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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Antonio Gramsci - Camillo Berneri
{Bilan} n°41 - Mai-Juin 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 29 avril 2017

par ArchivesAutonomies
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Ils ont disparu à quelques semaines de distance : l’un dans une maison de santé où il avait été hospitalisé après que de nombreuses années de captivité cellulaire et de torture avaient donné le coup de grâce à sa santé vacillante ; l’autre brutalement assassiné à Barcelone par des procédés portant le cachet fasciste : extrait de son domicile et retrouvé à la morgue, le jour après, criblé de coups.
Le capitalisme a supprimé physiquement l’un et l’autre, parce que, malgré les responsabilités de l’un dans la genèse du centrisme, malgré la fonction négative et contre-révolutionnaire de l’idéologie anarchiste défendue par l’autre et condamnée par les événements d’Espagne, Gramsci et Berneri pouvaient, par leur passé, par l’honnêteté de leurs convictions que tant d’arrivistes et d’aventuriers flagellaient, devenir une menace pour l’ordre constitué, le "fasciste" tout aussi bien que le "démocratique". En effet, l’un et l’autre auraient pu retrouver le chemin de la révolution communiste, sur la base des expériences qu’ils avaient vécues eux-mêmes, et cette évolution aurait représenté pour l’ennemi un danger d’autant plus grand que leur passé de lutte sans merci contre le capitalisme avait fait grandir leur influence parmi les masses des opprimés.
Et ainsi, alors que, d’une part, le régime de Mussolini a lentement assassiné celui que le centrisme italien a appelé "chef" du prolétariat italien, qu’il détenait sous ses griffes, d’autre part, le régime espagnol du Front Populaire n’a pas hésité à supprimer physiquement et violemment une des figures les plus représentatives et certainement la plus digne parmi celles qui ont représenté et représente un des piliers les plus solides de la manoeuvre capitaliste de l’"antifascisme".
GRAMSCI, chef du prolétariat italien ? Non, parce qu’à aucun moment il n’a su mettre au profit de la classe ouvrière son grand talent, son esprit de sacrifice, sa fermeté dans la lutte contre l’ennemi. Gramsci, provenant d’un milieu intellectuel qui en avait déjà faussé la formation, n’avait pas su s’approprier l’esprit du marxisme qu’il avait pourtant étudié avec tant d’endurance. Et c’est cela qui donne à sa lutte un caractère encore plus noble. Sans pouvoir saisir l’évolution réelle des événements, sans pouvoir contribuer à leur orientation révolutionnaire, il a donné sa vie à la cause du prolétariat !
BERNERI, un chef des anarchistes ? Non, parce que, même après son assassinat, la C.N.T. et la F.A.I. mobilisent les ouvriers sur le danger de leur évincement d’un gouvernement qui est recouvert du sang de Berneri. Ce dernier avait cru pouvoir s’appuyer sur l’école anarchiste pour contribuer à l’œuvre de rédemption sociale des opprimés et c’est un ministère comprenant des anarchistes qui a lancé l’attaque contre les exploités de Barcelone !
Les vies de Gramsci et de Berneri appartiennent au prolétariat qui s’inspire de leur exemple pour continuer sa lutte. Et la victoire communiste permettra aux masses d’honorer dignement les deux disparus, parce qu’elle permettra aussi de mieux comprendre les erreurs dont ils furent les victimes et qui ont dû certainement ajouter, aux services de l’ennemi, le tourment intime de voir les événements contredire tragiquement leurs convictions, leurs idéologies.
De Gramsci et de Berneri nous reparlerons plus longuement dans le numéro prochain de Bilan.




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