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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Andrés Nin assassiné ?
{Bilan} n°43 - Septembre-Octobre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Depuis le 17 juin, on est sans nouvelles d’Andrés Nin, arrêté, sur l’ordre du gouvernement républicain, par des policiers centristes [1]. Depuis plusieurs mois, des rumeurs étranges et contradictoires circulent. Un jour, c’est un ex-ministre anarchiste qui annonce que son cadavre a été retrouvé dans les rues de Madrid ; puis la délégation de l’Indépendant Party à Valence fait savoir que Nin aurait été transmis à la police centriste de Madrid, qui le tiendrait prisonnier dans une prison privée ; enfin, c’est Prieto lui-même qui laisserait supposer que Nin est détenu dans une ambassade : mener une campagne pour sa libération risquerait de le retrouver à l’état de cadavre.
Et les bourreaux des prolétaires espagnols n’ont pas fini : d’autres nouvelles seront propagées pour masquer, jusqu’au dernier moment, l’assassinat crapuleux d’Andrés Nin. N’est-ce pas Prieto lui-même qui a déclaré que tous les crimes centristes seront tolérés et couverts, car "les Russes envoient des armes qui permettent à la République espagnole de résister à l’assaut du fascisme".
Ah ! combien ce crime laisse songeur. Nin était encore ministre de la Justice en Catalogne il y a huit mois ; Gorkin, Andrade (aujourd’hui emprisonnés), paradaient au sein du front antifasciste en illusionnant les ouvriers sur la possibilité de faire la révolution prolétarienne en travaillant pour la guerre bourgeoise.
Actuellement, dans les cellules antifascistes, avec des milliers d’autres, ils pourront mesurer la trahison terrible des intérêts prolétariens à laquelle cette position les a poussés. Mais rien, malheureusement, ne ressuscitera Nin dont nous pensons qu’on retrouvera peut-être le cadavre. Il est tombé après ces journées de mai ou le capitalisme a compris que l’heure du nettoyage des illusions, des forces qui les propageaient, était arrivée.
Nos positions étaient à l’opposé des siennes, mais nous saluons le dévouement à la cause prolétarienne dont il fit preuve, même si ces positions l’ont conduit à mettre, pendant les événements, ce dévouement au service d’une cause réactionnaire.
Nin est un militant connu dans le mouvement espagnol et international et aucune calomnie de "fasciste" ne pourrait avoir prise à son sujet.
Venu du parti socialiste, il passa, pendant la guerre, dans la C.N.T., dont il fut un des plus ardents militants.
Délégué à Moscou par la C.N.T. il rallia définitivement les théories marxistes et mit tout son enthousiasme, son savoir, au service de la Révolution d’Octobre et de ses organisations internationales. Secrétaire à l’Internationale Syndicale Rouge, il fut vraiment le seul des fonctionnaires de celle-ci qui, en 1927, lors de la révolution chinoise, passa à l’opposition. Dès lors, sa vie se développa toute entière au sein des groupements luttant contre la dégénérescence centriste et pour la régénérescence de la pensée marxiste.
En 1931, expulsé de la Russie, il rentra, après la chute d’Alphonse XIII, en Espagne, où il reprit sa place de militant révolutionnaire.
Nin devait quitter le chemin du marxisme, d’abord à la suite de Trotsky, puis en fusionnant son groupe avec celui de Maurin ; ministre de la Justice à la Généralité en Catalogne, il prit sur lui la lourde responsabilité d’appuyer le massacre antifasciste du prolétariat ibérique.
Maintenant, il n’est plus et a payé de sa vie ses profonds égarements. Notre fraction le salue, parmi tant d’autres victimes, et ne veut retenir de sa vie que la phase de lutte généreuse contre le centrisme qui le frappe aujourd’hui, lutte que le prolétariat mondial saura retenir et qu’il vengera certainement quand le sang de tous les martyrs de sa cause aura fécondé les conditions de la révolution communiste.

Notes :

[1Nom donné par "Bilan" aux staliniens.




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