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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les nécessités nouvelles du capitalisme américain et leur reflet dans le mouvement ouvrier
{Bilan} n°41 - Mai-Juin 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 29 avril 2017

par ArchivesAutonomies
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Les contrastes — pour parler américain — entre “l’unionisme de métier” (craft-unionism) et “l’unionisme d’industrie” (industrial-unionism) entre le système d’organisation “horizontal” et “vertical”, que nous retrouvons d’ailleurs déjà dans le passé, et qui seulement ces derniers temps ont pris une forme accentuée en liaison surtout avec l’expérience de Roosevelt, tout cela n’est qu’un des aspects et des plus superficiels des problèmes sociaux qui préoccupent les Etats-Unis.
La Fédération américaine du Travail (A.F.L.), depuis qu’elle a été fondée (en 1886) par Samuel Gompers, a été basée sur les petits syndicats de métiers dont il en existe souvent une dizaine dans une même industrie— et elle regroupe essentiellement des ouvriers qualifiés (le Skilled Labor). Les ouvriers non qualifiés et les manœuvres en étaient jusqu’à ces derniers temps presque complètement exclus. Pour Gompers et ses épigones l’A.F.L. ne devait pas être une organisation de masses mais l’expression de l’aristocratie ouvrière, des artisans et des ouvriers spécialisés qui, ayant acquis la possession d’un art ou d’un métier, avaient droit d’exiger du patronat un traitement privilégié. Pour eux la “closed shop” contrat conclu avec les patrons d’après lequel était reconnu à l’Union,. c’est-à-dire au syndicat, l’autorité de traiter au nom des ouvriers, stipulait aussi que tous les ouvriers non inscrits à l’Union devaient être exclus du travail. Pour obtenir cela, l’A.F.L. n’a pas hésité à recourir aux moyens les plus radicaux — même terroristes — qui faisaient un étrange contraste avec la politique réformiste de cette organisation. Le contraste était latent à mesure que l’A.F.L. (dans sa forme dépassée du Trade Unionisme) était dans l’impossibilité d’organiser les 25 millions d’ouvriers semi ou non spécialisés qui étaient devenus peu à peu l’énorme majorité employée dans les industries de base. Mais la divergence n’éclata dans sa forme la plus accentuée qu’en 1933, quand l’illusion suscitée par la N.I.R.A. détermina une poussée dans les syndicats, correspondante avec la nouvelle politique de Roosevelt. Les syndicats recrutèrent donc à tour de bras... mais parmi les “unskilled” évidemment. Et c’était précisément cela que ne voulaient pas les dirigeants de l’A.F.L.
Les bonzes de la vieille école : les Green, les Woll, virent dans cela le spectre de la débâcle : débâcle idéologique de leur politique traditionnelle - aussi de la doctrine de Monroe appliquée dans le mouvement ouvrier au travers de l’hostilité, pour établir un contact permanent avec les ouvriers d’Europe - désastre personnel parce que l’invasion des “barbares”, c’est-à-dire des non spécialisés et des manoeuvres dans l’A.F.L. aurait fini avec la création d’une nouvelle bureaucratie syndicale qui les aurait balayés. D’autres bonzes plus progressifs (ou plus aventuristes),.John L. Lewis en tête virent, par contre, s’ouvrir devant eux la perspective alléchante de 25 millions d’éventuels syndicables, une mine d’or et d’influence à exploiter près des pouvoirs constitués.
Les autres, par contre, plutôt que d’accepter la forme industrialiste qui aurait permis l’organisation de ces masses ont préféré briser l’organisation. Pour ne pas courir le risque de. perdre leur sinécure ils ont expulsé les adhérents à la C.O.I. (Commission d’Organisation Industrielle) même si cela signifiait amputer leurs effectifs de presque la moitié.
Cela ne veut pas dire évidemment que les bonzes de l’A.F.L. voulaient rompre avec Roosevelt, livrer bataille sur ce terrain au gouvernement Fédéral.
Tout autrement, nous les verrons entrer avec leurs adversaires industrialistes dans la Non Partisan Labor League, qui fut créée pour patronner la réélection en 1936, de Roosevelt. Ils n’entendaient certes pas renoncer à leur fonction de “Labor lieutenant” du capitalisme, mais il était seulement question de dissensions pour mieux remplir leur fonction.
