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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Premier Mai 1937
{Bilan} n°40 - Avril-Mai 1937
Article mis en ligne le 2 avril 2017
dernière modification le 1er avril 2017

par ArchivesAutonomies
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PROLÉTAIRES !

C’est sous le signe de l’Union Sacrée que se déroulèrent vos manifestations du Premier Mai 1936. C’est dans une ambiance de guerre impérialiste, dans tous les pays, que les événements se sont développés ensuite. L’entreprise de brigandage de l’impérialisme italien en Abyssinie a été le premier anneau d’une chaîne immense où pendent déjà les milliers de prolétaires assassinés en Espagne, où se trouve désormais accroché le corps du prolétariat mondial !
Tout comme en 1914, le capitalisme a, encore une fois, réussi dans sa cruelle mystification. L’heure a sonné où les contrastes insolubles de la société capitaliste apparaissent au travers de la forme extrême de l’intervention des armes, et l’histoire ne pourra rengainer ses armes que le jour où la destruction de l’infâme régime capitaliste permettra de détruire, à jamais, ces outils meurtriers. Mais la seule force pouvant abattre le régime bourgeois, le prolétariat, ne peut mener cette bataille qu’à la condition d’engendrer, en son sein, l’organe qui, seul, peut le conduire à la victoire, la charpente d’où seulement peut surgir la société communiste de demain : le parti de classe. L’inexistence du parti de classe est la manifestation cruelle de l’incapacité du prolétariat mondial à réaliser sa victoire révolutionnaire, elle est la révélation du sort sanglant qu’il devra subir : devenir chair à canon dans les massacres de la guerre impérialiste.
Tout comme en 1914, sous les formes nouvelles commandées par les situations actuelles, le capitalisme a tiré profit de votre haine contre les formes les plus macabres de sa domination, pour vous appeler à lutter sous sa direction, afin de vous préserver du plus grand désastre. Mais, en réalité, ce qui était menacé du désastre c’était le régime capitaliste tout entier, et dans tous les pays : la seule possibilité d’issue qui restait à la bourgeoisie, c’était de vous faire croire que sa propre bataille était la vôtre, que son propre sauvetage était le vôtre, qu’en donnant vos vies vous auriez lutté pour le socialisme, alors que, par contre, vous vous battiez pour le salut de vos ennemis, terrible guet-apens ! Écraser le fascisme n’est possible qu’en écrasant le capitalisme ; se livrer à la bourgeoisie, en tolérer la direction, c’est se jeter dans le tourbillon de la guerre impérialiste. Tout comme en 1918, le prolétariat ne retrouvera son chemin qu’en déclenchant sa guerre civile contre tous les États capitalistes, aussi bien que contre l’État Soviétique, qui a lié son sort à celui des exploiteurs de tous les pays. Et, ainsi que les bolcheviks nous l’ont appris, c’est seulement par la voie des fractions que l’on apprête, dès maintenant, les bases de l’organe de classe qui pourra conduire le prolétariat de tous les pays à la victoire : l’"Internationale de la Révolution communiste mondiale".

PROLÉTAIRES !

