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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Vers la révolution communiste en Italie
{Bilan} n°42 - Juillet-Août 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 15 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Il pourrait paraître que, en fonction de l’importance gigantesque d’un événement, l’analyse des situations devrait revêtir une grande richesse de détails, afin que l’hypothèse qui en résulte soit confirmée par un ensemble de données méticuleusement établies. Et pourtant, notre perspective sur l’approche de grandes tourmentes révolutionnaires en Italie ne se base que sur deux éléments concrets de la situation actuelle, complétés par un examen de l’évolution politique qui se dessine dans les milieux de l’antifascisme, qui aspirent à prendre la succession du fascisme dans la défense des intérêts du capitalisme italien.
Les deux éléments de la situation sont : la faillite de la victoire en Éthiopie, l’intervention hégémonique de l’Italie en Espagne.
Les conquêtes coloniales ont toujours révélé une haute maturation des possibilités économiques de l’État capitaliste. L’économie du pays ayant atteint un point fort élevé, la nécessité se présentait pour le capitalisme de s’annexer des territoires pour y écouler une partie de la production, pour en retirer des matières premières, ou pour y diriger le surplus de la main-d’œuvre qu’il n’était plus possible d’employer dans le pays, les lois de l’économie capitaliste ne le permettant plus. A la victoire militaire pour l’annexion de la colonie, suivait généralement un assainissement de la situation économique, l’ouverture d’un nouvel horizon pour le capitalisme vainqueur. L’élargissement des bases du mécanisme économique ouvrait aussi la possibilité à une atténuation des antagonismes sociaux au sein de la société capitaliste et les exploités indigènes faisaient les frais de la nouvelle ère de paix sociale.
Or, qu’est il arrivé en Italie, après la victoire complète et foudroyante en Éthiopie ? La situation économique du pays n’a fait que s’empirer et Mussolini n’avait pas encore terminé de prononcer le mot que désormais l’Italie se trouvait dans le rang des "nations satisfaites", qu’il a dû prendre, le premier, l’initiative d’une intervention massive en Espagne.
Pour mieux s’expliquer la situation successive à la victoire éthiopienne, il faudra songer à l’état de tension où se trouvaient l’économie et l’ambiance sociale du pays, avant la guerre en Afrique, faits qui avaient rendu cette guerre inévitable. Toutes les ressources, toutes les manœuvres avaient été épuisées par le capitalisme : les ouvriers forcés de travailler à de salaires de famine, et ceux d’entre eux qui osaient lutter contre les conventions collectives établies par les corporations fascistes déférés au Tribunal Spécial, où de très lourdes condamnations étaient prononcées, afin de servir d’exemple à tous les travailleurs. Les paysans et les ouvriers agricoles sous la coupe des inquisitions fiscales n’avaient plus aucune possibilité devant eux : les grands travaux de bonification, aussi bien que tous les autres travaux en vue de rendre l’Italie "indépendante de l’étranger et capable de se suffire à elle-même", étant terminés. Enfin les industriels, les capitalistes et les propriétaires fonciers, qui avaient dû recourir à l’arme extrême de la défense de leurs privilèges, l’appel à l’État, pour que celui-ci étende les tentacules de son contrôle à toute la vie économique ; qui, pendant de nombreuses années avaient dû s’en référer à l’État afin qu’il gère d’une façon constante leur capitaux, en étaient arrivés à un point où il n’était plus possible, dans les limites nationales, de continuer à faire fonctionner le régime de leur exploitation sur les travailleurs.
C’est dans cette situation que l’entreprise africaine se présente comme une nécessité absolue pour le capitalisme italien. Quel qu’aurait été le gouvernement au pouvoir, l’expédition en Éthiopie aurait eu lieu. Les démocrates et sociaux-démocrates ont jeté les hauts cris en disant que, si le fascisme n’avait pas été au pouvoir, la politique de "collaboration internationale" qu’ils auraient appliquée, n’aurait pas conduit à l’assaut de l’indépendance de l’Éthiopie, qui a eu comme conséquences, avec une aggravation de la situation internationale, la perte de l’amitié anglaise et la menace de la bonne entente avec la France.