Ce fut après que le Congrès d’Atlantic City de l’A.F.L. refusa de donner une “Charte” industrielle aux syndicats d’industrie à production de masses (réclamée par la minorité de celle-ci groupant les 40 % des votants au Congrès), que cette minorité se constitua en novembre 1935 dans le Comité pour l’Organisation Industrielle (C.I.O.). En septembre 1936, deux mois avant le Congrès annuel, le Comité Exécutif de l’A.F.L. suspendit la C.O.I. et ne permit pas la participation au Congrès de 10 syndicats rattachés au C.O.I. qui comptaient près d’un million de membres. Le Congrès de Tampa de novembre 1936 sanctionna cette mesure tout en évitant de prononcer l’exclusion formelle mais prolongeant la “suspension” des organisations “rebelles”. La C.I.O. compte aujourd’hui 15 Unions industrielles avec deux millions d’adhérents, alors que l’A.F.L. reste avec deux millions 700,000. adhérents.
C’est durant cette époque que s’est développée la grande vague de grèves.
Alors qu’en 1933 l’on comptait à peine 800,000 grévistes, ils se comptèrent en 1934 à un million et en 1935 à 1 million et demi au cours de 2,014 conflits : le chiffre le plus élevé rencontré depuis 1921 (mais encore inférieur à celui de 1919 quand il fut de plus de 4 millions au cours de 3,630 conflits). En 1937 il y eut également de nombreuses grèves au cours desquelles se manifesta la nouvelle forme d’occupation des usines. La presque totalité de ces grèves eurent lieu sous les auspices de la C.I.O. et il suffit de se rappeler les grèves de l’industrie de l’automobile, dans les usines de la Général Motors chez Chrysler.
L’attaque fut déclenchée successivement contre les magnats du Trust du fer et de l’acier pour obtenir les mêmes résultats atteints dans l’industrie de l’automobile. Mais malgré la forme souvent violente atteinte par l’agitation, ces grèves américaines n’eurent pas substantiellement un caractère subversif : la reconnaissance des syndicats de la part des dirigeants de l’industrie à fabrication de masse (Automobile. Acier, Caoutchouc), qui avaient jusqu’alors manœuvré avec leurs syndicats jaunes (Company Unions) alors que les masses d’unskilled étaient laissées désorganisées par l’A.F.L.
Les industrialistes de la C.I.O. organisèrent ces dernières avec le bénévole appui de Roosevelt et réclamèrent pour elles le droit de négocier collectivement les contrats envisagés dans la NIRA et dans la loi Wagner qui a supplanté la NIRA pour les parties invalidées par la Cour Suprême.
Si par la suite les masses, dans le feu de la lutte, passèrent outre la volonté des dirigeants, ce fut la force armée, pour les mineurs de la Pennsylvanie comme la troupe et le gaz — pour les ouvriers qui occupèrent les fabriques, parce qu’il ne fallait pas démentir que Roosevelt,-plus-que la face “socialiste” que glorifie le Front Populaire, montre plutôt la gueule “fasciste” qui transparaît dans toute sa politique d’intervention étatique accentuée sur tous les terrains économiques, afin de sauver la baraque bourgeoise. Même la loi “Wagner”, la charte nouvelle de l’organisation syndicale et des contrats collectifs, envisage la possibilité d’anéantir le droit .de grève avec l’inculpation d’illégalité.
Le changement de la politique du capitalisme américain est dicté par la nécessité du développement de l’industrie américaine et c’est cet aspect substantiel que nous ne devons pas perdre de vue dans l’appréciation des récents événements d’Amérique.
C’est une nécessité de vie pour un pays où la concentration capitaliste est la plus avancée, où la rationalisation fut poussée à l’extrême - exception faite pour le stakhanovisme russe - et où la crise mondiale sévit plus particulièrement avec un chômage catastrophique.
A mal extrême, remèdes héroïques. A ce propos, il est opportun de se rappeler comment une grande partie de la politique “ouvrière” de Roosevelt fut déjà envisagée par la Commission Wickersham, instituée par Hoover, à peine venu au pouvoir en 1929. Mais elle ne présenta ses conclusions que 3 ans après quand il allait terminer sa période présidentielle. Et ces mesures envisagées par le gouvernement “républicain” de Hoover furent appliquées par le gouvernement “démocratique” de Roosevelt.
