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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Un manifeste des communistes mexicains sur le massacre de Barcelone
{Bilan} n°42 - Juillet-Août 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 15 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous publions le manifeste qui suit et qui nous est parvenu de la part du "Groupe de Travailleurs Marxistes" du Mexique. Le lecteur pourra constater que, sur les questions essentielles, une coïncidence existe entre les points de vue défendus par les fractions belge et italienne et les camarades du Mexique.
Les événements politiques — et au premier chef ceux d’une importance capitale comme la guerre impérialiste en Espagne — exigent que l’on ne s’en tienne pas à enregistrer la concordance des positions politiques et au réconfort que cela procure dans la lutte à mener contre le capitalisme au service duquel se trouvent désormais toutes les forces politiques ayant une influence parmi les masses. Surtout quand l’écroulement atteint les groupes mêmes qui avaient prétendu lutter pour la régénérescence du mouvement communiste et qui en sont arrivés à combiner l’appui à la guerre impérialiste et la lutte pour la révolution, le devoir des communistes consiste à aller au-delà des événements de l’heure afin d’aborder une confrontation politique sur les questions fondamentales du communisme. Aussi notre fraction a-t-elle pris occasion de ce manifeste pour demander aux camarades mexicains de procéder sans délai à cette discussion et nous espérons vivement pouvoir rapidement entretenir les lecteurs de "Bilan", du cours de cette discussion
.

Au Mexique ne doit pas se répéter l’échec subi par les travailleurs d’Espagne. Chaque jour, on nous dit que nous vivons dans une république démocratique, que nous avons un gouvernement ouvrier, que ce gouvernement est la meilleure défense contre le fascisme.
Les travailleurs d’Espagne croyaient qu’ils vivaient dans une république démocratique, qu’ils avaient un gouvernement ouvrier, que ce gouvernement était la meilleure défense contre le fascisme.
Alors que les travailleurs n’étaient pas sur leurs gardes et qu’ils avaient plus de confiance dans le gouvernement capitaliste que dans leurs propres forces, les fascistes, au vu et au su du gouvernement, préparèrent leur coup du mois de juillet de l’année passée, exactement comme le gouvernement de Cardenas permet aux Cedillo, Morones, Galles, etc., de préparer leur coup, tandis qu’il endort les ouvriers avec sa démagogie "ouvriériste".
Comment fut-il possible que les travailleurs d’Espagne, en juillet dernier, n’ont pas compris que le gouvernement "antifasciste" les avait trahis en permettant la préparation du coup des fascistes ? Comment se fait-il que les travailleurs du Mexique n’ont tiré aucune leçon de cette expérience douloureuse ?
Parce que le gouvernement espagnol a continué habilement sa démagogie et parce qu’il s’est présenté devant le front des travailleurs en les trompant encore une fois avec la consigne : le seul ennemi, c’est le fascisme !
En prenant la direction de la guerre que les travailleurs avaient commencée, la Bourgeoisie l’a convertie de guerre classiste en guerre capitaliste, en une guerre pour laquelle les travailleurs ont donné leur sang pour la défense de la république de leurs exploiteurs.
Leurs leaders, vendus à la Bourgeoisie, ont donné la consigne : ne présentez pas de revendications de classe avant que nous ayons vaincu le fascisme !
Et pendant neuf mois de guerre, les travailleurs n’ont organisé aucune grève, ont permis au gouvernement de supprimer leurs comités de base qui avaient surgi aux jours de juillet, et d’assujettir les milices ouvrières aux généraux de la bourgeoisie. Ils ont sacrifié leur propre lutte pour ne pas préjuger la lutte contre les fascistes.

POURQUOI CARDENAS DONNE-T-IL SON APPUI A AZANA ?

Pour entretenir la confiance des travailleurs en leur esprit de classe ? Le gouvernement de Cardenas a un intérêt primordial à ce que les travailleurs du Mexique ne comprennent pas pourquoi le gouvernement antifasciste d’Espagne avait permis aux fascistes de préparer leur coup. Parce que s’ils comprenaient ce qui s’était passé en Espagne, ils comprendraient aussi ce qui est en train de se passer au Mexique.
C’est pour cette raison que Cardenas a donné son appui au gouvernement légalement constitué de Azana et lui a envoyé des armes. Démagogiquement, il a dit que celles-ci étaient destinées à la défense des travailleurs contre les fascistes.
Les dernières nouvelles arrivées d’Espagne ont détruit pour toujours ce mensonge : le gouvernement légalement constitué de Azana utilisa les armes pour dompter les héroïques travailleurs de Barcelone lorsqu’ils durent se défendre contre ce gouvernement qui voulait les désarmer le 4 mai de cette année.
Aujourd’hui comme hier, le gouvernement de Cardenas aide le gouvernement légalement constitué de Azana, mais aujourd’hui non contre les fascistes mais contre les travailleurs.
L’oppression sanglante qui succéda au soulèvement des travailleurs de Barcelone a montré la véritable situation en Espagne comme la foudre illuminant la nuit : que d’illusions de neuf mois détruites. Dans sa lutte féroce contre les travailleurs de Barcelone, le gouvernement "antifasciste" s’est démasqué. Non seulement il a envoyé sa police spéciale, ses gardes d’assaut, ses mitrailleuses et ses tanks contre les travailleurs, mais il a libéré des prisonniers fascistes et a retiré du front des régiments "loyaux" en exposant ce front à l’attaque de Franco !
Ces faits ont prouvé que les véritables ennemis du Front Populaire ne sont pas les fascistes, mais les travailleurs !