Il faut remarquer que, tout d’abord, dans la domaine des relations pacifiques avec les autres impérialismes, Mussolini n’a fait qu’appliquer le programme toujours revendiqué par la démocratie et c’est bien à juste titre que Sforza (ministre in partibus des Affaires Étrangères, de la combinaison ministérielle antifasciste échafaudée dans les bistrots de Paris) a accusé Mussolini de plagiat.
D’un autre côté il est aussi vrai que Mussolini a eu une politique économique parfaitement libérale en exploitant au maximum toutes les possibilités du pays. Enfin, même s’il était vrai que la politique économique et diplomatique de la démocratie aurait pu avoir d’autres résultats, la réalité est là et l’on ne peut évidemment pas effacer quatorze années de politique fasciste, et ne pas faire face aux conséquences inéluctables de cette politique économique. Il est vrai, une voie existait, celle de l’attaque dirigée contre le régime capitaliste, mais il est connu que les forces de la démocratie, de la social-démocratie et du centrisme ont accouru au chevet du capitalisme italien et lui ont administré l’oxygène nécessaire pour en assurer la survie. En face de Mussolini qui envoyait en toute tranquillité les régiments qui devaient occuper l’Abyssinie, la 2ème et la 3me Internationale, flanquées de toutes les démocraties du monde, ont mobilisé les masses ouvrières pour obtenir de la Société des Nations l’application des sanctions. La presqu’unanimité des États s’étant ralliés à la défense des "principes du pacte", il en est résulté que le fascisme a non seulement pu poursuivre, sans encombre son expédition en Éthiopie, mais a aussi pu mettre au compte de "l’étranger", qui avait appliqué les sanctions toutes les privations que le capitalisme devait imposer aux travailleurs italiens. L’antifascisme a ainsi, encore une fois, représenté un pion indispensable pour le succès du capitalisme et cette fois, la victoire contre le prolétariat s’est exprimé au travers d’un sauvetage du fascisme lequel aurait pu être sérieusement ébranlé par une action de classe des ouvriers du pays et du prolétariat international.
C’est l’ensemble de la société capitaliste italienne qui se jette dans l’emprise africaine en escomptant une atténuation des antagonismes qui la déchirent. Le capitalisme entrevoit la possibilité d’une extension de ses possibilités, la petite bourgeoisie escompte les bienfaits de la colonisation, les travailleurs en général croient qu’ils auront, enfin, la possibilité de trouver du travail à des conditions moins abrutissantes que celles qu’ils supportaient depuis quinze ans.
Qu’est-il advenu après la victoire qui ne pouvait pas être plus complète ? Tout l’organisme de la société capitaliste, lancé à l’assaut est resté dans cette position d’élan sans que toutefois aucune possibilité ne se présente pour faire épandre toutes les énergies économiques et sociales qui avaient été accumulées depuis de nombreuses années. La victoire se résolvait en une colossale faillite, et Mussolini qui espérait enfin pouvoir dormir sur de paisibles oreillers, le capitalisme italien qui escomptait la paix, s’est trouvé en face du plus dangereux des périls : celui de leur propre victoire.
La proclamation de l’Empire italien n’était pas encore terminée, les pourparlers pour obtenir cette reconnaissance et faire enterrer l’affaire éthiopienne à la Société des Nations n’avaient pas encore été portés à terme, le "Gentlemen Agreement" avec l’Angleterre n’était pas encore signé, que l’état de tension extrême des antagonismes sociaux va requérir une nouvelle guerre. La situation d’Espagne fournira au capitalisme italien une nouvelle occasion pour estomper les contrastes insolubles qui troublent sa société.
Dès les premiers jours des événements d’Espagne, Mussolini est à l’avant-garde suivi, immédiatement après, par l’autre impérialisme qui se trouve devant des difficultés du même ordre, bien que moins aiguës, par l’impérialisme allemand.