D’autre part, le rôle hégémonique qui, dans le passé fut tenu par les ouvriers spécialisés, ainsi que nous l’avons déjà vu, échoit de plus en plus aux masses non qualifiées. Ford a prouvé que dans son industrie 80 % du travail pouvait être appris en une semaine, et seulement 1 % du travail nécessitait un apprentissage d’un an. Ces considérations valent d’ailleurs pour les autres industries.
Pour se rendre compte de l’importance croissante des masses non spécialisées ; rappelons que de 1921 à 1933 le pourcentage des grèves dirigées par les Unions a toujours diminué au point qu’en 1933, c’est seulement la moitié des grèves qui furent contrôlées par les Unions alors que les autres grèves furent sauvages.
Il n’est pas. étonnant que Roosevelt ait appuyé l’organisation industrialiste et aidé les bonzes de l’A.F.L. à reprendre le contrôle des agitations ouvrières. En 1933-34 les trois quarts des grèves se sont vérifiées, en effet, de nouveau sous les auspices de l’A.F.L., mais évidemment sous la direction de la C.I.O. Cette partie de la bourgeoisie qui est partisan d’un gouvernement fédéral centralisé et qui soutien le New Deal est la même qui encourage l’Unionisme industriel. A la centralisation industrielle doit correspondre la concentration de la masse ouvrière sous la férule d’une bureaucratie dévote et corrompue. Les syndicats d’industrie sont ceux-là qui correspondent le mieux à l’"interventionnisme social", envisagé par Roosevelt. Les bonzes de l’A.F.L. n’ont pas voulu le comprendre, préoccupés par leur égoïsme étroit. Mais Lewis l’a compris. Celui-ci est aujourd’hui le Benjamin de toute la presse du Front Populaire. “Lewis entend consolider la démocratie dans la vie économique et sociale” a écrit Mertens, secrétaire de la Commission Syndicale de Belgique, de retour d’Amérique. Qui est Lewis ? Le vieux compétiteur de Gompers à la présidence de l’A.F.L., qui a toujours employé dans ses syndicats les méthodes traditionnelles de la bureaucratie américaine et qui a laissé abandonnés à eux-mêmes, en 1922, les grévistes non spécialisés de la Pennsylvanie et en 1928, ceux de la Pennsylvanie d’Ohio. Cela sans se préoccuper de regrouper les non spécialisés et non organisés au cours des années les plus sombres pour les ouvriers américains, celles de 1929-33. C’est seulement en 1933, quand Roosevelt vit l’utilité, d’organiser ceux-ci, que Lewis et les autres chefs de la C.I.O. actuelle se sont mis au travail. Mais les différents Lewis, Doubinsky, Hillman, sont liés par un double fil, à Roosevelt et à sa politique trompeuse du New Deal. Ils sont devenus des agents électoraux de celui-ci et ce sont ces “gauchistes” qui, à New York ont créé le parti travailliste américain avec la Vieille Garde,. c’est-à-dire l’extrême droite socialiste. Ils ont présenté Roosevelt, premier candidat de la liste ouvrière et se vantent d’avoir apporté 250,000 voix aux 27 millions obtenus par Roosevelt en 1936.
Ce ne seront certainement pas eux, les dirigeants du nouvel unionisme américain, qui donneront vie à ce troisième parti que nous trouvons depuis 100 ans, comme une perspective jamais réalisée dans le mouvement ouvrier américain. L’A.F.L., comme l’on sait, fut toujours contre cette aspiration, non par apolitisme, comme la vieille C.G.T. ; mais parce qu’elle préférait marchander ses voix aux deux partis de la bourgeoisie.
C’est plutôt le parti socialiste qui depuis près de 40 ans a sollicité le vote des prolétaires, et qui obtint près d’un million de voix (897,000 en 1912 avec Debs, 850,000 en 1932), pour tomber à 187,000 en 1936.
Le parti ouvrier socialiste (D. Léon), a participé depuis 50 ans aux luttes électorales mais toujours en recueillant une quantité bien plus restreinte de votes. Le parti communiste obtint 80,000 voix aux dernières élections. A côté de la participation continue de ces partis politiques, on observe une quantité de tentatives sporadiques allant de 1866 (avec le National Union Party) à 1924, avec le Farmers Labours Party. Tous ces mouvements n’eurent pas de lendemain.