TRAVAILLEURS DE BARCELONE !

Vous avez lutté magnifiquement, mais vous avez perdu. La Bourgeoisie peut vous isoler. Votre force seule ne pouvait pas être suffisante.
Travailleurs de l’arrière-garde, vous devez lutter conjointement avec vos camarades du front, conjointement contre le même ennemi : non, comme votre bourgeoisie vous le demande, contre l’armée de Franco, mais contre la bourgeoisie elle-même, qu’elle soit fasciste ou "antifasciste".
Vous devez envoyer des agitateurs au front avec la consigne : rébellion contre vos généraux ! Fraternisation avec les soldats de Franco — en majorité des paysans tombés dans les filets de la démagogie fasciste et cela parce que le gouvernement de front populaire n’avait pas rempli sa promesse de leur donner la terre ! Lutte commune de tous les opprimés, qu’ils soient ouvriers ou paysans, espagnols ou maures, italiens ou allemands, contre notre ennemi commun : la bourgeoisie espagnole et ses alliés, l’Impérialisme !
Pour cette lutte, un parti qui soit véritablement le vôtre est nécessaire. Toutes les organisations d’aujourd’hui, des socialistes aux anarchistes, sont au service de la Bourgeoisie. Ces derniers jours, à Barcelone, elles ont collaboré une fois de plus avec le gouvernement pour rétablir "l’ordre" et "la paix". Forger ce parti de classe indépendant, voilà la condition de votre triomphe.
En avant, Camarades de Barcelone, pour une Espagne soviétique.
Fraternisation avec les paysans trompés, dans l’armée de Franco, pour la lutte contre leurs oppresseurs communs, qu’ils soient fascistes ou antifascistes !
A bas le massacre des ouvriers et des paysans pour le compte de Franco, Azana et Companys !
Transformons la guerre impérialiste en Espagne en guerre classiste !

TRAVAILLEURS DU MEXIQUE !

Quand vous insurgerez-vous ?
Permettrez-vous à la Bourgeoisie mexicaine de répéter la même tromperie qu’en Espagne ? Non ! Vous faudra-t-il neuf mois de massacres pour comprendre cette tromperie ? Non ! Nous apprenons la leçon de Barcelone ! La tromperie de la Bourgeoisie espagnole a été possible seulement parce que les leaders avaient trahi, comme au Mexique, en abandonnant la défense des intérêts des travailleurs à la magnanimité du gouvernement "ouvriériste" et parce qu’ils ont pu convaincre les travailleurs que la lutte contre le fascisme exigeait une trêve avec la Bourgeoisie républicaine.
Les leaders sociaux du Mexique ont abandonné la lutte de conquêtes économiques et ont intégré les travailleurs en les ligotant au gouvernement.
Tous les organismes syndicaux et politiques du Mexique appuient l’envoi d’armes de la part du Gouvernement de Cardenas aux assassins de nos camarades de Barcelone. Tous donnent leur appui à la démagogie du Gouvernement. Aucune organisation n’expose la véritable fonction du Gouvernement de Cardenas.
Si les travailleurs du Mexique ne forgent pas un parti véritablement classiste indépendant, nous subirons la même déroute que celle des travailleurs d’Espagne !
Seul un parti indépendant du prolétariat peut contrecarrer le travail du Gouvernement qui sépare les paysans des ouvriers avec la farce de la distribution de quelques lopins de terre de la lagune, pour les séparer des ouvriers industriels.
La lutte contre la démagogie du Gouvernement, l’alliance avec les paysans et la lutte pour la révolution prolétarienne au Mexique sous le drapeau d’un nouveau parti communiste, seront la garantie de notre triomphe et la meilleure aide à nos frères d’Espagne !

Alerte, travailleurs du Mexique !
Nous ne devons pas être surpris par le faux ouvriérisme du Gouvernement !
Plus d’armes aux assassins de nos frères d’Espagne !
Luttons pour un parti classiste indépendant !
A bas le Gouvernement de Front Populaire !
Vive la dictature du Prolétariat !

"GROUPE DE TRAVAILLEURS MARXISTES"

Mai 1937. — Mexico.




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