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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Du travail et du pain
{Bilan} n°43 - Septembre-Octobre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Chaque jour une bombe nouvelle. Pour nous borner aux tous derniers événements - qui seront très probablement dépassés lorsque ceci sera publié - nous réfléchissions encore aux conséquences des événements chinois, des bombes lancées contre l’ambassadeur d’Angleterre, que le torpillage de l’"Hartock" prend la première place des événements et, avec lui, la décision de la Conférence méditerranéenne due à l’initiative du gouvernement français qui avait "reconsidéré l’affaire espagnole". Et le lendemain, la nouvelle bombe a éclaté : la Russie rend l’Italie responsable des actes de piraterie, ce à quoi Mussolini répond par un refus catégorique de toutes les demandes contenues dans la note russe.
Qu’ils ont donc des difficultés les différents assassins du prolétariat mondial : la situation ne leur laisse aucune trêve : les morts évoquent d’autres morts et aucune possibilité ne se présente d’y opposer une digue. Le régime capitaliste a ses lois de fer et, dans la phase d’incendie sociale d’aujourd’hui, c’est avec le langage de milliers et milliers de morts que les pirates démocratiques, fascistes, soviétiques, sont obligés d’échanger leurs notes pour sauver le régime de la piraterie perpétuelle s’exerçant contre les travailleurs de tous les pays.
La guerre entre la Russie et l’Italie surgit-elle à l’horizon après les récentes notes si venimeuses ? Très probablement non ! Mais ce qui est à l’ordre du jour, c’est la nécessité de redorer le blason du Front Populaire en Italie. L’organe socialiste a récemment publié un article provenant d’Italie et où un membre de ce parti révèle que les événements espagnols ont produit une "dangereuse mentalité" et l’on entend dire que mieux vaut Mussoliini que Staline... Ceux qui avaient mobilisé les ouvriers derrière le drapeau de "Caballero mieux que Franco", peuvent bien s’étonner aujourd’hui de s’entendre répondre que le fascisme est mieux que le Front Populaire.
Nous qui n’avons jamais basé notre politique sur la théorie du "moindre mal", mais qui avons toujours fondé notre politique sur le dilemme de classe, nous n’avons rien à redouter de l’évolution des événements qui finiront par se conclure par la victoire du prolétariat contre le régime capitaliste.
Entre-temps, les statistiques économiques accusent une augmentation de la production dans tous les pays ; et le Front Populaire a engagé une lutte de vitesse pour atteindre les chiffres records de la production, qui sont aussi les chiffres records de l’exploitation des travailleurs.
Toutes les statistiques sont en hausse, également celle des travailleurs occupés et le chômage qui continue de sévir dans plusieurs pays est expliqué comme la rançon inévitable de la rationalisation ayant déterminé un surplus considérable de travailleurs que l’on ne pourra plus "réadapter". Les autres ouvriers ont du travail, et même beaucoup de travail. Ils ont aussi du pain. N’est-ce pas cela qu’ils ont réclamé pendant les années de crise économique. Eh bien ! le capitalisme a fait ce qu’il peut. Il ne pouvait pas faire davantage. La crise économique a fait place à une reprise et cette reprise porte les marques sanglantes que personne au monde n’aurait pu lui enlever. C’est le déclenchement de la guerre en Espagne, la place hégémonique prise par l’ industrie de guerre dans tous les pays, qui ont permis cette reprise économique. Rien d’autre que cela, car aucune perspective nouvelle ne s’est ouverte pour le régime capitaliste lequel, malgré cette détente dans la situation économique, ne peut éloigner les foudres qui s’abattent chaque jour sur lui. À aucun moment de la crise économique la plus intense, la situation n’a été aussi incendiaire qu’elle l’est actuellement, en pleine période de bond de la production mondiale.
Une autre statistique marque des hausses fantastiques. C’est celle qui traduit le nombre des fanfarons et le rythme de leurs fanfaronnades. La guerre d’Espagne, la croisade de la liberté contre le fascisme, crient les socialistes qui, par leur alliance avec les centristes, frottent leurs mains ensanglantées du sang des spartakistes contre celles de Staline se plongeant dans l’infamie : la complicité permet d’estomper, parmi les masses, la vision de tous les crimes et laisse encore du travail et du pain aux traîtres de toutes les couleurs. Les trotskistes sont aussi de la mêlée : "mieux Staline que Hitler", l’Union Soviétique doit être défendue, les nationalités opprimées défendues, la guerre antifasciste sanctifiée et, entre-temps, tombent par milliers les ouvriers et les paysans auprès desquels les assassins antifascistes et anti-impérialistes sont présentés comme le moindre mal. Et, pour finir, voilà ceux qui s’affublent du nom de "communistes de gauche" et qui, participant eux aussi au concert macabre qui accompagne les hécatombes d’ouvriers, disent : la révolution ne surgirait plus de la négation de la guerre, de sa transformation en sens contraire : la lutte du prolétariat, mais du parachèvement de la guerre antifasciste portée à ses conséquences extrêmes, en victoire contre le fascisme. Les succès de l’armée antifasciste en Aragon, fourriers de nouvelles répressions contre le prolétariat, voilà la réponse des événements aux "communistes de gauche".
Il n’y a que les fractions de gauche qui, dans leur travail pénible, n’ont aucune possibilité de trouver encore du travail et du pain dans leur lutte pour le communisme. Groupes minuscules, en butte à toutes les difficultés ridiculisées par tout le monde, ces militants sont pourtant ceux qui incarnent les intérêts du prolétariat, ceux qui s’efforcent de construire le parti de la révolution communiste, ceux qui, parce qu’ ils ont repris le drapeau de Lénine : la transformation en guerre civile contre le capitalisme, de la guerre civile du capitalisme contre le prolétariat, pourront, demain, demander aux masses ayant reconquis la force de combattre pour le communisme, de les accepter dans leur sein parce qu’en apprêtant le programme et les organismes de la révolution communistes, ils ont accompli leur devoir, malgré et contre toutes les forces qui ont servi le capitalisme quand l’heure a sonné de l’inévitable précipitation dans la guerre des contrastes inhérents au régime capitaliste.




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