Nous ne pouvons pas expliquer l’intervention massive de l’Italie en Espagne sur la base des intérêts exclusifs de l’expansionnisme impérialiste de ce pays. En effet, il est clair qu’après avoir obtenu une victoire en Afrique, le capitalisme italien se trouvait dans les conditions les moins favorables pour courir un nouveau risque en Espagne et aurait voulu se consacrer à la récolte des fruits de la bataille gagnée. D’un autre côté, lorsque les événements espagnols éclataient, les pourparlers sont très avancés avec l’Angleterre pour en arriver à l’accord qui sera signé ensuite, afin de configurer les zones d’influence des deux pays dans la Méditerranée. Enfin, même si on pose le problème en disant que le capitalisme italien agit en Espagne afin de pouvoir bouleverser à son avantage, les positions de Gibraltar et des Baléares, il s’agit encore d’expliquer comment ce capitalisme pourrait parvenir à utiliser ces éléments importants dans la domination du monde, lorsqu’il s’est trouvé dans l’impossibilité de trouver en Éthiopie ne fût-ce qu’un débouché provisoire pour permettre une vivification de son économie.
C’est donc en fonction uniquement des considérations de l’ambiance sociale en Italie, que nous pouvons expliquer ce fait qui contraste avec toute l’histoire précédente. Les conquêtes coloniales avaient représenté jadis une occasion à l’expansion économique de l’impérialisme occupant les nouveaux territoires ; cette fois-ci la victoire coloniale aura poussé le capitalisme italien à se jeter sans discontinuité, dans une nouvelle entreprise guerrière.
Ceux qui, pour établir la réalité de la situation en Italie, voudraient faire recours aux méthodes de la statistique afin de déterminer la situation économique du pays, se heurteraient à l’impossibilité de pouvoir prévoir - au travers des instruments comptables, capables tout au plus de prédéterminer le lendemain immédiat en une situation de calme social — les grandes tempêtes révolutionnaires. Tous les régimes de dictature ont donné l’impression de la plus grande solidité, jusqu’à la veille de leur écroulement. Comme l’a dit un écrivain français, il n’y a rien de plus calme qu’une poudrière quelque minutes avant son explosion.
Nous nous basons donc sur les données de la réalité, sur l’évolution de facteurs qui se trouvent à un potentiel très élevé, tel que la guerre eu Éthiopie et l’intervention croissante en Espagne. Nous nous croyons pouvoir escompter à bref délai une précipitation des situations en Italie.
La conception matérialiste qui nous sert de guide dans l’analyse de l’histoire nous permet de nous rendre compte des conditions dans lesquelles le prolétariat italien affrontera les batailles du proche demain.
Bien qu’il y ait une relation, une interdépendance étroites entre l’évolution des luttes de classe et la cristallisation de la conscience communiste dans le prolétariat (cristallisation se manifestant au travers de la construction du parti de classe), cette interdépendance ne détermine pas le cours des événements historiques sous le flux exclusif des mouvements. ouvriers. Pour bien saisir les situations, nous devons considérer le mouvement ouvrier en fonction du milieu social d’où il jaillit, qu’il exprime, et où en définitive, il est appelé à jouer le rôle de protagoniste de la révolution. Ainsi que nous l’avons mis plusieurs fois en évidence, le mouvement prolétarien acquiert une nature et une substance différente suivant qu’il ressort d’une société où les amples ressources du capitalisme permet d’atténuer l’apparition et la manifestation des antagonismes sociaux, ou bien qu’il relève d’une société où, à cause des multiples facteurs de l’évolution historique, ces antagonismes sont les plus violents et les possibilités de les estomper quasi-inexistantes.
Le fascisme trouve sa raison d’être non dans la menace d’une révolution prolétarienne (en Italie, tout aussi bien qu’en Allemagne il apparaît au moment extrême de la descente de la courbe du mouvement prolétarien), mais dans le fait que ce milieu économique et social, qui a été privé — à cause de la défaite révolutionnaire — de l’élément naturel de son assainissement, ne pourra se diriger que vers la voie opposée d’un anéantissement violent de toute forme de vie du prolétariat.
