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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Quand les bourreaux parlent... Le discours de Staline
{Bilan} n°41 - Mai-Juin 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 29 avril 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous nous trouvons aujourd’hui devant un phénomène qui ne se produit ni pour la première fois ni pour la dernière fois au sein du mouvement ouvrier international. Ce qui pouvait représenter hier une affirmation de continuité historique et d’attachement à la lutte des classes est devenu une affirmation d’Union Sacrée et la négation de toute évolution de la classe prolétarienne. C’est que la réponse aux antagonismes sociaux ne git pas dans les institutions que le prolétariat parvient à se donner mais dans l’évolution de sa perception des contrastes fondamentaux de la société capitaliste et de de son programme d’émancipation sociale. Chaque étape de l’évolution historique est en même temps une liquidation où des institutions prolétariennes modifient leur fonction, passent dans le camp ennemi parce que l’époque qui les a vu naître a épuisé tous les problèmes qu’elle a fait surgir. Si au sein d’un parti d’avant-garde, par le mécanisme des tendances et des fractions, une continuité se manifeste c’est uniquement parce que la nouvelle période et les problèmes qu’elle mûrit peuvent être perçus et recevoir dans leur scission leur consécration définitive.
Pour le syndicat, nous avons trop longtemps affirmé sans approfondir que la confluence en son sein des contrastes élémentaires qui sur le plan économique opposent le travail au capital nous permettrait, dans des circonstances favorables, de le détacher de l’emprise des traîtres qui en ont fait un instrument de l’État capitaliste et de l’étouffement des prolétaires. Mais ici aussi, le critère n’était pas suffisant. Le terrain de classe c’est le terrain où le prolétariat peut évoluer objectivement dans des conditions lui permettant de forger sa conscience de classe : et quand le syndicat s’incorpore à l’État capitaliste, c’est que les conditions anciennes qui nous permettaient de poser le problème sur la première base sont devenues caduques et la révision la plus nette et la plus profonde, tenant compte de la liquidation e fait qui s’est accomplie, doit s’effectuer afin de se rattacher au seul terrain où le prolétariat peut être lui-même.
Pour l’État prolétarien, le problème est plus simple car loin d’’être un organisme au travers duquel se manifeste l’évolution du prolétariat, il est un instrument que l’évolution du prolétariat (se manifestant dans le parti) utilise nécessairement, et la répression dans son emploi est l’indice d’une progression dans le programme d’émancipation générale des ouvriers. Dans la mesure où le prolétariat cesse d’être lui-même et quitte son véritable chemin de classe, l’État prolétarien devient l’instrument d’une dictature réactionnaire et l’affirmation de défense de cet État est une affirmation de solidarité avec l’œuvre d’étranglement de la conscience prolétarienne. Comme le parti traître doit être détruit, comme les syndicats d’Union Sacrée seront balayés, l’État prolétarien opprimant le prolétariat devra être détruit de fond en comble.
C’est dans cette direction qu’évolue la liquidation objective déterminée par les événements et la maturation révolutionnaire des positions des classe qui s’élèvent dans les fractions de la gauche communiste. Renouveau des idées du prolétariat signifie renouveau des artères qui véhiculeront ce sang nouveau.
Aussi abstrait que cela puisse paraître — et dans un certain sens cela est forcément abstrait pour ceux qui résolvent ces problèmes et réfléchissent après — le moteur de la lutte des classes ne passe plus par ces institutions qui après avoir accompagné l’expansion révolutionnaire, se sont incorporées au système capitaliste, mais au même titre (bien plus profondément du fait de leur origine prolétarienne) que les instruments de domination de la bourgeoisie, elles compriment toute expression de classe et c’est leur destruction qui libère l’évolution du prolétariat vers la révolution communiste.
Le problème de l’abstraction est au fond le problème même de la méthodologie marxiste qui se distingue de toutes les écoles bourgeoises en ce qu’elle cherche non ce qui est est mais ce qui sera et qu’elle y arrive uniquement en repérant les lois qui guident l’évolution historique. Plus encore, la négation de ce qui est sera la condition de formuler les positions exprimant le mouvement réel de la lutte des classes, et comme ce mouvement n’atteint son apogée première que dans la révolution prolétarienne, les groupes soi-disant "abstraits" seront ceux qui conduiront les ouvriers vers leur émancipation lors que les "réalistes" atteints du mal des "foules" tomberont dans le bourbier ainsi que les événements d’Espagne nous l’ont prouvé une fois de plus.
