Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
La "Déclaration des principes" de la Fraction belge, de la gauche Communiste Internationale
{Bilan} n°41 - Mai-Juin 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 29 avril 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Nous donnons ci-dessous, le premier document de base de la fraction belge, nous réservant de revenir, dans notre prochain numéro, sur l’importance que revêt la constitution de cet organisme dans le mouvement belge et international.

1. — Le Parti est une fraction du prolétariat. — Dans l’ère des révolutions prolétariennes, le Parti exprime effectivement la conscience et la capacité politique du prolétariat dans une phase de flux révolutionnaire où se pose directement le problème du pouvoir.
La Fraction est un élément du Parti, organique ou extra-organique selon le rapport des classes. Sa nature procède de la nature même du parti. Pas plus que celui-ci, la fraction n’émane uniquement de la volonté d’individualités révolutionnaires mais elle exprime avant tout un produit de la lutte des classes, surgissant lorsque le mouvement prolétarien trace une courbe descendante. Elle apparaît comme une nécessité assurant la survivance de la fonction historique du parti, lorsque ce dernier devient la proie de l’opportunisme.
Quand le parti passe ouvertement au capitalisme, en trahissant, la fraction constitue la base de formation, le noyau du parti en devenir qui reprendra la succession historique du parti défaillant.
De par sa substance sociale, la fraction, loin de s’isoler de la lutte des classes, reste étroitement liée à toutes les réactions prolétariennes qui s’y déterminent et elle s’enracine par conséquent à tout le développement ultérieur de cette lutte. De son côté, le prolétariat, malgré la défaite, trouve dans la fraction l’endroit politique où peut se concentrer et se raffermir sa conscience de classe, condition de sa capacité d’action dans les situations mûre, de demain.
La trahison des partis de la IIIème Internationale a fécondé les conditions historiques pour l’apparition de nouveaux partis communistes, mais elle résulte d’une maturation des contrastes sociaux alors que s’ouvre la phase de la transformation des fractions en partis sur la base des nouvelles données historiques que les fractions ont élaborées.
Dans la période actuelle, les fractions de gauche vivent en substance une situation analogue à celle vécue par les courants et les fractions de gauche de la IIème Internationale pendant le déchainement de la guerre impérialiste, qui va de la trahison de 1914 à octobre 1917, alors que se constituent les prémices de la nouvelle Internationale.
Aujourd’hui, que les fractions de gauche ont du rompre totalement avec les partis de la IIIème Internationale, et que la situation les empêche d’agir comme des partis, elles se trouvent ou à peu prés — exclusivement confinées dans les limites du travail théorique, au sein d’une évolution qui précipite la société capitaliste vers le gouffre de la guerre impérialiste.
Outre la formation des cadres du futur parti, la tâche fondamentale des fractions est de forger l’arme doctrinale qui fraiera à la lutte du prolétariat la voie vers le triomphe de la révolution.
Le noyau issu de la scission qui s’est opérée au sein de la Ligue des Communistes Internationalistes déclare se constituer en fraction, en s’inspirant des considérations qui .précèdent. Elle se revendique du communisme sur la base des principes fondamentaux posés par les deux premiers Congrès de l’Internationale Communiste, elle se situe par conséquent dans la lutte prolétarienne en tant que continuité historique de la théorie marxiste fondée sur le déterminisme économique, le matérialisme dialectique et la lutte des classes. Elle s’affirme en tant qu’organisme progressif se fixant l’objectif central de pousser le mouvement communiste à un stade supérieur de son évolution doctrinale en apportant sa contribution propre à la solution internationale des problèmes nouveaux posés par les expériences de la révolution russe et de la période de déclin du capitalisme, solution que la IIIème Internationale n’a pu élaborer de par les conditions historiques.
En outre, la fraction a comme tâche de répondre aux problèmes spécifiques de la lutte prolétarienne en Belgique, en fonction des principes généraux régissant la lutte mondiale du prolétariat.
La fraction, oeuvrant pour la reconstruction du parti du prolétariat et celle de l’internationale prolétarienne, pose comme condition fondamentale de cette tâche le refus catégorique de se relier organiquement ou non à des courants politiques historiquement condamnés comme forces rétrogrades et ennemies : social-démocratie, partis de la IIIème Internationale, ou bien encore à des groupement communistes qui ont altéré leurs bases politique et idéologique en se rattachant directement ou indirectement à des forces appartenant à ces courants. Par là, la fraction sauvegarde son propre développement en même temps que le triomphe de la révolution prolétarienne.
La fraction déclare accepter uniquement les affiliations individuelles sur la base d’une adhésion sans réserve à la présente déclaration de principes.
La fraction, dès sa fondation, marque sa position internationaliste en affirmant vouloir collaborer dans l’élaboration du travail théorique avec tout organisme politique se revendiquant d’un autre prolétariat, pourvu que cet organisme agisse dans la voie de la fraction telle qu’elle est tracée dans cette déclaration.
Sur cette base, et voulant marquer sa ferme volonté contre la confusion extrême qui domine actuellement le mouvement communiste, résolue à contribuer au renforcement du prolétariat, la fraction affirme sa conjonction internationale avec la fraction italienne se revendiquant déjà de la position principielle affirmée ci-dessus et décide d’adopter la dénomination de fraction belge de la gauche communiste internationale.
Les points suivants posent leu notions politiques essentielles appelées à s’intégrer à la charpente idéologique et programmatique de la révolution prolétarienne.

