Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Les bourreaux soviétiques à l’oeuvre
{Bilan} n°43 - Septembre-Octobre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

On se demande avec angoisse : quand donc finira la boucherie épouvantable que le centrisme exécute en Russie ? Des centaines de militants, d’ouvriers sont frappés, assassinés dans le silence des prisons. La Sibérie a été transformée en cimetière et ce qui s’y passe est pire qu’au cours des années les plus noires de la réaction tsariste. Notre camarade Calligaris a disparu : des émigrés allemands, italiens, polonais sont dans la même situation. Ce ne sont plus que des "morts-vivant" qui un jour recevront le coup de grâce, dans le silence, sans que nul ne le sache, et la seule explication qui sera fournie sera : parti sans laisser d’adresse. Pauvre Calligaris ! Les prisons soviétiques ne le libéreront-elles qu’à l’état de cadavre ?
Victor Serge s’est efforcé, ces derniers temps, d’accoler aux noms dont la presse signalait l’arrestation une explication biographique : tous y passent. Des militants qui forgèrent la révolution russe plus un seul ne restera. Trotskistes repentis, centristes en disgrâce, fonctionnaires, directeurs à la production, généraux, maréchaux, littérateurs, cinéastes, c’est un véritable jeu de massacre, une boucherie où les noms d’ouvriers obscurs qui tombent par centaines ne sont pas signalés si ce n’est par deux lignes qui laconiquement annoncent l’arrestation "de fascistes-trotskistes" qui sont immédiatement exécutés.
Les procès ne sont plus indispensables. La campagne de meurtre a été suffisamment justifiée et les plus hautes têtes ont roulé par terre avec des explications qui permettent tout le reste.
Qui défendra ces victimes de la rage centriste ? La presse socialiste se tait prudemment et dans son for intérieur éprouve une satisfaction de voir confirmer toute sa campagne contre la révolution communiste. Le centrisme international veut élargir ce massacre à tous les pays bourgeois. Ah ! L’ouvrier qui est frappé par le fascisme sait lui que dans tous les pays on le défendra, mais le prolétaire qui gît en Russie recevra encore toute l’ordure des partis communistes et sa lutte lui apparaîtra sans espoir.
Aussi faible que puisse être notre voix - qui est quand même celle du prolétariat communiste d’Italie - nous ne cesserons pas un seul instant d’appeler à l’aide pour les prolétaires russes, pour tous ceux qui se trouvent dans les prisons de Staline pour leur lutte de classe. Nous ne cesserons pas d’appeler à l’aide pour Calligaris que le prolétariat italien revendique et pour lequel il demandera des comptes. Que les bourreaux centristes répondent, que leur "Voix des Italiens" s’explique : cela fait trop d’années que Calligaris est dans leur prison infernale.
Mais qu’ils prennent garde. Ce qui se passe en Russie est lourd de signification. L’élargissement du cercle de la répression, la nécessité de frapper avec la peine de mort la moindre négligence, le moindre geste, le moindre réflexe, la logique qui porte à abattre des personnalités de l’appareil centriste, tout cela n’est au fond que la traduction de la tension croissante en Russie même.
Lorsque l’appareil de la domination tsariste s’usait, inévitablement la répression tendait à maintenir la cohésion du régime mais elle ne faisait, en dernière analyse, que précipiter l’explosion des contrastes sociaux. La Russie centriste qui est entrée dans le tourbillon des situations de guerre au moment même où "le socialisme en un seul pays" aboutissait au stakhanovisme, où il s’agissait de tamponner les frictions entre les couches sociales (la nouvelle Constitution, les concessions aux paysans, l’évolution légale des Kolkhozes vers des formes plus souples), a vu tous ses contrastes atteindre un stade tellement élevé qu’il fallut passer à ces monstrueuses campagnes contre les trotskistes, frapper aveuglément dans tous les domaines, résoudre la moindre friction ou difficulté par l’élimination d’un personnel gouvernemental consommé par le brasier des situations. Dans le domaine économique ce qui se passe dans les pays démocratiques ou mêmes fascistes n’est rien à côté du centrisme : les "saboteurs" sont légions et chaque ouvrier risque la mort pour des accidents inévitables qui entraîneraient le licenciement dans une usine bourgeoise.
Voilà la situation que les ouvriers russes connaissent après vingt années de révolution. A nouveau le cours des événements les rejette sur la voir de la préparation révolutionnaire, du calvaire, du martyre, pour féconder les organes de l’insurrection. Ne pas le comprendre c’est laisser sans réponse le sang précieux des prolétaires russes, c’est étouffer les appels désespérés des prisons et des isolateurs, c’est bafouer le martyre d’hommes comme Calligaris et tant d’autres.
Dans tous les pays il faut soulever le problème de la solidarité, de l’aide aux emprisonnés de Russie : il faut réagir au meurtre gigantesque qu’effectue le centrisme sur le prolétariat russe. Qu’importent les insultes de "fascistes" : il faut sauver ceux qui tiennent toujours le drapeau de la lutte des classes, ceux qui sont frappés en réponse aux contrastes insolubles qui bouleversent la société soviétique.
Comme dans tous les pays, il faut aider le prolétariat russe à retrouver le chemin de la révolution prolétarienne, à détruire toute union sacrée, toute défense de la patrie, à abattre les prisons de la contre-révolution.
Dans les organisations prolétariennes, les communistes ne cesseront pas un seul instant d’attirer l’attention des prolétaires sur la nécessité de relier leurs luttes à la défense des prolétaires russes et ils ne manqueront pas d’exiger des comptes lorsque le flux de la révolution surgira, plus fort, plus ardent que jamais et ébranlera les bases du système capitaliste.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53