Déjà, à l’époque de la guerre italienne en Abyssinie, les traîtres vous avaient appelés à confier votre sort à la Société des Nations, la Société des Brigands, contre laquelle l’Octobre 1917 représentait la seule riposte que le prolétariat et les exploités coloniaux peuvent opposer à l’ennemi. La Société des Nations a représenté la meilleure condition pour préserver le capitalisme italien de la crise qui le menaçait et les sanctions fournirent le prétexte pour présenter "l’étranger" comme l’auteur des difficultés qui bouleversaient la situation économique du pays. Les traîtres socialistes et centristes ont fait de vos manifestations du Premier Mai 1936 le pendant et le complément de la manœuvre que développait la hyène fasciste en Italie et en Allemagne. Dans les pays fascistes, l’étranger était présenté comme le responsable de la gravité de la situation ; dans les pays démocratiques et en Union Soviétique, l’on attribuait au fascisme la responsabilité de la gravité de la situation intérieure et internationale ; l’on présentait le fascisme comme la menace permanente à la paix, le seul danger de guerre qui menace les libertés ouvrières. D’un côté comme de l’autre, dans les États fascistes comme dans les démocratiques et dans le soviétique, la seule solution consistait dans la danse infernale de la course aux armements et c’est uniquement en jetant des milliards dans les industries de guerre que le capitalisme a pu ranimer son économie qu’une crise mortelle a jeté dans une impasse d’où il ne sortira plus jamais. Les sommes gigantesques qui, dans tous les pays, sont consacrées aux armements, représentent votre travail que le capitalisme n’est plus capable d’investir dans la production pour un marché qui ne peut plus être étendu, et que, seul le prolétariat peut — par sa victoire — délivrer des prisons capitalistes. Et les produits qui en résultent : les armes, même si elles ne sont pas employées dans le massacre mondial, même si elles doivent être détruites demain parce que d’autres plus perfectionnées seront fabriquées — représentent une colossale destruction de votre travail et permettent au capitalisme d’expurger la situation économique de masses immenses de capitaux engendrés par le développement gigantesque de la technique de production. Au cours de la dernière année, et sans qu’il y ait eu guerre mondiale, les sommes dépensées pour les armements dépassent celles qui furent employées, à cet effet, au cours de la guerre de 1914-18.
Mais si, dans le domaine économique, le capitalisme peut encore, au travers des manipulations monétaires et autres, au travers de l’industrie de l’armement, détruire la force que représente le travail des ouvriers, dans le domaine politique et social, par contre, le capitalisme se trouve dans la nécessité d’avoir recours à toutes les ressources dont il dispose. Au cours de la dernière année, il s’est trouvé dans l’impossibilité d’hésiter ; tout a dû être mis à profit, toutes les forces qui représentent des excroissances capitalistes dans le corps du prolétariat ont dû être mises en œuvre.
En France, en face de masses immenses qui violent, par l’occupation des usines, la légalité bourgeoise, c’est le Front Populaire qui sera employé, par le capitalisme, pour estomper l’assaut des masses. Aux États-Unis, pour freiner un mouvement analogue qui se dirige vers l’occupation des usines, Roosevelt se hâte de reconnaître les organisations qui balayent du terrain les anciens syndicats de jaunes. En Belgique, c’est en clamant que l’État sauvegardera le droit de grève que l’on parvient à refluer l’attaque de juin 1936. Dans les zones industrielles d’Espagne, c’est en faisant croire aux ouvriers que l’État