2. — Les fractions communistes ne peuvent forger l’arme théorique indispensable au triomphe de la révolution qu’à la condition de comprendre le mécanisme interne de la société capitaliste dans sa phase de déclin historique et de relier étroitement l’analyse des événements à la signification de l’époque.
L’Impérialismes ou dernière étape du capitalisme a orienté l’évolution sociale vers une impasse les forces productives dans leur ensemble, ne peuvent plus se développer dans le cadre du système capitaliste parce qu’elles ont atteint le niveau maximum compatible avec la nature de ce système. En d’autres termes, la forme socialiste de la production et le mode bourgeois de production et de répartition des produits sont entrés en un conflit irréductible qui nourrit la crise générale de la société bourgeoise évoluant dans les limites d’un marché saturé de marchandises.
Le reflux des forces productive pose objectivement la nécessité de la révolution prolétarienne et de l’avènement du communisme en même temps qu’il ouvre une phase décisive de la lutte des classes : "l’époque de décadence capitaliste est l’époque de la lutte directe en vue de la dictature du prolétariat." (2ème Congrès de l’I. C.)
L’antagonisme fondamental entre la bourgeoisie et le prolétariat devient l’axe de l’évolution historique autour duquel gravitent tous les contrastes secondaires, y compris les contrastes inter-impérialistes. Cela veut dire que désormais la vie de la société capitaliste oscille entre les deux issues ouvertes par l’évolution des rapports sociaux : Guerre impérialiste ou révolution prolétarienne.
La guerre impérialiste est la rançon sanglante de la survivance anachronique du capitalisme, lorsque le prolétariat est impuissant à imposer sa propre solution : le Communisme, au travers de sa dictature de classe.
Le capitalisme pourrissant ne peut subsister qu’en dévorant sa propre substance, en provoquant des pertes énormes de travail accumulé (chômage des machines, destruction des produits, dévaluation monétaires) et de travail humain (chômage, utilisation pour la production de guerre, etc.)
Quand la guerre éclate, c’est que les contrastes internes de la production bourgeoise ne trouvent plus d’autre issue que celle constituée d’une part par la destruction massive des richesses productives qui, parce qu’elles ont dû refluer dans le cadre des économies de guerre, ont engendré leur propre négation en se transformant en moyen de destruction ; d’autre part, par le massacre du prolétariat, vivante antithèse de la société capitaliste.
C’est la nature de cette société, fondée sur l’antagonisme irréductible entre la bourgeoisie et le prolétariat qui détermine le mobile fondamental de la guerre impérialiste et son contenu social, mais non la lutte entre les Etats capitalistes ou entre fractions bourgeoises d’un même Etat : les antagonismes inter-impérialistes sont seulement l’expression de la contradiction entre la tendance à l’universalité du système capitaliste et sa division en nations résultant de l’appropriation privée des richesses.
Dans l’époque de la décadence bourgeoise, le prolétariat doit se désolidariser de toutes les guerres dirigées par le capitalisme ou ses agents démocratiques, que leur drapeau soit celui de la Révolution bourgeoise ou des nationalités opprimées, ou de l’émancipation nationale des colonies, ou de l’antifascisme, ou encore du "socialisme en un seul pays".
Le prolétariat reconnaît et accepte uniquement la guerre civile déclenchée par ses propres forces et sous le contrôle de son parti de classe, contre et pour l’abolition de l’Etat capitaliste.
La Révolution prolétarienne trouve sa condition objective dans la condamnation historique du capitalisme, mais la force motrice, capable de la propulser doit être recherchée par [1] dans l’économie, mais sur le terrain politique . une société pourrie ne peut tomber que sous la poussée d’une classe révolutionnaire. — Le prolétariat, en forgeant son parti de classe, devient cette classe révolutionnaire capable d’abattre la bourgeoisie, d’empêcher la guerre et la décomposition de la société.

