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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Quand il ne reste que le choix des armes, le désespoir n’a pas besoin de caution politique
{Matin d’un Blues}, n°2, s.d., p. 2-3.
Article mis en ligne le 6 avril 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Mars 78. Au moment où on fait cette couverture, les Israéliens sont en train de régler le problème palestinien à leur manière après un attentat qui leur fournit le prétexte rêvé, les Italiens sanglotent sur Aldo Morro en mettant sur pied une campagne de répression sans précédent, non seulement dans l’ampleur qu’elle se donne, mais dans son envergure idéologique qui s’appuie sur un consensus politique général. Pour fermer la boucle de la connerie, on peut préciser que les mêmes Palestiniens qui sont en train de se faire piétiner au Liban, ceux qui ont fait du terrorisme une institution de libération nationale, eh bien leurs bureaucrates de l’OLP viennent de cautionner la répression et l’hystérie anti-terroriste en Italie. Masochisme historique et politique politicienne se lèchent le cul mutuellement. Tout cela après la parade allemande anti-RAF et Stammeinh, cette porte sur le vide qui habite encore notre colère.
Alors on a besoin de dire plusieurs choses.
Autonomes, nous prônons une stratégie offensive par rapport à l’Etat et à ses ramifications institutionnelles. Mais notre offensive, ce n’est pas celle de la violence militarisée, ne serait-ce que parce que nous sommes convaincus que l’Etat moderne peut ridiculiser tous les records de boucherie et de terrorisme avec une brutalité qui n’a d’égal que son cynisme.
Notre autonomie, nos espaces de lutte, ce sont mille lieux où l’offensive prend les formes de la créativité. Mais par rapport au flicage quotidien il faut dire qu’on sent chaque jour ces espaces, ces réseaux se rétrécir, nos désirs sont acculés ar la dictature prisunic/télé/métro/etc. C’est ce qui fait que nous puissions nous reconnaître dans des actes de "terrorisme" sans même réfléchir à leur bien-fondé politique car nous y reconnaissons notre peur, nos moments de désespoir, de révolte et de mégàlomanie.
Il ne s’agit pas de justifier les terroristes, nous ne nous reconnaissons, par contre, pas dans ces niveaux de violence, ni dans ces méthodes qui nous transforment· subjectivement en otages de la mauvaise conscience.
Mais il s’agit de dire à tous ceux qui nous fliquent quotidiennement qu’acculé à la misère et à l’ennui le désespoir mène à n’importe quoi et que la révolte qui gronde là est aussi sur nos poitrines, même si nous n’en reconnaissons pas l’expression dans les discours idéologiques débiles des groupes armés .
Il faut dire aussi et nettement que l’enjeu des envolées hystériques sur le terrorisme correspond à des stratégies d’Etat bien précises.
D’abord à dissimuler le fait que le seul terrorisme officiel, omniprésent et intouchable est celui du capital et des Etats. Il suffit de feuilleter le plus timide des rapports d’Amnesty International, par exemple, pour reprendre le sens des proportions.
Mais l’objectif le plus important c’est la criminalisation de tout mouvement radicalisé. En déchaînant une mythologie spectaculaire du terrorisme on pousse l’ensemble du mouvement sur la fausse alternative : cogestion des luttes avec les institutions de gauche et l’Etat, ou bien ghetto des luttes armées, ce ’qui permet de dissimuler le fait qu’une offensive politique ne passe pas seulement par le syndicalisme, la violence ou la militarisation (de gauche comprise) ..
Nous ne pouvons ni ne voulons juger ceux qui luttent les armes à la main, mais nous pouvons dire deux choses : le seul terrorisme conséquent c’est l’Etat et sans rentrer dans sa vision militaro-policière de la violence, que copient certaines pratiques de luttes armées, nous savons que nous ne voulons plus être des victimes.

Matin d’un Blues




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