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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Matin d’un blues
{Matin d’un Blues}, n°1, (fin-1978 ?), p. 3.
Article mis en ligne le 6 avril 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Les Zautonomes ont gagné leur étiquette politique à la porte d’une boulangerie… Mais le Croissant avait un goût amer : celui de l’Europe des Etats policiers. C’est une sorcière qui se penchait sur notre berceau, car entre les flics, la crise et un gauchisme moribond, la naissance des Zauto-gnômes jetait le pavé dans la mare du Goulag...

A peine enclenché, le mouvement décèle ses propres contradictions dans ses apparitions. Problème politique et tactique de la convergence, problème des orientations, des pratiques et des discours spécifiques… la valse des étiquettes commence : politiques, militaros, créatifs, bureaucrates, cow-boys, désirants, intellos, loubards… On rentrera pas dans ces petits jeux des clivages car nos sensibilités ont besoin d’espaces, pas d’étiquettes. Pour le reste, ça se règlera dans la pratique.

Alors, Matin d’un Blues ? C’est la mise en place immédiate de cet espace de créativité dont nous avons besoin pour exprimer notre autonomie dans un quotidien dont les enjeux ne seraient plus calibrés par super-marché. A quoi sert le baratin sur la révolution s’il charrie le même ennui et le même enfermement que celui des politicards habituels ? A quoi servent les discours sur le désir et la vie quotidienne si nous restons enfermés dans le réseau d’institutions qui séquestrent nos sensibilités ? A quoi servent les tirades hystéros sur la violence révolutionnaire si elles ne font que singer tristement le terrorisme d’Etat ? Alors, mille moyens de se battre sans recommencer le jeu débile des séparations, des priorités entre politique, quotidien, moyens d’expression…

Se battre à partir d’une créativité qui ne doit plus être prise en otage entre l’Etat et les vieilles catégories du discours « révolutionnaire ». La créativité ne consiste pas à nier certaines analyses objectives, à contrer l’économie politique avec l’économie libidinale, mais à utiliser toutes les bribes de pratiques, de discours, capables de faire bouger les rapports de forces politiques, de faire avancer nos enjeux quotidiens. Ce n’est pas la duplicité ou l’opportunisme, c’est la capacité de passer à travers tous les discours en faisant éclater tous les codes qui nous enferment.

On se reconnaît à la fois dans Lautréamont, Spinoza, Stravinsky, Marx, Van Gogh, Nietzsche, Coltrane, Baader, le rock et la défonce… On ne nous fera plus le coup des priorités révolutionnaires. On jonglera avec les concepts et le désir pour ne s’enfermer nulle part !

L’Etat est devant nous, la répression guette. D’accord ! Nous ne pensons pas qu’une nouvelle « Internationale Autonome » puisse les battre sur leur propre terrain. Nous voulons contourner le capital et nous battre là où il n’est pas encore. Les nouveaux philosophes et les Punks ont suffisamment fait l’apologie du pouvoir (les gauchos aussi, sur un autre registre) et c’est vrai que l’Etat obstrue nos ventres et nos regards, mais nous nous battrons sans cynisme car notre vie et nos désirs sont entiers dans cette tension contre ce qui nous écrase. Nous n’avons jamais cessé de nous battre, que ce soit contre le capital ou le réformisme, contre la répression à Bologne, à Paris, bientôt à Strasbourg, à Francfort, contre le nucléaire à Malville, à Kalkar, contre la misère salariée, le chômage, le contrôle social, etc. Dans chacune de ces luttes et dans celles à venir, nos pratiques tenteront d’exprimer la mesure d’une sensibilité créatrice et offensive face à l’oppression quotidienne.

On se battra sur tous les fronts : sur la musique, sur des bouquins, sur la politique, sur nos rapports quotidiens, sur la répression, avec des dessins, des concepts, des caresses, à coups de dents s’il le faut, mais on réinventera la vie, la nôtre au moins. Notre révolution se joue tout de suite, nous n’y souffrirons aucune magouille.

Collectif d’Offensive Culturelle. 1978




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