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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Que faire ? Retourner au Parti Communiste, Messieurs !
{Bilan} n°39 - Janvier-Février 1937
Article mis en ligne le 2 avril 2017

par ArchivesAutonomies
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Il n’existe de pires parvenus que ces ex-bonzes centristes qui à la dernière heure découvrent des "erreurs" dont ils ne veulent plus assumer la responsabilité. Ils s’introduisent alors avec arrogance dans les milieux révolutionnaires et réclament des attentions pour le "grand service" qu’ils viennent de rendre au mouvement. Monsieur Ferrat, bien connu des ouvriers révolutionnaires pourchassés par le centrisme français, est un de ces polichinelles à tout faire qui se mêlent de donner des leçons de politique aux militants internationalistes.
Pourtant il n’y a pas si longtemps que Ferrat s’occupait encore de la cuisine du P.C. En outre, il ne s’en est même pas fait exclure comme adversaire du Front Populaire, mais d’une forme déterminée du Front Populaire. Il s’agit d’un centriste typique mais un peu retardataire qui n’a pu "tourner" assez rapidement pour pouvoir rester dans la ligne.
Maintenant il est le chef du groupe "Que Faire ?" qui fut le dernier carré des redresseurs du centrisme.
Ce ramassis d’opportunistes espère pourtant arriver à empêcher les ouvriers - que le chauvinisme du parti communiste effraye - de rompre brutalement avec la contre-révolution pour rechercher le terrain où luttent les communistes de gauche.
Politiquement, ces Messieurs conseillent sagement aux ouvriers "de soutenir chaque lutte concrète de l’URSS et du Parti Communiste" contre la politique de non intervention "en Espagne". Ils transforment d’ailleurs la guerre capitaliste d’Espagne en une profonde révolution socialiste afin d’aider avec leurs modestes moyens l’expédition de chairs à canon. En France, ils veulent que l’axe du Front Populaire passe des radicaux au prolétariat.
Ces profonds philistins, qui se croient tout permis disent aussi leur petit mot sur le dernier tournant du parti communiste italien : il s’agirait cette fois d’une concession aux ouvriers révolutionnaires. Les centristes italiens veulent agir comme en Espagne : lutter pour une république démocratique bourgeoise. Voilà la fameuse concession aux ouvriers révolutionnaires.
Mais que la campagne du parti communiste français en faveur de l’interventionnisme en Espagne fasse partie de la campagne de la réconciliation de tous les français, de la lutte pour la défense des territoires coloniaux de son impérialisme (Discours de Thorez) ; que le Front Populaire avec n’importe quel axe est et reste une arme du capitalisme pour réaliser l’Union Sacrée et étouffer la lutte des classes, de tout cela ces gens qui ne comprennent rien aux problèmes révolutionnaires n’ont cure.
Que les tournants du parti communiste italien se rattachent tous à "la fraternisation avec les frères en chemise noire", à "la fraternisation avec les cadres fascistes" (Stato Operaio d’Octobre 1936) et à la lutte pour la république démocratique bourgeoise, l’essentiel pour ces philosophes de la confusion c’est que désormais on travaillera dans les syndicats fascistes, dans les organisations fascistes de masses, etc. Bref, l’essentiel sera que de nouveaux ouvriers révolutionnaires seront jetés au nom de la "réconciliation des italiens" entre les mains de la police qui les "réconciliera" avec les îles et les prisons. Il est bien dommage que ces Messieurs ne puissent expérimenter leurs sinistres plaisanteries eux-mêmes en compagnie des bonzes centristes italiens. Cela vaudra toujours mieux que de faire jeter des ouvriers en prison.
Par malheur, ces gens ont les nerfs quelque peu sensibles et à deux reprises ils ont cru pouvoir émettre des appréciations horrifiées sur des positions de notre fraction.
