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{Bilan} n°43 - Septembre-Octobre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous publions ci-dessous un extrait d’un document que le Groupe des Travailleurs Marxistes de Mexico nous a envoyé. Nous parlerons dans notre prochain numéro du travail de ce groupe dont nous avons déjà publié un manifeste sur l’Espagne où étaient défendues des positions analogues à celles des fractions belge et italienne. < /p>

Au premier moment de la lutte en Espagne le prolétariat lutta comme force indépendante. Ainsi la lutte commença comme une guerre civile. Mais rapidement la trahison de tous les partis transforma la lutte des classes en collaboration des classes, et la guerre civile en guerre impérialiste.
Tous les partis (y compris les anarchosyndicalistes) ont brisé le mouvement de grève pour donner la consigne : aucune revendication de classe avant que nous n’ayons gagné la guerre ! Le résultat de cette politique a été que le prolétariat espagnol a abandonné la lutte des classes et donne son sang pour la défense de la république capitaliste. Au travers de la guerre en Espagne la bourgeoisie a œuvré pour unifier dans le cerveau du travailleur espagnol et mondial, ses intérêts de classe avec les intérêts de la démocratie bourgeoise afin de lui faire abandonner ses propres moyens de lutte de classe, pour accepter la méthode de la bourgeoisie : lutte territoriale, prolétaire contre prolétaire. Nous voyons par là comment, dans la même mesure où croît l’héroïsme du prolétariat espagnol et la solidarité du prolétariat mondial, la conscience de classe des travailleurs descend au même rythme.
La bourgeoisie mondiale, surtout celle dite "démocratique", approuve l’héroïsme du prolétariat espagnol et la solidarité du prolétariat international pour dévoyer la lutte du terrain national au terrain "international" : de la lutte contre sa propre bourgeoisie à la lutte contre le fascisme d’Espagne, d’Allemagne et d’Italie. Cette méthode a donné de grands bénéfices à la bourgeoisie dans tous les pays : c’est ainsi que les grèves ont été brisées. La guerre en Espagne et son utilisation par la bourgeoisie a relié plus étroitement le prolétariat de chaque pays à sa propre bourgeoisie.
Le gouvernement du Mexique dépasse tous les gouvernements capitalistes par sa manière systématique et démagogique d’approuver la guerre en Espagne pour renforcer sa position et relier le prolétariat mexicain à la bourgeoisie.
Les organisations ouvrières qui demandent que leur gouvernement envoie des armes en Espagne, donnent en réalité leur appui non au prolétariat espagnol mais à la bourgeoisie espagnole et à leur propre bourgeoisie. Également les collectes et l’envoi de volontaires au front de bataille n’ont d’autres résultats que de prolonger les illusions du prolétariat d’Espagne et de chaque pays et de fournir de la chair à canons à la bourgeoisie espagnole et internationale.
Le gouvernement actuel du Mexique a pour tâche de continuer l’œuvre de ses prédécesseurs, c’est-à-dire détruire le mouvement ouvrier indépendant afin de convertir le Mexique en un territoire d’exploitation certaine pour le compte du capitalisme international. Ce qui a changé par rapport au gouvernement antérieur c’est seulement la forme dans laquelle s’accomplit cette tâche, c’est-à-dire l’intensification de la démagogie gauchiste. Le gouvernement actuel se présente aux masses comme l’expression de la véritable démocratie.
Le devoir de l’avant-garde du prolétariat est de signaler à sa classe et aux masses travailleuses en général ce qui suit : primo, que la démocratie n’est autre chose qu’une forme de la dictature capitaliste et que la bourgeoisie emploie cette forme lorsque l’autre forme ouverte ne sert pas ; secondo, que la fonction de la démocratie est de corrompre l’indépendance idéologique et organisationnelle du prolétariat ; tertio, que la bourgeoisie complète toujours la méthode violente d’oppression des travailleurs avec la corruption ; quarto, que les méthodes démocratiques d’aujourd’hui tirent leur fonction de la préparation du terrain pour l’oppression brutale du mouvement ouvrier et pour une dictature ouverte pour l’avenir ; que le gouvernement de Cardénas permet aux éléments réactionnaires de l’intérieur et de l’extérieur du gouvernement de forger les instruments pour l’oppression brutale de l’avenir (amnistie, etc.).