Le vieux mouvement ouvrier est en dislocation aux U.S.A. Laissons de côté le Parti Ouvrier Socialiste, le plus vieux parti, mais qui végète aujourd’hui dans le souvenir du passé. Prenons au contraire le parti socialiste qui fut pour des dizaines d’années l’organisation fondamentale des ouvriers américains. Le Congrès de 1934 (Détroit), approuva à une grande majorité, une nouvelle déclaration de principe qui, tout en étant revêtue de phrases révolutionnaires, était en substance vague et pacifiste. La droite du parti qui contrôlait la direction se refusa de souscrire à celle-ci et commença ouvertement à préconiser la scission, appuyée sur le contrôle de toutes les institutions à rendement financier et “respectables”, à commencer par l’entreprise du quotidien juif de New-York.
La nouvelle majorité des “Militants” (ainsi s’appelait la soi-disant gauche), fut tellement homogène et cohérente qu’à plusieurs reprises elle chercha le compromis. Ce fut en réalité la Vieille Garde qui voulut la scission et créa l’organisation distincte : La Fédération Social-Démocrate.
Le Congrès de 1936, à Cleveland, sanctionna cet état de fait et nous assistâmes au bloc de la “gauche” de Norman Thomas, avec le groupe Hoan, qui représente l’administration socialiste de Milwaukee, ce qui est également une affaire financière.
Il est symptomatique que Norman Thomas, chef de “la gauche” et candidat présidentiel, tout comme Hoan, sort du clergé. Il y a d’ailleurs pas mal de clergymen dans le parti socialiste américain. Le parti communiste est une filiation de la gauche socialiste, (expulsée en 1919 du parti socialiste et qui avait sa base dans les Fédérations de langue — slaves surtout — secouées par la Révolution d’Octobre). Le Parti communiste, ou mieux, les Partis communistes, car il y en eut deux, furent rejetés rapidement dans l’illégalité au cours de la féroce répression de 1920 et ils s’assagirent vite dans cette situation permettant souvent de justifie une inactivité manifeste. Une fois dépassée la nécessité de l’illégalité, d’impératives directives de l’I.C. furent nécessaires et l’on dut passer à une âpre lutte intérieure et de nouvelles scissions pour les décider à passer à l’action ouverte (en un premier temps, dans un Workers Party légal, doublé d’un parti illégal). Si nous rappelons les luttes internes qui se sont vérifiées ensuite en leur sein, c’est pour retrouver la genèse des mouvements actuels de la gauche communiste et afin de ne pas nous laisser égarer par les nouveaux masques des vieux brouillons repeints à neuf.
Lovestone fut celui qui, à partir de 1925 dirigea le bal au rythme de Moscou. Forster représente l’opposition dans attente de lui succéder et le troisième de cette honorable compagnie, Cannon, louvoya entre l’un et l’autre. Parce que Lovstone jura en Boukharine, Forster se fit l’instrument de Staline et l’un et l’autre essayèrent de se coller mutuellement le stigmate de “trotskiste”.
Forster dénonça Lovestone comme le péril de droite qui “objectivement” entretenait et aggravait le péril trotskiste, mais il fut lui-même dénoncé comme un conciliateur faisant le jeu des trotskistes. L’un et l’autre se trouvèrent d’accord en 1928 pour exclure l’aile plus ouvertement trotskiste, Cannon, Schachtman, Abern.
Au Congrès de 1929 Lovestone disposait de 95 % des délégués et pour maintenir la direction il fit approuver une résolution d’âpre condamnation de Boukharine et d’approbation sans réserve de Staline, Mais tout fut inutile quoique le C.C. se transféra au complet à Moscou pour apaiser le Dieu courroucé. La minime minorité de Forster reçu la direction du parti et, peu de mois après, Lovestone, Cannon, Gitlow et Wolfe, furent à leur tour exclus du parti. Ils se constituèrent alors en Communist Party of U. S. A. (Opposition) et ils n’ont pas renoncé à l’espoir de rentrer dans la grâce de Moscou, eux qui ont toujours soutenu la politique du “socialisme en un seul pays” et acquis leurs galons dans la lutte anti-trotskiste.
La vie de l’opposition de gauche fut mouvementée comme toute opposition de gauche qui se respecte elle a une origine de droite que Trotsky a décorée pour des nécessités de manœuvre politique d’opposition de gauche. Le groupe de Cannon fut en fait le premier, en 1923, à s’associer à Pepper et, en 1925, à faire bloc avec Lovestone contre Trotsky.