Ces quelques considérations générales auront leur utilité au cours de l’examen du derniers discours de Staline. Nous nions farouchement que la Russie des centristes soit un lieu par où passe encore la lutte internationale du prolétariat. Malgré la révolution d’Octobre, tout, de la première à la dernière pierre de l’édifice construit sur le martyre des ouvriers russes devra être balayé car c’est là la seule condition permettant d’affirmer une position de classe en URSS. Nier la "construction du socialisme" pour arriver à la révolution prolétarienne, voilà où l’involution de ces dernières années a conduit le prolétariat russe. Si l’on nous objecte que l’idée de la révolution prolétarienne contre un État prolétarien est un non sens et qu’il s’agit d’harmoniser les phénomènes en appelant cet État un État bourgeois, nous répondrons que ceux qui raisonnent de la sorte ne font qu’exprimer une confusion sur le problème déjà traité par nos maîtres : les rapports du prolétariat et de l’État, confusion qui les conduira vers l’autre extrême : la participation à l’Union Sacrée autour de l’État capitaliste de la Catalogne. Ce qui prouve que, tant du côté de Trotski où sous prétexte de défendre les conquêtes d’Octobre on défend l’État russe, que de l’autre côté où l’on parle d’un État capitaliste en Russie, il y a une altération du marxisme qui conduit ces gens à défendre l’État capitaliste en Espagne.
Le prolétariat n’est pas et ne sera jamais "l’État", il affirme un programme historique et lorsque les circonstances le mettent dans l’impossibilité de compléter ce programme, il laisse son nom aux institutions qu’il a créées, il reste dans ces institutions comme un prisonnier dans sa prison, elles sont prolétariennes et pourtant elle ne sont plus classe prolétarienne et il faudra les détruire pour reconstituer les éléments du programme de la révolution prolétarienne. L’État peut rester prolétarien et la société soviétique devenir essentiellement anti-prolétarienne. Et que l’on ne pense pas qu’il s’agisse ici d’un contraste pouvant être exploité au profit du prolétariat car ce n’est pas la première fois que nous nous trouvons devant une société capitaliste où avec l’appui de l’impérialisme mondial subsiste par exemple un État semi-féodal.
Ce qui pousse inexorablement les ouvriers russes à la révolution prolétarienne c’est le fait essentiel que la vie économique, sociale et politique est capitaliste (cela s’exprime clairement au travers de l’exploitation croissante du prolétariat et des phénomènes de l’évolution économique) et que l’État prolétarien de Staline est l’instrument d’un ordre capitaliste. En affirmant l’existence d’une classe capitaliste en Russie nous nions l’apparition d’une phénomène historique qui pèse considérablement sur l’évolution de la lutte des classes dans tous les pays et qui est la domination du capitalisme à ajouter à la dictature du centrisme, nouvelle forme de fascisme.
Le problème des rapports entre le prolétariat et l’État ne se résout jamais en considérant l’un par rapport à l’autre, mais en considérant la formation, l’évolution du parti conjointement à la formation et à l’évolution de la classe prolétarienne. La classe ouvrière ne peut fonder l’État prolétarien et lui conserver son caractère d’instrument subordonné à ses objectifs finaux qu’à la condition de se retrouver dans un parti et de maintenir ce parti sur les rails de la révolution internationale.

* * * * *

En quoi réside l’importance du discours de Staline ? Après les derniers procès et la fameuse Constitution "Démocratique", il marque l’apogée de la dictature centriste et la lutte impitoyable que le régime mène au même titre que tous les pays capitalistes contre l’apparition des contrastes de classe dans le tourbillon infernal de situations de guerre impérialiste qui s’est déchaîné. Déjà dans les derniers procès furent anéantis les hommes qui jetèrent sur les principes de la révolution mondiale les bases des institutions soviétiques pour le compte du prolétariat international. Qu’importaient leurs capitulations successives : ils représentaient la génération dont le centrisme venait d’anéantir de fond en comble l’œuvre et après l’effort gigantesque de l’industrialisation, la vague monstrueuse du stakhanovisme plongeant le fer rouge de l’exploitation capitaliste dans les chairs des travailleurs, détruisant des masses de capitaux dans des entreprises économiques improductives parce que cette destruction devant s’accompagner d’un anéantissement de toute conscience prolétarienne, il fallait couronner l’œuvre réalisée et passer au massacre des vieux bolcheviks. Sous ses première et deuxième versions, dans les procès, se lisaient la situation où était plongé le prolétariat russe et la solidarité définitive du centrisme avec tous les régimes capitalistes passant au massacre des ouvriers. Ce n’est vraiment pas une coïncidence si les procès de Moscou eurent lieu au moment des événements d’Espagne et en définitive nous nous trouvions devant deux manifestations de l’attaque capitaliste contre le prolétariat international.