Le gouvernement actuel vise à séparer les ouvriers de ses alliés naturels, les paysans pauvres, et d’incorporer les organisations des deux classes dans l’appareil étatique. Le gouvernement organise et donne des armes aux paysans afin que ceux-ci les emploient à l’avenir contre le prolétariat. En même temps il vise à en finir avec toutes les organisations du prolétariat pour former un seul parti et un seule centrale syndicale reliée directement à l’État. Le gouvernement profite de la division au sein du prolétariat pour débiliter toutes les organisations existantes : premièrement en les opposant l’une contre l’autre, secondement en unifiant les sections locales et régionales avec une aide dirigée par l’État. Dernièrement, le gouvernement a employé Trotski et les trotskistes pour affaiblir la C.T.M. et les stalinistes. Le devoir de l’avant-garde du prolétariat est de dénoncer et de combattre systématiquement les manœuvres du gouvernement intensifiant la lutte anti-gouvernementale au même degré que le gouvernement intensifie son travail de corruption et de démagogie ; secondo, accélérer le travail de préparation d’un parti de classe ; tertio, élaborer une tactique révolutionnaire pour l’unification du mouvement syndical pleinement indépendant de l’État ; quarto, commencer un travail systématique au sein des ouvriers agricoles et des paysans pauvres pour briser leur confiance dans l’État en vue de leur alliance avec le prolétariat des villes.
Chaque gouvernement capitaliste d’un pays semi colonial est un instrument de l’impérialisme. Le gouvernement actuel du Mexique est un instrument de l’impérialisme américain. Dans ses fondements, sa politique sert uniquement l’impérialisme et intensifie l’esclavage des masses mexicaines. Le devoir de l’avant-garde du prolétariat est de démasquer la démagogie anti-impérialiste du gouvernement et de signaler aux masses du continent et du monde que la collaboration du gouvernement mexicain est aujourd’hui indispensable pour l’extension de l’impérialisme, comme l’a prouvé, par exemple, la fonction qu’a développée la délégation mexicaine à la Conférence de Buenos-Aires. Le résultat de la Conférence fut l’intensification de la domination américaine, surtout au Mexique.
Les méthodes démagogiques du gouvernement mexicain actuel, par rapport au mouvement ouvrier, et l’agitation dans les campagnes a inspiré tellement de confiance à l’impérialisme américain que les banques de Wall-Street ont offert un grand emprunt au gouvernement mexicain à la condition que les impôts des compagnies pétrolières servent de garantie pour le payement des intérêts. Le gouvernement accepta cette condition sans rencontrer la moindre opposition dans le pays ainsi qu’il en fut le cas pour le gouvernement antérieur. Ceci lui fut possible grâce à la popularité que l’aide au gouvernement espagnol et la distribution des terres dans la lagune lui avaient donnée, et aussi grâce à l’affirmation que l’emprunt servirait à la construction de machines. Ainsi nous voyons comment le prolétariat ne peut lutter avec fruit contre la politique intérieure de la bourgeoisie mexicaine sans lutter systématiquement contre sa politique extérieure et comment on ne peut pas lutter contre Cardénas sans lutter contre Roosevelt.
Puisque le gouvernement mexicain dépend par toute sa politique de l’impérialisme américain, il en est de même du droit d’asile pour Trotski. Il est clair que Cardénas a concédé le droit d’asile à Trotski seulement avec l’autorisation de son maître : l’impérialisme américain, lequel escompte utiliser Trotski pour ses manœuvres diplomatiques internationales, surtout pour ses négociations avec Staline.
Le devoir de l’avant-garde du prolétariat est de signaler cette situation aux travailleurs sans cesser naturellement, en même temps, de lutter pour le droit d’asile à Trotski.

Le Groupe des Travailleurs marxistes.

MEXICO.




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