Cet élément central fait que, lorsque la tempête sociale se déchaînera en Italie, nous trouverons un prolétariat qui acquerra immédiatement une haute conscience de ses buts historiques, des armes nécessaires à leur réalisation, des institutions (le parti de classe), capables de le conduire à la victoire. D’ailleurs, suivant l’heureuse formule de Bordiga en 1924, le prolétariat italien a réalisé toutes les conditions pour jouer le rôle de troisième facteur indépendant en face du fascisme et de l’antifascisme, et cela parce qu’il a fait l’expérience de la démocratie extrême en 1919-1920 et du fils légitime de cette démocratie : le fascisme.
Nous nous trouverons donc en face d’une classe ouvrière marchant directement vers la lutte révolutionnaire et, bien plus longtemps qu’il n’en a été le cas à Barcelone où cette période s’est limitée à quelques jours, nous assisterons à des luttes révolutionnaires d’une âpreté terrible et en face desquelles le capitalisme n’aura d’autre voie de salut que celle de l’éclipse totale de son État, et du mandat qui sera donné à ses agents antifascistes de se faufiler tout prudemment dans les organismes que les situations auront fait surgir et que les ouvriers veulent faire servir aux intérêts de leur victoire révolutionnaire. Au cours de cette première phase, il est fort probable qu’aucune organisation n’aura d’influence décisive sur les masses. L’antifascisme, même s’il devait parvenir à mettre debout un ministère recouvrant sous ses drapeaux écarlates la marchandise capitaliste et contre-révolutionnaire qu’il porte dans son sein, se verrait débordé par l’initiative des masses et par l’exercice réel du pouvoir qui serait détenu par les organismes prolétariens.
Quant à notre fraction qui s’érigerait en parti, au cours de ces événements, il faut prévoir que — au cours des premiers jours des événements révolutionnaires elle ne pourrait aller au–delà de l’ancrement de ses positions parmi les ouvriers, ces derniers se trouvant dans la possibilité de se diriger eux-mêmes et n’ayant pas besoin d’un organisme concentrant leurs volontés, leurs buts, leurs intérêts.
C’est uniquement ensuite, lorsqu’à la phase de la destruction du régime capitaliste doit inévitablement suivre l’autre phase de construction du régime prolétarien, que le duel se déroulerait entre tous les agents du capitalisme et le parti de classe du prolétariat italien, parti de classe qui sera l’incarnation de notre fraction actuelle, ou surgira directement des prisons, des isolateurs fascistes, au cas où notre organisation à l’étranger s’était écartée — au cours de son évolution de dix ans — de la voie de la lutte pour le communisme. Mais aucun doute n’est possible : les nombreuses années de dictature fasciste faisant suite au régime démocratique de l’après guerre, ont jeté des fondements de granit et le parti de classe du prolétariat italien surgira des tempêtes sociales et de l’insurrection qui mettra fin au régime fasciste.
La combustion sociale et révolutionnaine très forte qui aura lieu en Italie, se développera dans un milieu où les possibilités de vie d’un régime prolétarien sont les plus restreintes : par contraste à la Russie, l’Italie ne possède pas de possibilités de trouver à l’intérieur des frontières les matières premières indispensables au fonctionnement de la vie économique. C’est cette situation qui faisait dire au réformiste Turati, dans l’immédiat après-guerre, que la révolution prolétarienne était concevable en Italie seulement après la victoire ouvrière dans les autres pays. Bien évidemment un réformiste ne pouvait pas concevoir la lutte d’un prolétariat en fonction de la lutte de la classe ouvrière mondiale et, de ce fait, il était porté à considérer que la révolution italienne n’aurait jamais pu compter sur un ébranlement de la situation internationale et l’appui solidaire du prolétariat des autres pays.
A notre avis, c’est justement cette faiblesse du milieu économique qui fait la force politique de la révolution italienne. En effet, celle-ci ne pourra vivre qu’en tant que détachement direct du prolétariat mondial : au cas où les conditions internationales classiques de la révolution communiste, venaient à faire défaut, l’alternative se présenterait d’une façon brutale, nous ne connaîtrions pas de 1921, et la bataille décisive se présenterait entre le prolétariat et le danger d’une restauration bourgeoise.