capitaliste peut socialiser l’économie, que l’ennemi parvient à briser l’attaque révolutionnaire des masses. Dans les pays à dictature fasciste et centriste, où la situation impose au capitalisme de résoudre uniquement par l’assassinat, les travaux forcés, la déportations et les isolateurs, les problèmes sociaux qui surgissent, la situation mûrit les grandes tempêtes de demain, celles qui allumeront l’incendie de la révolution mondiale. Les Mussolini, Hitler, Staline, savent par l’expérience que firent leurs prédécesseurs avant la dernière guerre que les mesures de la répression cruelle ne sont qu’expédients révélant, en même temps, la plus grande maturation révolutionnaire dans les pays qui en sont le théâtre.
En face d’un capitalisme ayant recours aux formes extrêmes de la corruption, de la manœuvre et de la tromperie dans certains pays, de la répression la plus abominable et sanglante dans d’autres, le prolétariat dresse son édifice ; il le dresse sur les fondements de granit de ses propres morts, de ceux aussi que le capitalisme massacre et croit à jamais enterrés, car ils sont tombés victimes de sa mystification.
Il y a opposition brutale entre les grèves de France et le Front Populaire, entre le Frente Popular agrémenté de l’appui des anarchistes et les batailles révolutionnaires de la première semaine des événements d’Espagne. Ce qui révèle cette opposition, c’est que le Front Populaire et les anarchistes se sont encastrés dans l’État ennemi ; que les grèves, les luttes armées des ouvriers contre les fascistes sont autant d’attaques contre l’État capitaliste, l’organe spécifique de la domination de la bourgeoisie. Pénétrer dans le Front Populaire sous le prétexte de faire avancer la lutte des classes, c’est la même chose que pénétrer dans l’État bourgeois pour le transformer en un organe socialiste. C’est uniquement en restant en opposition constante avec toutes ces formes de domination du capitalisme, que l’on reste dans le chemin de la lutte du prolétariat, que l’on assène des coups à la hyène fasciste que la démocratie et le Front Populaire, flanqués des anarchistes, alimentent en la dissimulant sous leurs drapeaux. Le Front Populaire, par sa lutte contre le prolétariat français, enlève ainsi aux prolétariats d’Italie et d’Allemagne la seule aide qui peut les soutenir dans la lutte féroce contre le fascisme ; il est l’auxiliaire direct de Mussolini et d’Hitler.
À l’internationalisme du capitalisme ne peut correspondre que l’internationalisme du prolétariat et, dans la situation actuelle qui voit une guerre mondiale déferler en Espagne seulement, comme dans la guerre mondiale (au cas où la manœuvre capitaliste pour la localisation de la guerre impérialiste ne réussirait pas), c’est uniquement sous le drapeau de la lutte contre son propre impérialisme que le prolétariat peut développer sa bataille. Du moment que la lutte est dirigée contre le capitalisme, elle porte aussi ses coups contre la forme la plus féroce de sa domination. Si cette lutte est dirigée par l’ennemi, elle ne peut conduire qu’à l’écrasement du prolétariat.
Le capitalisme français croit le moment venu pour imposer la "pause" : Blum répond présent et, après que ses forces de police ont mitraillé les ouvriers, il réclame au Conseil National du Parti Socialiste que des mesures d’exclusion soient prises contre les éléments de la gauche (échines de caoutchouc qui ne pouvaient faire autre chose que de se plier à ses intimations). Des sanctions, non contre les meurtriers, mais contre ceux qui avaient osé protester au sein du Front Populaire et qui ont vite fait, d’ailleurs, de se repentir de leur intempérance d’un moment : Voilà le Front Populaire...