3. — La démocratie bourgeoise est l’expression politique du "libéralisme" économique qui a favorisé l’accumulation du capital dans la phase de croissance du système bourgeois de la production.
En même temps, derrière le paravant de l’"égalité" politique, il tendit à dissimuler au prolétariat croissant en nombre et en force politique, la réalité de la société divisée en classe. Bien que le prolétariat ne pouvait encore poser concrètement le problème du pouvoir, il s’opposa cependant à l’Etat capitaliste en fondant ses propres organisations de classe et, par là, heurtait aussi le principe démocratique qui constituait la charpente de l’édifice juridique-politique de la bourgeoisie. Les organismes prolétariens de lutte surgissent contre la volonté de l’Etat démocratique et non pas grâce à l’existence de cet Etat ; mais en même temps, ils se laissaient pénétrer par la corruption de l’idée démocratique, d’autant plus puissante qu’elle baignait dans une ambiance de prospérité. D’autre part, le capitalisme pouvait donner satisfaction partielle aux revendications ouvrières alors que celles-ci ne menaçaient pas encore le fonctionnement même du système capitaliste, mais pouvaient au contraire se greffer sur son développement.
Par contre, la décadence du capitalisme non seulement s’oppose à une élévation (absolue aussi bien que relative) des conditions de vie du prolétariat mais exige l’exploitation intensive de celui-ci sur la base de l’étranglement de ses luttes.
Pour la défense de ses intérêts, le prolétariat ne peut pas s’accrocher aux institutions démocratiques, celles-ci n’étant pas son oeuvre propre, mais celles de la bourgeoisie et qu’elles ne subsistent que dans la mesure où elles empêchent le prolétariat de poser ses revendications de classe et d’acquérir la conscience politique qui lui fasse découvrir la nécessité de détruire l’Etat bourgeois démocratique.
La démocratie et le fascisme sont deux formes de domination d’une même classe : la bourgeoisie mondiale.
Leur choix est déterminé en fonction non d’intérêts particuliers et contradictoires de cette classe, mais de son intérêt historique, fondamental : l’écrasement du prolétariat.
Le prolétariat ne peut empêcher l’avènement de la domination fasciste que dans la mesure où, appuyé sur ses organisations de classe il s’oppose à la réalisation du programme capitaliste visant à son anéantissement en tant que classe, dans la mesure où il parvient à s’acheminer vers son propre objectif : la révolution communiste.
Les expériences "démocratiques", depuis 1918, ont démontré que la défense de la démocratie était la négation de la lutte des classes, étouffait la conscience du prolétariat et conduisait son avant-garde jusqu’à la trahison — aujourd’hui consommée — des partis communistes sans empêcher l’instauration du fascisme là où il s’imposait, mais en y contribuant : la tragédie, du prolétariat espagnol jeté dans le gouffre de la guerre "antifasciste" a définitivement marqué au fer rouge les défenseurs, conscients ou non, de la démocratie bourgeoise.

4. — La position des communistes à l’égard des syndicats se rattache au critère central qui affirme que le programme de lutte pour les revendications immédiates doit être le pôle de concentration du prolétariat dans une phase, où celui-ci n’agit pas en tant que classe consciente de ses buts historiques et où ce programme apparaît comme le seul qui heurte de front le programme capitaliste. La conscience prolétarienne peut renaître dans la mesure où les batailles économiques partielles se développent jusqu’à atteindr’ la phase supérieure politique qui pose le problème du pouvoir. "A l’époque où le capitalisme tombe en ruine, la lutte économique du prolétariat se transforme en lutte politique beaucoup plus rapidement qu’à l’époque du développement pacifique du régime capitaliste. Tout conflit économique important peut soulever devant les ouvriers la question de la révolution" (2ème Congrès de l’I. C.).
Les communistes ont pour devoir de militer dans les syndicats réformistes qui sont actuellement les seules organisations unitaires de masses.
Mais c’est à la condition de ne pas devoir sacrifier leur activité, sauvegarde de la lutte prolétarienne, que les communistes légitiment leur présence dans les syndicats.
Les syndicats fascistes ne sont pas des organisations ouvrières mais des créations du capitalisme qui empêchent tout travail révolutionnaire.
Lorsque l’arme économique des prolétaires a été anéantie par le fascisme, les communistes ont pour devoir d’œuvrer à la constitution de nouveaux syndicats de classe. Ceux-ci ne peuvent cependant surgir que du bouleversement des rapports sociaux. De même un nouveau type d’organisation unitaire ne peut être un produit artificiel, mais un phénomène social surgissant de situations révolutionnaires où le prolétariat se dirige vers l’instauration de son propre pouvoir et est amené à en créer les organes de base, tels les soviets.