Le développement des événements dans tous les pays, les convulsions sociales qui embrassent l’ensemble du système capitaliste ont vu dans tous les pays la bourgeoisie tenter d’harmoniser sa lutte contre le prolétariat d’après la note espagnole. À la guerre impérialiste d’Espagne devait correspondre un état de guerre dans tous les pays au cours duquel le capitalisme tentait de jeter les convulsions sociales dans des formes d’anéantissement de toute possibilité de reprise de la lutte des classes. En Russie, les mêmes contrastes qui voyaient s’agiter Blum dans la dévaluation, l’arbitrage, l’industrie de guerre, les massacres de Clichy, et Mussolini dans une intervention massive en Espagne, des manœuvres de large envergure en Italie, voyaient Staline passer à la lutte impitoyable contre le prolétariat. L’épouvantail, le revenant du trotskisme servait de prétexte car en soi le trotskisme ne peut représenter un danger révolutionnaire comme le prouvent sa défense de l’URSS et son passage dans le camp antifasciste espagnol et international. Parallèlement, les différents partis communistes puisaient dans la campagne soviétique les éléments complémentaires pour épauler l’attaque de leur propre capitalisme contre les éléments révolutionnaires. L’expérience de 1917 faisait comprendre la nécessité d’asphyxier et d’assassiner dans les tous les pays les groupes pouvant représenter des bastions prolétariens dans les tourmentes sociales de l’avenir. Au delà du trotskisme, ce que le capitalisme voulait obtenir de ses agents c’était la compression des contrastes sociaux et le matraquage de tous ceux pouvant représenter un élément discordant dans le chœur de l’Union Sacrée.
Staline a donc lancé la massue du bourreau non seulement contre le prolétariat russe mais aussi contre les ouvriers de tous les pays. Au massacre d’Espagne doit correspondre un massacre de toutes les aspirations révolutionnaires des ouvriers. Partout, les centristes devront prendre la tête de la répression et leur évolution les conduira à dépasser leurs confrères socialistes que leur férocité fera parfois hésiter.
Staline a posé trois points dans son discours au Comité Central du parti communiste russe et nous en ajouterons un quatrième dont les effets se lisent en Espagne, en Italie, en France, en Belgique et vraisemblablement aussi en Allemagne.
Tout d’abord, le travail de sabotage effectué au point de vue économique par ce qu’il appelle les trotskistes ; ensuite la pénétration d’agents étrangers et de trotskistes dans les postes responsables de l’État soviétique ; enfin les lacunes de la campagne de répression contre les soi-disant trotskistes dans l’ensemble du pays. Nous y ajouterons les massacres de Barcelone où le PSUC a joué un rôle important, les dénonciations à la police italienne de militants communistes qui depuis des années se trouvent dans l’impossibilité d’être eux-mêmes, la collusion avec la police belge, française et même la fameuse Gestapo allemande. Qui est saboteur et que signifie cette expression pour Staline ? Dans une brochure assez fouillée, M. Yvon [1] nous donne des indications sur la situation de l’ouvrier soviétique. Les chiffres méritent d’être cités :

Avant-guerre1925-19271933193419351936
Salaire mensuel de l’ouvrier moyen en roubles. 30 100 130 150 170 190
Prix du kilo de pain de seigle en roubles. 0.05 0.125 0.30 0.50 1 0.85
Pouvoir d’achat mensuel du salaire en pain de seigle (kg). 600 800 430 300 170 225

Vers la fin de la NEP la situation de l’ouvrier soviétaique est de loin supérieure à celle qu’il connait aujourd’hui et l’apogée de sa misère correspond à l’apogée des plans quiquennaux. Comment en régime capitaliste, nous avons d’une part le développement fabuleux de moyens de production et d’autre part la misère croissante du prolétariat. Le sabotage consiste ici pour Staline dans l’opposition sourde des exploités à l’aggravation de leur situation. Cette hostilité que l’on peut canaliser sur la Place Rouge dans des apothéoses où le chant de l’Internationale s’accompagne du vrombissement des moteurs d’avions reste cependant ancrée dans les chairs des ouvriers car elle trouve sa source dans les contrastes capitalistes de la société soviétique. Ce sont ces contrastes que Staline qualifie de "saboteurs" et comme l’agent de police qui voit la main du meneur ou le centriste français ou espagnol voit le "provocateur" dans chaque mouvement social, il qualifie de "trotskiste" tout ce que le bouillonnement de la situation russe jette sur l’arène sociale.