PROLÉTAIRES !

Pas de découragement ! Tout semble s’être écroulé, mais, ce qui est tombé, devait tomber, car il ne vous appartenait pas : il était une prolongation de la domination bourgeoise sur le corps de votre classe.
Les organisations politiques, syndicales, étatiques des écoles socialiste, centriste ou anarchiste, se transforment de prolétariennes en capitalistes du moment qu’elles sont gagnées à l’engrenage du capitalisme mondial. Mais chacune d’elles a représenté une étape de votre ascension vers la victoire à venir. Leur écroulement contient aussi la condition de la rénovation et de la reconstruction. En face du capitalisme qui se lance à l’utilisation désordonnée de toutes ses réserves, ce sont des groupes restreints de prolétaires qui œuvrent aujourd’hui pour rassembler les matériaux qui fondent la bâtisse de la révolution. Mais, demain, des masses immenses d’ouvriers se lèveront dans tous les pays et feront féconder les semences que les fractions de la gauche communiste retirent péniblement, dans l’isolement, de l’éboulement des institutions que le capitalisme a pu lentement corrompre, pour les emporter enfin dans le tourbillon de ses contrastes précipités désormais dans la guerre impérialiste.

PROLÉTAIRES !

Les événements d’Espagne prouvent lumineusement qu’aucun désespoir ne doit assombrir vos esprits. La première semaine de ces événements est une indication qui confirme, d’ailleurs, toutes les leçons précédentes. À certains moments de l’évolution de la société capitaliste, le prolétariat se lance dans la voie révolutionnaire avec une force qui peut paraître instinctive, mais qui ne l’est pas en réalité, car cette force trouve ses sources dans tout le passé qui bouillonne dans les cerveaux des ouvriers, même si un parti n’en a pas sécrété les ferments. Les contrastes capitalistes mènent inévitablement à l’éclosion de situations où les ouvriers empruntent directement le chemin de la révolution. Aucune force au monde ne peut en sauvegarder le capitalisme, car ce dernier porte dans ses entrailles l’inévitabilité de l’explosion de demain. Nous avons perdu mille batailles, mais chacune d’elles contient un élément supplémentaire d’enseignements pour le triomphe du communisme.
L’heure a sonné de passer à la constitution du premier noyau de l’Internationale de la Révolution, car les situations économiques et politiques se déroulent en tous pays dans l’ambiance de la guerre impérialiste.
L’heure a déjà sonné où, après l’entrée de l’U.R.S.S. dans la Société des Nations, la seule forme de la lutte contre l’État prolétarien dégénéré est celle du déclenchement des luttes de classe dans ce pays, au même titre que dans tous les autres, fascistes ou démocratiques.
L’heure a sonné où, en face d’organisations syndicales incorporées à l’État capitaliste, le prolétariat ne peut répondre que par le déclenchement des luttes revendicatives en dehors et contre les directions soudées au plan de l’économie de guerre du capitalisme. L’ennemi pourra emporter à sa suite les syndicats actuels. Les ouvriers, même s’ils ne pourront pas les arracher à l’ennemi, n’hésiteront pas un instant à fonder les nouvelles organisations, lorsque les situations permettront la constitution de puissants organismes unitaires de masses canalisés par le parti de classe dans la voie de la révolution communiste.

PROLÉTAIRES !

L’on voulait vous appeler à diriger vos regards vers l’Exposition Internationale de Paris, où sont étalées les merveilles de vos productions, mais où est aussi sanctifié l’édifice de l’exploitation capitaliste.
Vous vous refuserez à cette farce cynique !
Vous aurez dans vos esprits une autre Exposition, celle où s’amoncellent réellement les fondements de votre libération, de la Révolution Communiste. L’Exposition qui rassemble vos œuvres, vos martyrs, celle d’où s’épanchent vos aspirations. L’Exposition qui contient les souvenirs des morts de Chicago, de Fourmies, des Communards de Paris, des morts innombrables dans tous les pays, celle qui a été récemment baignée par le sang des ouvriers d’Espagne, de Clichy, celle où se trouvent aussi vos œuvres admirables, celles qui portent les noms de Marx, Engels, Lénine, mais qui sont votre propre produit à vous, prolétaires de tous les pays.
Les manifestations du Premier Mai ont été accompagnées de la lutte sanglante pour la conquête des 48 heures. Les monceaux de morts accumulés par le capitalisme, avant de céder à cette conquête ouvrière, vous permettent de déjouer la manœuvre honteuse du Front Populaire qui veut vous faire croire qu’une mesure destinée à parer au chômage, et que leurs compères fascistes avaient déjà appliquée depuis de nombreuses années, puisse être considérée comme la conquête de la semaine de 40 heures.

PROLÉTAIRES !

Hors des manifestations d’Union Sacrée !
Dirigez vos regards vers les réunions restreintes où se rassemblent les militants de votre classe !
À bas le capitalisme et ses trois formes de domination : fasciste, démocratique, centriste !
Au delà et contre les barricades qui dépècent le corps de la classe ouvrière d’Espagne et de tous les pays, opposez votre cri internationaliste pour la fraternisation des ouvriers de tous les pays et des exploités coloniaux, pour la guerre civile, contre la guerre impérialiste.
Vive l’Internationalisme prolétarien !
Vivent les fractions de la gauche communiste !
Vive le Premier Centre International de l’Internationale de la Révolution !
Vive la Révolution Communiste mondiale !

LA FRACTION ITALIENNE DE LA GAUCHE COMMUNISTE INTERNATIONALE.




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