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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La scission dans la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique
{Bilan} n°42 - Juillet-Août 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 15 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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(Résolution de la C.E. de la Fraction Italienne de la gauche Communiste Internationale.)

La Conférence Nationale de la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique, tenue le 21 février 1937, après avoir approuvé la résolution sur la question espagnole, publiée dans le n° 2 du Bulletin de la dite Ligue, sous la signature du camarade A. Hennaut, décide :

1. De proclamer l’incompatibilité d’appartenir à l’organisation, pour les membres qui se solidarisaient avec la résolution publiée dans le même numéro du Bulletin, sous la signature du camarade Jehan ;

2. De conformer les rapports internationaux à cette décision politique, ce qui devait déterminer la rupture des rapports politiques entretenus, depuis 1932, entre la Ligue et notre fraction.
La majorité s’affirma sur ces questions, alors que la minorité, dont les partisans se recrutaient exclusivement dans la majorité du groupe de Bruxelles, décide de passer à la constitution de la "Fraction belge de la gauche communiste internationale" et publia son organe "Communisme" dont le n° 1 contient la Déclaration de Principes.

* * * * *

1. — La collaboration établie, en 1932 entre la Ligue et notre fraction fut déterminée par la confluence des deux organisations dans la critique de la politique de l’Opposition Internationale de Gauche (trotskyste) qui, au cours de l’attaque fasciste en Allemagne, avait appelé les ouvriers à lutter en vue d’un front unique pour la défense des "revendications démocratiques", ces dernières étant considérées comme une étape possible de la lutte pour la révolution communiste dont le succès et la clef se trouverait encore dans le parti communiste.
Les questions centrales du mouvement ouvrier, celles de l’Etat et du parti, se trouvaient évidemment inclues dans les critiques avancées par les deux organisations à l’Opposition Internationale, dans le rejet de la lutte sur la base des mots d’ordre démocratiques, tout aussi bien que dans l’opposition à considérer le parti dégénéré comme un instrument possible de la lutte prolétarienne. Ces deux éléments positifs de la situation de l’époque contenaient l’obligation, pour les deux organisations, d’établir des bases communes de travail, afin de voir si la possibilité se serait ensuite déclarée pour l’établissement de rapports définitifs en vue de la construction du parti de classe du prolétariat et de la nouvelle Internationale prolétarienne.
La négation des solutions proposées par l’Opposition Internationale de Gauche aux questions du Parti et de l’Etat, constituait une prémisse de l’indispensable affirmation ultérieure, mais ne pouvait pas constituer l’affirmation elle-même. Cette dernière ne pouvait résulter que de la solution convergente donnée par les deux organisations aux nouveaux problèmes surgis avec la dégénérescence et la chute des Partis Communistes et de la Troisième Internationale. Le travail de reconstruction du patrimoine idéologique du prolétariat ouvrait évidemment l’alternative de la collaboration ou de la rupture définitive. C’est uniquement la discussion politique en correspondance avec la marche des événements qui pouvait décider de l’issue des rapports entre la Ligue et notre fraction.
"Les directives pour une action communiste révolutionnaire" (décembre 1931), constituant le document de base de la Ligue, furent considérées, par notre fraction, comme pouvant permettre l’établissement des premiers rapports entre les deux organisations en vue du travail de clarification idéologique. Voici deux paragraphes contenus dans le dit document : Sur le problème de l’Etat (fascisme et antifascisme). De ce qui précède il résulte que tant que le capitalisme subsistera il pourra avoir recours, selon les besoins du moment, à l’emploi, soit de l’une, soit de l’autre forme de dictature. D’une façon absolue il n’existe aucune limite au delà de laquelle le recours à la méthode démocratique devient impossible. De même qu’une coalition réformiste-bourgeoise — coalition formelle ou tacite — peut servir d’introduction à un régime de dictature ouverte, une période de gouvernement fasciste peut préparer les voies qui rendent nécessaire à la bourgeoisie un essai de reconstitution de formes plus démocratiques de gouvernement. Tout cela dépend des rapports de forces entre la bourgeoisie et le prolétariat et non dans la moindre mesure de la capacité et de l’influence de son avant garde : le parti communiste révolutionnaire."
L’idée de la démocratie et du fascisme, en tant que deux formes de domination de la bourgeoisie y est clairement réaffirmée, et renforcée par l’hypothèse d’une succession d’un régime démocratique à un régime fasciste. Quant à cette hypothèse, — considérée du point de vue d’une transmission pacifique du gouvernement de la part des fascistes à une équipe démocratique —, notre fraction ne pourrait pas s’y rallier, l’abattement du fascisme étant inconcevable sans l’insurrection prolétarienne et c’est seulement après écrasement de cette dernière, qu’une restauration bourgeoise deviendrait possible. Toutefois le passage que nous avons reporté de la Déclaration des Principes de la Ligue, aurait dû préserver cette organisation des positions qui ont servi, en Italie et en Allemagne à décomposer le front prolétarien de résistance du prolétariat à l’attaque fasciste du capitalisme.
