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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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De Almeira à la reconnaissance de la belligérance
{Bilan} n°42 - Juillet-Août 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 15 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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A Ibiza est-ce l’avion républicain, ou le navire allemand qui a tiré le premier ? Cette question a été résolue par le seul bombardement d’Almeira et non par une conflagration mondiale comme ce fut le cas en 1914, après le meurtre de Sarajevo. Le problème ne se pose seulement de voir comment un incident d’une telle gravité a pu ne pas avoir une répercussion correspondante dans un conflit généralisé, mais le problème essentiel consiste à voir quelle a été l’évolution ultérieure et dans quelle direction cet événement a agi.
La brouille au Comité de non-intervention, survenue après le prétendu incident du "Leipzig", a failli plusieurs fois tourner vers une rupture définitive du système dit de la non-intervention, et à l’heure actuelle, nous ne savons pas si l’intransigeance italo-allemande, russe ou franco-anglaise ne finiront pas par torpiller le dit Comité. Car tous les gouvernements sont très intransigeants, tout au moins le premier jour que tourne une scène au Comité de Londres. Ensuite les angles s’arrondissent, une possibilité de compromis s’échafaude jusqu’au moment où une nouvelle note remet tout sur le tapis.
On peut en déduire deux choses : que les contradictions entre les puissances impérialistes étant insolubles, ce qui n’est pas résolu aujourd’hui, par la force des armes, le sera demain au travers d’une conflagration mondiale. Mais si cela était, nous devrions assister à un succès des puissances qui détiennent actuellement une supériorité au point de vue économique, militaire et politique. La presque unanimité des Etats, à part l’Allemagne et l’Italie, sont derrière les gouvernements dits démocratiques et la Russie. Si à Londres, dans les différents atermoiements du Comité, il ne s’agissait que de remettre la partie au moment le plus favorable, nous devrions assister à une imposition de la France et Angleterre à leurs adversaires pour qu’ils cessent tout au moins le ravitaillement du gouvernement de Franco. Par contre ce sont von Ribbentrop et Grandi qui mènent le jeu et après Almeira, Bilbao est tombé à la suite de l’intervention massive des troupes italiennes et allemandes.
Il en a été, tout autrement quand il s’est agi des menaces de construction de bases d’attaques au Maroc espagnol : à ce moment-là le gouvernement du Reich a fourni toutes les explications, une enquête a été faite et Delbos qui avait frappé du poing sur la table a eu un succès indiscutable.
Il en fut aussi tout autrement en 1905, en 1911, et lors des guerres balkaniques, les trois prodromes de la guerre de 1914. A cette époque les tentatives d’opérations militaires, tout autant nue l’intervention aux Balkans étaient ou arrêtées du coup ou scrupuleusement circonscrites à la suite d’un contrôle qui n’était pas théorique, ainsi que Poincaré le prouva très nettement.
Mais aujourd’hui ? Les opérations militaires suivent leur cours et l’on pourrait penser que le rôle du Comité de non-intervention est simplement de faire gagner du temps à l’Italie, et à l’Allemagne pour permettre le ravitaillement qui est indispensable à Franco pour obtenir la victoire contre le gouvernement républicain.
Mais il ne s’agit pas seulement d’une œuvre de couverture que l’on fait à Londres. On y travaille pour éviter la généralisation du conflit espagnol, mais cela dans l’ordre subsidiaire, car la menace réelle du conflit mondial n’existe pas, autrement si ce conflit n’éclatait pas à cause de la disproportion des forces, nous assisterions au fait que le plus fort impose sa loi à l’adversaire.
Mais ce à quoi on travaille d’arrache-pied à Londres, tout aussi bien d’ailleurs que dans les différends gouvernements et leurs annexes des Fronts Populaires, c’est à réaliser les conditions les plus favorables pour égorger les ouvriers espagnols des deux secteurs, et y encastrer la lutte contre la révolution communiste dans tous les pays.
Les événements les plus récents, montrent nettement que certaines possibilités existent aujourd’hui pour déterminer une conciliation des intérêts antagoniques des impérialismes. Londres qui avait déjà faite la preuve de concilier les intérêts de sa domination, avec ceux de l’indépendance politique (qui ne supprime pas la sujétion économique, loin de là) des territoires qui forment son Empire, a changé d’attitude envers Franco et, en échange du respect des intérêts anglais aux Asturies, elle a offert, en sous-main, la reconnaissance de la belligérance. D’ailleurs, dès le début des événements espagnols, l’Angleterre n’avait-elle pas homologué la politique du Portugal, une presque-colonie anglaise et qui était manifestement de connivence avec Franco ? Et la France du Front Populaire, n’a-t-elle pas prise l’initiative de cette politique de non-intervention qui, devait favoriser non seulement l’attaque de Franco, mais aussi la politique d’Union Sacrée prônée par tous les partis antifascistes qui ont trouvé, justement dans cette politique, l’explication aux revers de l’armée républicaine, et la nécessité de continuer la guerre jusqu’au bout sous le mot d’ordre de la "liberté pour l’Espagne républicaine de s’armer et de se ravitailler" ?
Ibiza, Almeira, le "Leipzig", Londres, autant de moments qui prouvent deux choses : tout d’abord que même lorsqu’il s’agit d’un point crucial des antagonismes inter-impérialistes (et c’est le cas pour l’Espagne avec Gibraltar sans compter l’importance exceptionnelle des mines de minerai qui s’y trouvent) les événements peuvent évoluer dans une direction de conciliation entre les brigands impérialistes. Ensuite, que, pour ce qui concerne la lutte pour l’écrasement du prolétariat espagnol et international, une solidarité de fer s’établira entre les différents gouvernements renforcés par l’appui des Fronts Populaires et leurs annexes de tous les pays, pour le succès de l’œuvre de la contre-révolution capitaliste.
Entre-temps l’évolution s’accentue en prenant comme point d’appui les événements d’Espagne. Socialistes et centristes en France voteront le budget de 1938 où les deux, tiers du budget de la Trésorerie sont absorbés par l’industrie de guerre, le Labour Party décidera de voter les crédits pour la Défense Nationale, le gouvernement belge pourra nommer l’un des secrétaires de la Commission Syndicale en qualité de commissaire aux armements, en Russie l’emprunt pour le renforcement de l’armée sera lancé en même temps que l’on égorge tous ceux qui commirent le crime de participer à la révolution d’Octobre. Dans tous les pays, l’Union Sacrée est la preuve éclatante que si les contrastes inter-impérialistes peuvent évoluer vers une conciliation, il y a un contraste qui ne souffre aucune possibilité de compromis, c’est le contraste de classe, l’antagonisme entre le capitalisme et le prolétariat. Les champs de bataille d’Espagne en sont la preuve éclatante. Le capitalisme de tous les pays peut se croire à l’abri de la révolution, parce qu’il peut circonscrire le brasier espagnol et y brûler les corps des prolétaires bernés par l’antifascisme. Mais le fait à lui seul que la bourgeoisie ait dû recourir au moyen extrême de la guerre pour donner une issue au contraste de classe qui l’oppose au prolétariat est l’indice de la liquidation de toutes les voies intermédiaires de la corruption, le prodrome qui annonce à l’horizon, les batailles révolutionnaires du prolétariat luttant pour la révolution communiste.




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