Dans le numéro de janvier de "Que Faire ?" (compte-rendu d’une conférence de Ferrat) on conseille aux "bordiguistes ultra-gauchistes" de ne plus s’occuper de politique puisqu’ils se refusent à croire que l’État catalan est un État prolétarien, que la révolution prolétarienne est en marche en Espagne et que Ferrat est non un authentique centriste mais le prophète de la nouvelle croisade sociale. Nous avons osé dire que les ouvriers devraient s’opposer à Caballero et à Franco afin de lutter pour la révolution prolétarienne. En vérité on ne pouvait mieux choquer l’oreille d’opportunistes.
Dans le numéro de février de "Que Faire ?" le même plaisantin, après avoir lu "Bilan", parle de notre "dégénérescence sectaire", et avec effroi affirme que nous en arrivons presque à la collusion avec l’ennemi (ces messieurs devraient être plus prudents dans leurs affirmations, eux qui représentent une agence du P.O.F.).
Enfin, comble des combles, il ajoute que nos "meilleurs éléments" viennent de nous quitter à propos des événements d’Espagne. Après cela, "Que Faire ?" peut se féliciter de notre isolement et décrire les cortèges d’ouvriers qui le suivent.
Mais les meilleures plaisanteries sont les plus courtes et nous n’avons pas l’intention de perdre notre temps et celui de nos lecteurs avec des ex-bonzes centristes et des aventuriers de toute espèce. Cependant si nous ne tenons pas du tout à polémiquer avec les Ferrat et Cie, il est des affirmations que nous devons mettre au point.
Nous avons exclu pour indignité politique les membres de l’ex-minorité de notre fraction en raison même de leur refus de discuter au sein de l’organisation jusqu’à un congrès (très proche) des positions politiques fondamentalement opposées aux documents programmatiques de notre organisation. Ces camarades avaient pourtant reçu toutes les possibilités imaginables de discussion. Ils ne payaient plus de cotisations, écrivaient dans une page spéciale de notre presse tout en refusant de la diffuser, se réunissaient à part ; ils pouvaient intervenir publiquement pour défendre leurs points de vue et dégager leurs responsabilités. Nous étions même disposés à payer l’édition d’un journal minoritaire jusqu’au Congrès. Ces gens ont cherché tous les prétextes pour arriver à la scission sans discuter alors qu’ils avaient des pourparlers avec le POUM, les interventionnistes maximalistes, anarchistes, etc. Devant leur décision de rompre sans aucune discussion, avant le Congrès, nous avons compris que loin d’être un courant politique il s’agissait de deux ou trois aventuriers traînant à leur suite quelques ouvriers certainement sincères et qui comprendront peut-être demain leur erreur. Les aventuriers, nous en faisons cadeau avec le plus grand plaisir à "Que Faire ?".
Pour notre isolement, il ne nous fait pas peur, pas plus que nous n’avons eu peur de forger les bases de notre organisation dans la guerre civile en Italie et dans la lutte contre les compères centristes de Ferrat.
Nous vivons d’ailleurs une période d’extrême sélection des cadres de la révolution communiste où il faut savoir rester seul pour ne pas trahir. Le réveil inévitable des luttes de classe de demain fera grandir les organisations qui représentent réellement la vie et l’évolution de la classe prolétarienne. Ce jour là les champignons vénéneux qui couvrent le corps du prolétariat mondial tomberont d’eux-mêmes, sans qu’il soit besoin de les arracher.
"Que Faire ?" doit être dénoncé comme une cuisine de confusion, une agence du centrisme français destinée à empêcher tout ouvrier révolté contre les partis officiels à rejoindre les rangs des communistes de gauche. Ceux-ci ont à lutter pour désagréger cet organisme ennemi et ils le feront d’autant mieux qu’ils inviteront les militants sincères qui suivent Ferrat, de quitte sa maudite galère. Qu’il retourne au P.C.F. Là est sa place, et qu’il entraîne avec lui tous ses acolytes, défenseurs hypocrites du régime de Staline et champions "révolutionnaires" de la révolution bourgeoise.
"Que Faire ?" n’a rien à voir avec la construction d’un parti d’avant-garde. Il n’apporte rien de nouveau, mais la vieille marchandise centriste avec étiquette de gauche. Renvoyons donc "Que Faire ?" aux Thorez, aux Duclos qui sont les véritables inspirateurs des centristes honteux de ce groupe.




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