Par contre, nous lisons dans la Résolution qui fut votée à la Conférence du 20 février 1937 (Bulletin n° 2 de la Ligue) "L’humanité se trouve devant ce dilemme : ou bien continuer à subir le capitalisme, mais alors sous sa forme la plus brutale mais aussi la plus adéquate à l’état de tension extrême des antagonismes sociaux : le fascisme, ou bien s’engager dans la voie du socialisme, grâce à la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat". Ici perce déjà, en substitution du dilemme capitalisme-socialisme, l’autre dilemme fascisme-socialisme, formule contenant l’altération profonde et définitive de la théorie de classe. Toute la vision des événements espagnols en est troublée. La guerre entre le gouvernement républicain et Franco, ne sera plus vue comme une forme imposée par la violence des situations au capitalisme afin de massacrer les travailleurs (l’équivalent donc de la manœuvre de compromission tentée par Barrios immédiatement après le 19 juillet), mais c’est sous la pression des ouvriers que Caballero et le Front Populaire se seraient chargés, malgré eux, d’une fonction qui ne serait plus capitaliste, mais prolétarienne ou philo-prolétarienne. Le rapport Hennaut contient à la page 8, la phrase suivante qui n’est pas occasionnelle mais la révélation de l’idée centrale qui l’inspire : "Si la vigilance et la volonté de lutte des ouvriers n’avaient pas dépassé le degré d’antifascisme des gouvernants, porte-parole du Front Populaire, il est certain que le fascisme espagnol serait vainqueur depuis longtemps".
La thèse centrale du marxisme sur la conquête du pouvoir et suivant laquelle tout gouvernement capitaliste a une fonction spécifiquement et uniquement anti prolétarienne, est remplacée par l’autre thèse du gouvernement obligé par les ouvriers à réaliser la politique contre-nature de la lutte antifasciste.
Au cours de la polémique contre notre fraction, Hennaut nous a souvent reproché notre schématisme, notre prétendu anti-marxisme, parce que nous nous obstinons à considérer, que le dilemme fascisme-antifascisme resté dans les limites de la société capitaliste, de la domination bourgeoise et que la seule voie de salut qui s’offrait au prolétariat, c’était la lutte de classe contre l’Etat capitaliste, celui de Franco, tout autant que l’autre de Caballero. Hennaut écrit à la page 27 du rapport cité que : "Nous savons que la défense de la démocratie n’est que le côté formel de la lutte, l’antagonisme entre le capitalisme et le prolétariat en étant son essence réelle. Et à condition de n’abandonner en aucune circonstance la lutte des classes, la tâche des révolutionnaires est d’y participer". Les questions de mots n’ayant d’importance que pour autant qu’elles révèlent de profondes divergences politiques, il résulte de la phrase que nous avons reportée, que le gouvernement républicain n’est que le côté formel de la substance politique que serait la lutte de classe du prolétariat. D’ailleurs, dans la résolution approuvée le 20 février 1937, nous lisons : "Déjà maintenant, la bourgeoisie, en réalité, n’est plus représentée dans le gouvernement de Madrid que par des politiciens qui ne représentent qu’eux-mêmes". Les tragiques événements de Barcelone où, en levant le drapeau de l’immobilité du front d’Aragon, au nom du "Plan de la victoire", le gouvernement républicain, le même, exactement le même de celui de février 1937, écrase dans le sang la résistance des ouvriers à une réorganisation de l’Etat bourgeois catalan, prouve nettement et cruellement la puissance anti-prolétarienne de ce gouvernement qui, d’après Hennaut était soumis à la vigilance des ouvriers.
Sur le terrain des principes, le dilemme démocratie-fascisme sera considéré par Hennaut, comme l’expression formelle de la lutte prolétarienne contre le capitalisme alors que, dans les Directives de 1931, ce même dilemme était considéré comme l’expression substantielle de la lutte du capitalisme contre le prolétariat.
Dans les dites "Directives" de 1931, nous lisons, sur le problème du parti "La prise du pouvoir, la destruction de l’Etat bourgeois, telles sont les principales étapes conduisant au socialisme. Elles ne peuvent être franchies que par une classe ouvrière réellement consciente qui est parvenue à se créer les organes nécessaires à cette lutte. (Souligné par nous, ndr). Parmi ces dernières, figure la constitution d’un parti communiste réellement révolutionnaire incarnant la conscience du prolétariat, sa volonté de lutte, sa capacité d’organisation et la sûreté d’orientation nécessaire au triomphe final". Ici l’existence du parti est présentée comme une condition indispensable à la réalisation des conditions pour la lutte révolutionnaire, faute de quoi cette situation n’existe pas. Dans la résolution, la condition se transforme en une tâche et l’on parlera de "révolution espagnole" après avoir constaté que "Ni les anarchistes, ni le Poum ne remplissent cette fonction" (celle du parti donc).
L’appréciation de la situation avait évidemment une importance capitale car, suivant que l’on y découvrait les caractères révolutionnaires ou non, en résultait l’appel aux ouvriers pour participer en masse à la guerre "anti-fasciste", parce que "la lutte conséquente contre Franco pose le problème de la destruction du capitalisme", ou l’alerte aux ouvriers sur le cruel traquenard qu’on leur tendait, afin qu’ils se dirigent vers la transformation en guerre civile contre le capitalisme des deux guerres fasciste et anti-fasciste, les deux expressions actuelles de la guerre civile du capitalisme contre le prolétariat.

