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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le Comité national de la C.G.T.
{Bilan} n°43 - Septembre-Octobre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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La période des vacances payées est donc passée. Les prolétaires se retrouvent devant les mêmes problèmes, les mêmes difficultés qu’auparavant et la tension croissante de la situation internationale est là pour les rappeler aux préoccupations angoissantes de l’heure. Les conflits continuent à surgir autour du licenciement de délégués syndicaux, contre des décisions arbitrales, pour le rajustement des salaires.
Combien relatives, insignifiantes apparaissent, face aux problèmes du moment, les "nationalisations" de Chautemps, qui représentent d’excellentes affaires pour les Compagnies bourgeoises et qui illustrent avec éloquence les "réformes de structure" de la C.G.T.
Mais le problème n’est pas là. L’irritation des situations se manifeste dans le Front Populaire, dans la C.G.T. (qui en fait partie) par des cris pour "élargir" le programme du Rassemblement Populaire, le pousser jusqu’au bout.
Déjà, lors du C.N. [1] de la C.G.T., la résolution d’orientation syndicale faisait ressortir cette nécessité et moins d’un mois après, Chautemps répondait avec la duperie capitaliste de la nationalisation par étapes des réseaux de chemin de fer. Mais tout cela est jugé bien maigre par toutes les forces "antifascistes", par les bonzes de la C.G.T., qui voudraient en prouvant l’insuffisance actuelle du programme du Front Populaire, l’élargir en une prison définitive des contrastes de classe.
Centristes et socialistes qui se chamaillent avec politesse autour du parti unique, qui au nom des intérêts immédiats du capitalisme confrontent parfois venimeusement, des conceptions contrastantes (qui ne sont que le reflet des incertitudes que contient l’évolution de la lutte des classes en France) se retrouvent au sein de la C.G.T. dans une lutte de tendances, qui s’est déversée en un débat confus au dernier C.N.
Deux points ont été mis en relief lors de ces débats. Tout d’abord l’attachement indéfectible de toute la C.G.T. à la politique du Front Populaire et de ses gouvernements : réformistes et centristes se sont efforcés de mieux relier les prolétaires à la politique d’économie de guerre, d’Union Sacrée et d’accroissement de la production ; ensuite la lutte un peu âpre entre ex-confédérés et ex-unitaires autour des postes de direction.
Comme dans tous les pays, les centristes qui - selon l’expression de cette autre canaille qui a nom Prieto - se trouvent à l’extrême droite dans le mouvement ouvrier, déploient la plus forte activité pour jeter les prolétaires dans la guerre. Il est donc logique qu’à l’époque de l’économie de guerre ils gagnent le plus facilement du terrain et arrivent souvent à dépasser leurs complices socialistes dans leur œuvre de trahison.
Dumoulin, le premier avait ouvert le feu, en dénonçant l’emprise chaque fois plus forte du parti communiste plaçant ses hommes aux postes responsables des Unions départementales, régionales et dans les Fédérations. Que voulait-il ? Que désiraient ses amis groupés autour de Belin dirigeant l’organe Syndicats ? Maintenir "l’indépendance des syndicats", des partis et de l’État ? Quelle plaisanterie ! Les syndicats ne sont-ils pas liés par l’arbitrage obligatoire, les lois sociales à l’État bourgeois ? Réagir contre la politique centriste subordonnant complètement la C.G.T. aux formations du Front Populaire ? La plaisanterie est bien plus forte car les centristes sont conséquents avec les nécessités des situations où la C.G.T. s’est encastrée.
L’accord entre tous ces Messieurs ne devait pas être bien difficile. L’équilibre entre réformistes et centristes dans leur chasse aux postes sera maintenu par des interventions du Bureau Confédéral ; les partis ouvriers seront invités à respecter l’indépendance des syndicats ; la Vie Ouvrière (organe centriste de la Région Parisienne) fusionnera avec Syndicats. Mais cet équilibre - aussi instable que la situation présente - ne modifiera rien au sein des syndicats : les prolétaires resteront écrasés par les bureaucraties toutes puissantes, omnipotentes, et leur conjonction sera parfaite lorsqu’il s’agira de frapper des prolétaires luttant pour des positions de classe.
La place des centristes dans la C.G.T. restera puissante et Jouhaux mieux que ses confrères réformistes le comprend parfaitement.
Ce n’est pas le fait du hasard si la réorganisation des syndicats de la région parisienne a définitivement consacré la dictature des centristes ; ce n’est pas le fait du hasard si dans cette région, c’est le syndicat des métaux qui, entièrement entre les mains du centrisme, impose sa volonté réactionnaire, ses positions d’extrême droite.
En France l’économie est axée aujourd’hui sur la production de guerre et le parti socialiste, les réformistes, sont ceux qui restent les porteurs hypocrites des paradoxes affirmés encore dernièrement par Blum à Velizy : plus on arme et plus il faut parler du désarmement (même si l’on vote les crédits de guerre, même si on préconise une politique de sur-armement, d’économie de guerre). Les centristes n’ont cure de ces phrases, ils parlent de production de guerre, agissent ouvertement pour cette dernière et mènent clairement campagne pour généraliser le massacre, en finir avec les "trotskistes-fascistes", qui n’est que le nom générique donné à tout ouvrier voulant rester fidèle à son idéal de classe.
Dans la région parisienne, la production de guerre est devenue le point central de tout le reste et le syndicat des métaux, avec ses canailles centristes, peut parfaitement mener la danse.
Une autre préoccupation du C.N. a été l’augmentation de la production, l’intensification du travail, l’élimination des velléités de conflits ouvriers. Ici l’accord fut immédiat et la C.G.T., au service du patronat, veut une enquête sur la production afin de prouver que l’amélioration passagère des conditions de vie des ouvriers est le résultat d’un approfondissement de leur exploitation.
L’augmentation vertigineuse du coût de la vie doit ainsi trouver sa solution dans un accroissement de la production (pour la guerre) et par là seulement des conflits seront évités. C’est le langage de la C.G.T. et dernièrement le Populaire sous la plume de A. Serat s’est efforcé de prouver les bienfaits des "équipes de roulement", de "l’amélioration de l’outillage", etc., etc.
Ce qui est évident, c’est qu’une telle situation, dans une ambiance internationale surchauffée, ne peut subsister longtemps et les derniers conflits (particulièrement celui des Magasins réunis) nous a montré un gouvernement décidé à l’emploi de la force policière pour faire respecter la loi. La C.G.T. aussi s’est préoccupée du problème des "sanctions" aux patrons de mauvaise foi, mais la contre-partie qu’elle acceptera certainement sera la "sanction" aux ouvriers de "mauvaise foi".
Les frictions au sein de la C.G.T., au sein du Front Populaire, marquent une rapide évolution des situations dont les lignes, à défaut d’une explosion de la lutte des classes dans le monde, restent confuses.
Les communistes qui luttent dans les syndicats, mais qui considèrent que leur incorporation à l’État en compromet gravement l’existence, devront mettre en évidence que ces problèmes et les solutions du C.N. de la C.G.T. procèdent d’une période ou l’économie de guerre signifie l’accord des ouvriers à la guerre impérialiste ; que centristes et socialistes sont solidaires dans cette orientation et que les luttes revendicatives des ouvriers devront être, contre tous les bavardages sur l’accroissement de la production, l’interdiction des grèves dans les usines de guerre axée autour de la lutte contre la guerre impérialiste, l’Union Sacrée, le Front Populaire.

Notes :

[1Comité National.




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