5. — La Révolution prolétarienne d’octobre 1917, par ses traits fondamentaux, détermine le contenu des révolutions prolétariennes de demain.
Dans le développement de la lutte des classes, elle représente la continuité progressive de la Commune de Paris et de la Révolution russe de 1905 et apporte la vivante preuve historique des prémisses théoriques suivantes.

a) La révolution prolétarienne ne se réalise que par la destruction de l’Etat capitaliste et la fondation de l’Etat prolétarien qui est inévitable dans la phase de transition entre le capitalisme et le communisme ;

b) Pour atteindre son objectif historique - l’extinction des classes - le prolétariat doit instaurer sa propre dictature sous la direction de son parti de classe.

Le parti n’étant que la fraction la plus consciente du prolétariat n’a pas d’intérêts se différenciant de ceux de la classe, mais il exprime les intérêts d’ensemble de cette classe, leur vénalité sociale. Par définition comme du point de vue de la réalité historique, il y a identification absolue entre dictature de classe et dictature du parti.
Par contre, il existe une opposition irréductible entre la dictature prolétarienne et la dictature de l’Etat.
Le prolétariat ne peut sauvegarder sa dictature de classe et, par conséquent, son programme historique qu’en asservissant l’Etat à la réalisation de ce programme.
La dégénérescence prolétarienne trouve son terrain spécifique non dans la dictature du parti, mais dans l’incorporation au parti à l’appareil d’Etat. Par contre, le contenu positif des révolutions prolétariennes, sans cesse grandissant, réside dans le dépérissement de l’Etat et non dans le développement de ses organes de coercition et de répression.
L’une des tâches essentielles des fractions communistes est d’élaborer une solution de principe au problème capital de la gestion d’un état prolétarien, solution que les bolcheviks n’ont pu donner, faute de matière expérimentale.
Les enseignements tirés de la révolution russe fournissent dès à présent les données suivantes du problèmes :

a) La révolution prolétarienne ne peut suivre un cours autonome qui serait fondé sur l’originalité du milieu géographique et social. Elle n’est pas la résultante de prémices matérielles développées dans le pays où elle surgit, mais le produit d’une maturation politique des contrastes de classe et - ce, à l’échelle internationale. Le critère de maturité économique ou culturelle est à rejeter tout aussi bien pour les pays à développement supérieur que pour les pays retardataires. La maturité de la révolution prolétarienne est donnée par l’époque historique, telle que nous l’avons définie au point 2° ;

b) La révolution prolétarienne prend racine sur le terrain. national, mais ne peut se développer qu’en se greffant sur la lutte du prolétariat mondial et en mettant l’Etat prolétarien au service de cette lutte. L’affirmation centrale du marxisme que la révolution politique doit précéder la révolution économique n’acquiert sa pleine signification que sur l’arène internationale, sur la base d’un écrasement politique du capitalisme, au moins dans ses centres vitaux ;

c) Le socialisme mondial, préface au communisme, ne peut pas être la juxtaposition d’économies "socialistes" nationales, mais il est l’expression de la division internationale du travail telle qu’elle a surgi du développement capitaliste, une organisation unitaire composée de secteurs interdépendants et solidaires ;

d) Même après la fondation d’un Etat prolétarien et jusqu’au triomphe de la révolution mondiale, les lois de la production capitaliste continuent à s’exercer — dans une plus ou moins grande mesure — au sein de cet Etat, sous la pression des classes ennemies expropriées mais non détruites, et du capitalisme mondial. Celui-ci ne peut pas être vaincu sur le terrain des compétitions économiques mais sur le terrain politique, au travers d’une exacerbation de la lutte mondiale des classes. A celle-ci doivent donc être subordonnées les tâches d’un prolétariat victorieux par rapport à sa propre économie. Les limites du programme économique sont tracées par la place spécifique qu’occupera l’économie prolétarienne dans l’organisation socialiste mondiale ;

e) En outre, le contenu social de la révolution prolétarienne ne se mesure pas essentiellement au développement des forces productives, mais au mobile et à la destination de la production, au degré de satisfaction des besoins des masses.

L’U.R.S.S., en rompant avec le prolétariat mondial sur la base du socialisme national a imprimé à son économie un cours capitaliste se dirigeant vers l’issue de la guerre impérialiste : l’industrialisation soviétique se traduit par l’édification d’une économie de guerre.
Le devoir des fractions communistes est de rejeter toute défense — même conditionnée — de l’U.R.S.S., instrument de l’impérialisme mondial.

Notes :

[1Sic, c’est certainement "non". NdE.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53