3 [1]. — La question qui a toujours formé le nœud des contrastes entre les marxistes et les révisionnistes, est réapparue dans les polémiques ayant abouti à la scission de la Ligue belge des Communistes Internationalistes. Dans la lutte des classes, les réformes de l’Etat bourgeois préparent la voie de leur suppression, le 24 juillet 1936 prépare le 4 mai 1937, les socialisations, les milices, les expropriations, que la résolution elle-même qualifie de "réformes", ne peuvent être réalisées que par un gouvernement ouvrier, après, donc la destruction de l’Etat capitaliste. La compatibilité provisoire entre l’Etat bourgeois et les socialisations révèle non un acheminement possible vers la transformation socialiste de la société, mais la dissimulation de l’ennemi pour faire face à une situation extrêmement tendue. Le devoir de ceux qui prétendent éclairer les esprits des ouvriers est de leur montrer le gouffre dans lequel ils tombent en n’apercevant pas le marché que l’ennemi fait ; contre la cessation provisoire de la gestion de l’industrie, il obtient le massacre des centaines de milliers de travailleurs, en même temps que l’écroulement du prolétariat international tout entier.
La lutte des marxistes contre les réformistes ne portait nullement sur le fait s’il fallait oui ou non conquérir de meilleurs positions pour les exploités, mais sur l’autre problème que le prolétariat ne pouvait jamais accepter de mener sa lutte sous la direction de l’Etat bourgeois réformé. La majorité de la Ligue, en qualifiant de guerre prolétarienne, la guerre d’Espagne a rejoint les positions des réformistes et des contre-révolutionnaires. Les prolétaires de Barcelone qui, le 4 mai 1937 ont fait la grève même dans les industrie socialisées, ont donné, par leur sang une nouvelle confirmation à la théorie de la lutte des classes.
Les divergences entre la majorité de la Ligue et notre fraction, portait donc sur les questions fondamentales du communisme : sur celles du parti et de l’Etat. A part les désaccords sur la nature de la situation espagnole (elles aussi d’une importance capitale), l’enjeu du débat portait sur la politique à emprunter pour la construction du parti, pour la conquête du pouvoir.
En Espagne se joue le sort des millions d’exploités du pays, aussi bien d’ailleurs que le sort du prolétariat mondial tout entier. Lorsque l’on a dit aux ouvriers qu’ils peuvent mener une guerre, malgré la direction, que garde le capitalisme, lorsqu’on a dit aux ouvriers que les armes peuvent servir à la lutte pour le socialisme alors que la bourgeoisie détient le pouvoir et dirige les opérations, l’on est tombés de ce même fait dans le rang des contre-révolutionnaires.
De la scission du 20 février 1937, est résultée la constitution de la fraction belge de la gauche communiste internationale qui est désormais le seul organisme pouvant œuvrer pour la constitution du parti de classe du prolétariat et la C. E. de notre fraction souscrit pleinement à la classe contenue dans la Déclaration des Principes de cette fraction et suivant laquelle, l’adhésion individuelle est considérée comme seule forme d’adhésion à la tâche grandiose qui est confiée aux militants communistes pour permettre à la classe ouvrière de construire son parti, l’instrument de la victoire du prolétariat belge et de tous les pays.

La C. E. de a fraction italienne de la gauche communiste internationale.

Notes :

[1Dans l’original, il n’y a pas de point 2.




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