Exclu du parti, le groupe du “Militant” se constitua en “Communist League of America” (Opposition), qui en août 1932 se rallia unanimement aux thèses de Trotsky pour une nouvelle internationale. En fait il s’unit en 1934 avec Workers Party (qui surgit au début d’une opposition syndicale et qui devint le réceptacle d’intellectuels, corrompus, type Eastman ou de vieux opportunistes de droite du temps du vieux parti communiste illégal, les Lore et Salutasky-Hartman). Cannon et Muste fondèrent ensemble le Workers Party avec le nouveaux journal “New Militant”. Ce parti eut une vie courte et pleine de luttes intestines : en 1935 on expulsa un groupe de gauche (Ochler-Stam), bien qu’il se réclama d’un tiers des membres. Il faut tenir compte que lorsqu’il s’agit de groupes américains les membres se comptent non par centaines niais par dizaines.
Les trotskistes américains furent naturellement d’accord pour le nouveau tournant : entrer dans les partis socialistes. Prenant prétexte de la résolution de Cleveland de 1936 qui, selon eux, représentait un climat favorable pour une action en Faveur du “socialisme révolutionnaire” ainsi qu’on lit en sous-titre dans leur organe “The Socialist Appel” de juin 1936, Cannon et Schachtmann firent approuver la dissolution du Workers Party et l’entrée dans le parti socialiste dans lequel Cannon rejoignit son ex-camarade Goldman qui l’avait déjà précédé : D’autres comme Spector sont restés en dehors parce qu’opposés à la nouvelle orientation et ils représentent une éventuelle réserve pour demain.
Mais pour compléter l’énumération des groupes qui se réclament du communisme de gauche au Etats-Unis, nous devons parler de quelques autres groupes. L’un est la Ligue Communiste de Combat (Communist League of Struggle), c’est-à-dire les “communistes internationalistes” qui ont pour chef Weisbord. Ce groupe a surgi en 1931 d’une scission dans la Ligue trotskiste et à- l’époque du Secrétariat International de Paris a contesté aux autres de représenter le véritable communisme de gauche.
Dans “Bilan” nous avons en son temps défini nos rapports avec ce groupe qui, ces derniers mois, a renouvelé ses tentatives de redonner vie à un mouvement international envoyant en Europe, d’abord Vera Bush, ensuite Weisbord, Vient ensuite la Ligue Ouvrière Révolutionnaire (Revolutionary Workers League), c’est-à-dire le groupe Oekler-Stamm, qui fut exclu en 1935 du Workers Party. Ce groupe de “marxistes internationalistes” publie un journal (Fighting Worker), pour la IVe Internationale et a même présenté un candidat à l’élection présidentielle de 1936.
Il reste enfin une Ligue pour un Parti Révolutionnaire (League for a Revolutionnary Workers Party) qui a une genèse plus compliquée. Gitlow, qui avait abandonné l’organisation de Lovestone (après la scission) avait créé un comité d’organisation pour un nouveau parti révolutionnaire, avec l’appui de Field, un économiste entré et sorti de la Ligue Trotskiste, à plusieurs reprises, et qui fut exclu lors de la grève de l’alimentation. Il créa avec un groupe d’ouvriers la Ligue pour le Parti Révolutionnaire. Field était pour “se relier aux masses” à tout prix et tant lui que Gitlow, voulaient créer le parti d’abord et discuter ensuite. Tout comme pour le parti socialiste révolutionnaire de Dauge en Belgique, Gitlow plus, tard, a échoué dans le parti socialiste et Field est resté seul dans la Ligue qui ces derniers temps s’est disloquée et n’a plus donné signe de vie.
C’est avec ces deux derniers groupes que les camarades de notre fraction en Amérique ont eu récemment des discussions qui n’ont pas conduit à des résultats positifs.
Ceci est donc l’examen de la situation en Amérique. Si nous avons cité tant de noms ce n’est pas pour leur valeur en soi mais parce que dans bien des cas, c’est l’unique moyen pour pouvoir se retrouver dans ce maquis où l’idée et le principe manquent trop souvent et où les différents courants, dit communistes de gauche, le remplacent avec un simplicisme vraiment déconcertant.
Il est vrai qu’entre nous et eux il y a aussi un océan idéologique.

Gatto MAMMONE.




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