L’exploitation du prolétariat dans tous les pays a ses lois internes et la croissance des formes collectives de la production ayant comme contre-partie la croissance de l’exploitation ouvrière est en définitive le contraste mortel de la société capitaliste marquant sa décadence. Il faut approfondir la production de plus-value et contenir dans les cadres du système capitaliste les formes de la production. Le prolétariat russe trouve dans le développement de son exploitation la confirmation de l’impasse où avec l’ensemble du système capitaliste est tombée la Russie. On y détruit des capitaux dans des entreprises mirifiques pour pouvoir continuer à soustraire une plus-value croissante du travail ouvrier. Mais dans ce processus git l’inévitabilité du contraste entre la dictature centriste et les millions d’opprimés, et inévitablement, surgit la nécessité de trouver une solution : problème qui sous toutes les dictatures du capitalisme se pose dans des termes fondamentaux analogues. Staline ne résout pas autrement le problème que Mussolini : contre l’assaut des contrastes sociaux et économiques la répression policière et une série d’organisations pour prévenir l’opposition ouvrière, la canaliser et la frapper à coup sûr.
Il y a une logique évidente dans le discours de Staline. Tout d’abord, frapper le "sabotage économique", c’est-à-dire maintenir les bases de l’exploitation ouvrière intégralement. Détourner l’attention des prolétaires sur des vieux bolcheviks qu’il fallait détruire non en raison de leurs connaissances techniques leur permettant de saboter mais pour leur passé politique en faisant des représentants d’une époque où l’on luttait encore pour la révolution. Ils ne sabotent pas aujourd’hui, dit Staline, mais ils pourraient saboter demain lorsque le prolétariat se réveillera et qu’il faudra lui tenir tête. Qu’on les frappe donc pour le sabotage présumé ou éventuel. Le fascisme allemand ou l’impérialisme japonais sont là pour justifier la qualité d’espion des "trotskistes" et l’union s’effectue aisément entre les bourreaux des différents pays se prêtant main forte contre les militants révolutionnaires.
Le second point doit forcément être celui qui est à l’ordre du jour de tous les États capitalistes dans la phase de guerre impérialiste. Consolider l’appareil d’État et renforcer son intervention au sein des masses. Des agents étrangers et des trotskistes pénètrent dans les postes responsables. Qui sont-ils ? Piatakov, Boukharine, Radek et d’autres personnalités de ce calibre ?
L’histoire est de par trop fantaisiste et ce n’est que la façade des choses.
La réalité c’est la nécessité de justifier à tout prix par "l’entourage capitaliste" l’urgence à armer l’État d’un complément de force répression contre les prolétaires. Pour cela Staline s’est efforcé d’expliquer ce qu’était un courant politique et les raisons qui lui font qualifier le "trotskisme" de banditisme politique. Il n’a pas hésité un seul instant à exploiter avec un cynisme de bandit d’envergure ses massacres des vieux bolcheviks afin de prouver que Zinoviev-Kamenev, qui n’ont pourtant avoué que ce que Staline voulait qu’ils avouent, avaient dit et redit n’avoir aucun programme politique. Pour la seconde charrette de morts la version imposée par le Guépéou fut différente et ici aussi Staline s’est paré ignoblement des lamentables déclarations qu’ils imposa à Piatakov et consorts.
