a placé ROSA au premier rang des gauches de la IIe Internationale.
Elle réagit vigoureusement contre l’effondrement de la Social-démocratie allemande, en 1914. Les prodromes de cet écroulement, qui n’était que la conclusion de l’évolution du socialisme allemand, s’étaient manifestés nettement en 1913 par le vote des crédits militaires. Malgré l’attitude patriote des socialistes Rosa continua sa propagande contre la guerre et l’impérialisme allemand et lorsqu’en février 1914 ,elle se trouva accusée "de prédire la guerre et d’exciter à la mutinerie", Rosa au lieu d’invoquer qu’on Se trouvait en temps de paix, déclara au juge qu’elle aurait parlé de la même manière devant des soldats.
Lorsque la guerre éclata, elle fut enfermée, à la prison de femmes de Berlin ,d’où elle ne devait sortir qu’en 1918.
Malgré cela, son activité ne cessa pas et c’est de la prison qu’elle publia avec l’aide l’aide de ses amis "Les Lettres de Spartacus".
La Ligue Spartacus fut fondée en 1916, à un moment où l’ivresse chauvine n’était pas encore complètement dissipée. Liebknecht, qui avait organisé une grande démonstration contre la guerre fut emprisonné.
Mais désormais les bases étaient jetées du nouveau parti révolutionnaire qui, dès la chute des Hohenzollern, devait entrer en lutte contre la République "socialiste" soutenue par le Parti Socialiste Indépendant.
Certes, dans le programme même du "Spartakusbund" on peut relever certaines positions que l’expérience successive a dépassées, particulièrement sur la conception du parti.
Mais pour ceux qui, aujourd’hui, s’accrochent à certaines formules contenues, tant dans le programme du "Spartakusbund" que dans la, brochure sur la question russe, pour introduire leur confusion dans le mouvement ouvrier, à ceux qui voudraient assimiler Rosa à une vulgaire démocrate, et ce pour les besoins de leur besogne contre-révolutionnaire, nous répéterons ce que Luxemburg disait elle-même, dans son discours sur le programme du Spartakusbund, à propos de la préface d’Engels à "La Lutte de Classes en France", à l’aide de laquelle les opportunistes de la IIe Internationale ont cherché à justifier leur crétinisme parlementaire.
Pour nous, toute la vie de ROSA est la garantie formelle que si elle avait vécu, elle aurait été amenée à rectifier certaines de ses positions et qu’elle aurait été la première à dénoncer ceux qui ont découvert le "luxembourgisme".
Du reste, la conclusion même de sa brochure sur la révolution russe est significative à ce sujet :

"Ce qui importe, c’est de distinguer dans la politique des bolcheviks, l’essentiel de l’accessoire, la substance de l’accident. Dans cette période dernière où nous sommes à la veille de batailles finales décisives dans le monde entier, le problème le plus important du socialisme a été et est encore justement la brûlante question du jour, non pas tel ou tel détail de tactique, mais la capacité d’action du prolétariat, la force d’action des masses, la volonté d’avoir le pouvoir dans le socialisme en général. À cet égard, les Lénine et les Trotsky avec leur amis ont été les premiers qui aient devancé le prolétariat mondial par leur exemple. Ils sont jusqu’ici les seuls qui puissent s’écrier avec Ulrich de Hutten : "J’ai osé cela" !
"C’est ce qui est essentiel et ce qui demeure de la politique des bolcheviks ; en ce sens il leur reste le mérite impérissable dans l’Histoire, d’avoir pris la tête du prolétariat international en conquérant le pouvoir politique et en posant dans la pratique le problème de la réalisation du socialisme ainsi que d’avoir puissamment avancé la liquidation entre le Capital et le Travail dans le monde. En Russie, le problème ne pouvait être que posé, il ne pouvait être résolu en Russie, c’est en ce sens, que l’avenir appartient aux bolcheviks."

Malgré cela, nous devons dire que les critiques de Rosa Luxemburg sur la révolution russe ne représentent pas un ensemble de conclusions pouvant être considérées comme un apport positif du prolétariat international au prolétariat russe.
Nous conclurons en rappelant que non seulement Rosa Luxemburg fut une militante incomparable, une théoricienne dont les œuvres firent époque dans l’histoire du marxisme, mais qu’on pouvait lui appliquer la devise préférée de K. Marx : "rien de ce qui est humain ne m’est étranger". Cet aspect du caractère de Rosa nous est révélé par la publication de ses lettres à Karl et à Louise Kautsky et d’un autre recueil de lettres adressées de la prison à Sonia Liebknecht.

"La véritable nature de ceux qui conduisent à la libération de l’humanité exploitée et opprimée, se dévoile d’autant moins dans leur vie publique que la lutte est plus âpre et plus intense et que les évènements érigent en devoir une fermeté plus inébranlable. Elles restent toujours cachées, les sources où s’alimentent leur fidélité, leur désintéressement et leur héroisme." (Henriette Roland-Holst)

La sollicitude, maternelle pourrait-on dire, dont elle entourait ses amis, alors qu’elle-même avait pourtant de profondes raisons de souffrir, est infiniment sympathique et nous nous imaginons quel réconfort ses lettres devaient apporter à Sonia Liebknecht, si terriblement frappée par l’emprisonnement de son compagnon, la mort de l’un de ses frères au front.
Et nous pensons que nous ne pouvons mieux faire pour commémorer la mort de Rosa Luxemburg, que de puiser dans sa profonde humanité, dans son action révolutionnaire intransigeante, et dans la grandeur de son œuvre de théoricienne, les enseignements qui nous donneront la force de continuer jusqu’au bout notre lutte pour le but auquel elle consacre sa vie : la révolution communiste.

MATHILDE.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53