Il faut reconnaître que dans l’ordre de la préparation des conditions internationales les plus défavorables pour la révolution italienne, le capitalisme a pu obtenir des succès d’une importance capitale et ce grâce aux événements d’Espagne. L’antifascisme, dans ses différentes éditions, de Front Populaire, d’Entente Démocratique, de la Deuxième ou de la Troisième Internationale se révèle être la couverture d’une manœuvre d’attaque de la bourgeoisie contre le prolétariat. Et ce qui est le plus grave, l’euphorie produite par l’industrie des armements dans l’ensemble de la situation économique, permet non seulement au capitalisme de localiser son offensive aux noyaux restreints des prolétaires qui œuvrent pour la révolution communiste, mais aussi de charger de cette œuvre de répression à une force qui agit directement au sein des masses : le parti communiste, flanqué des socialistes des différentes tendances.
Il est évident que l’éclosion de la situation révolutionnaire en Italie est inconcevable en dehors d’une précipitation de la situation dans les différents pays. Et, à ce propos il est évident que si le capitalisme avait pu l’éviter il aurait économisé les événements de Barcelone et la répression sauvage qui s’exerce actuellement en Russie, deux prodromes annonçant l’ébranlement et la dislocation du Front Populaire sous la poussée des luttes des masses reprenant conscience de leurs intérêts.
Le facteur du temps est de grande importance mais nullement décisif. Il est évident que nous aurions tout avantage à ce que la situation se clarifie en Espagne et en Russie avant que la tempête n’éclate en Italie : les événements s’en trouveraient- ainsi délivrés du danger que peut représenter l’antifascisme dans la deuxième période de la révolution. Mais même si les événements d’Espagne et de Russie n’étaient pas arrivés à leur liquidation, l’ouverture de la situation en Italie ne ferait que marquer un point plus avancé de la chute de la situation internationale vers son précipice, et les ouvriers italiens pourraient compter avec un appui certain pour le lendemain, même s’ils ne pouvaient pas y compter immédiatement, dans la phase où le soutien des prolétariats des autres pays est d’ailleurs moins nécessaire.
Mais le facteur décisif est représenté par l’habilitation des prolétariats des autres pays à affronter les batailles révolutionnaires qui se déclareraient d’une façon violente en Italie, mais dont les germes existant dans tous les pays, ne tarderaient à éclore à l’intérieur des autres États capitalistes. Dans ce domaine, la situation actuelle n’est pas fort dissemblable de celle qui précéda la victoire de la révolution en Russie. Quand on songe au fait que, malgré les événements de Barcelone et ceux de Russie, aucune réaction ne se détermine dans les milieux qui se réclament du mouvement communiste et que ces groupements continuent d’appeler les ouvriers à soutenir la guerre impérialiste qui se déroule en Espagne, l’on serait porté à désespérer du sort de la révolution italienne et de son encastrement dans la révolution internationale.
Seulement, en nous basant sur le processus qui mena à la construction de la Troisième Internationale, et au cours duquel nous avons constaté que presque l’entièreté de la génération provenant de la Deuxième Internationale resta en dehors des partis communistes naissants, nous en arrivons à considérer que, très probablement, il en sera de même de la future Internationale de la Révolution, et que, au rythme intense des situations extrêmes, contresignées par la victoire révolutionnaire du prolétariat d’un pays donné, les germes existant dans les autres pays, s’épanouiraient en dehors et contre toutes les formations actuelles. Il s’agira alors de faire une attention extrême et de repousser tous ceux qui, après avoir — surtout au cours des événements d’Espagne — œuvré non pour le succès de la révolution, mais pour parachever la manœuvre du capitalisme international afin de massacrer les ouvriers dans la guerre, voudraient reprendre les plumes de la révolution en s’affirmant les défenseurs de la révolution victorieuse. Jamais, comme à ce moment-là, la devise de Marx "Prolétaires de tous les pays unissez-vous" n’aura autant de signification et d’importance. Ce cri de ralliement international signifiera alors : pour vaincre le capitalisme dans tous les pays, il faut construire votre parti de classe, il faut éliminer de votre sein toutes les forces qui sont étrangères à votre classe, à vos luttes, à votre idéologie, à votre programme.




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