La conclusion est claire : le massacre de la vieille garde était le prélude au renforcement de la pression d’un État atteignant les formes monstrueuses que lui donne le capitalisme dans sa phase de décadence. Désormais, les centristes ne pourront plus se laisser prendre par des déclarations de repentir d’ouvriers ou de militants un instant égarés dans le chemin de classe. Comme le fasciste, plus que lui, il faudra frapper impitoyablement et dans la répression, aller au fond des choses en atteignant tous ceux qui directement ou indirectement, volontairement ou involontairement, auraient réagi contre le mécanisme de la domination centriste.
Les ouvriers révolutionnaires sont des bandits. En URSS, il y a, Dieu merci, encore de bons isolateurs et de bonnes prisons, comme il y a encore d’excellents bourreaux tuant avec dextérité. Voilà le second point du discours de Staline et le troisième s’y rattache immédiatement car il marque la nécessité d’emporter définitivement les masses dans une agitation limité par deux pôles : le tourbillon de la guerre impérialiste et le massacre de toute la génération qui fit et concrétisa Octobre 1917. le centrisme déclenche une offensive préventive et puisque un danger révolutionnaire ne peut se manifester dans un organisme d’avant-garde que Trotski a liquidé avec sa politique de compromission et d’Union Sacrée pour la défense de l’URSS, l’offensive est dirigée contre les contradictions de la société soviétique dans l’espoir — partagé par tous les pays capitalistes — que son développement détruira tout espoir de réveil prolétarien. Mais la contradiction git en ceci : pour créer une ambiance de guerre impérialiste et fonder l’économie de guerre, le capitalisme évolue vers une tension des rapports entre les classes et cela se traduit également dans la sphère soviétique.
Ainsi, dans ce discours de Staline est photographiée l’évolution des situations en Russie et quand Staline part en guerre contre le trotskisme international, il ne fait que se joindre à tous les autres massacreurs qui veulent en finir avec le "communisme" et plongent leurs poignards dans les contrastes qui font surgir les ouvriers sur l’arène politique.
Mais la croisade contre les militants révolutionnaires d’avant-garde dont Staline a pris la tête porte en elle une série d’enseignements que le capitalisme a retiré de la précédente tourmente sociale. Qui donc mieux que le centrisme peut repérer les rares noyaux qui demain pourraient prendre la tête des masses ? Qui mieux que lui peut les faire assassiner avec l’assentiment des prolétaires emportés par la guerre impérialiste ? Quand l’État soviétique dénonce les "trotskistes-fascistes", qu’il s’abouche avec les différentes polices ou qu’il charge les partis communistes de ce travail délicat, on peut toujours faire reculer la méfiance ouvrière avec les grandes phrases sur l’édification du socialisme.
Staline sait — et son discours en est une preuve — qu’en Russie restent des institutions avec l’étiquette prolétarienne alors que les principes de classe qui en permirent la fondation ont été transférés dans les groupes restreints de la gauche communiste ? Ces principes il faut les briser dans les individualités, les groupes qui s’en sont armés et qui demain pourraient les employer contre toutes les formes de domination capitaliste, y compris celle du centrisme. La lutte de classe est aujourd’hui cette lutte impitoyable entre ces groupes de la gauche communiste et toutes les forces et formes de la domination capitaliste.
Mais si la répression, la délation, l’assassinat peuvent enlever des têtes précieuses à la lutte prolétarienne, rien ne peut supprimer les principes qui ont courroné l’évolution douloureuse des travailleurs et leur martyre alimente sans cesse l’effort révolutionnaire pour maintenir intégralement le bagage idéologique du prolétariat et surtout — ce qui est la seule façon de le maintenir — de le compléter.
Les bourreaux ont donc parlé. Le prolétaire au travers de ses fractions de gauche leur répond en hissant son drapeau de révolution communiste et en restant sur le chemin qui lui a permis, jusqu’ici, de lutter contre le centrisme, qui lui permet de voir dans la forme soviétique une nouvelle forme d’écrasement des ouvriers et qui lui permet de comprendre que si des institutions croulent, des conquêtes ouvrières sont gagnées à la cause de l’ennemi, le programme de la révolution n’a pas fait faillite mais trouve une nouvelle confirmation dans les cataclysmes qui se déchaînent sur la société capitaliste malgré la liquidation d’Octobre 1917.

Notes :

[1M. Yvon, Ce qu’est devenue la Révolution Russe.




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