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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre ouverte au Centre pour la IVe Internationale et au Parti Socialiste Révolutionnaire de Belgique
{Bilan} n°44 - Octobre-Novembre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous avons jugé nécessaire et urgent de vous faire connaître les faits suivants, pour autant que vous soyez encore en état de les ignorer.
Le "Groupe des Travailleurs marxistes du Mexique", a publié en mai dernier un manifeste par lequel il repousse l’idéologie de la guerre antifasciste en Espagne. Sur cette base, nous avons entamé avec ces camarades, un travail de clarification politique qui sauvegarde notre indépendance respective.
Nous avons appris depuis que le groupe en question est l’objet d’une campagne odieuse de la part de votre section de Mexico qui l’accuse publiquement d’être à la fois une entreprise de provocation, à la solde du G.P.O.U. et un "agent du Fascisme".
Vous n’ignorez pas combien une accusation de cette nature peut - dans l’ambiance ardente du Mexique, terre classique de la "Révolution permanente" effectuée par généraux et chefaillons - entraîner aux plus tragiques conséquences pour les ouvriers qui en sont victimes : le système expéditif consistant à imposer silence par la suppression physique est courant là-bas. Suivant l’enseignement de Staline, les morts ont toujours tort et vos confrères mexicains paraissent bien vouloir s’inspirer de ce précepte. S’il n’existait que cette raison pour nous inciter à agir en vue d’ éviter le pire, elle justifiait déjà amplement la présente lettre.
Mais de quoi s’agit-il dans le fond ?
D’une simple dénonciation de provocation s’infiltrant dans des groupes d’ouvriers ?
En supposant établi le bien-fondé de cet aspect de l’accusation, il était du plus élémentaire devoir de votre section mexicaine d’en avertir avant d’entamer une campagne publique, le groupe des travailleurs Mexicains, de le mettre en garde contre des éléments suspects, bref, de faire ce qui est de "tradition" entre groupements prolétariens INDÉPENDAMMENT DES DIVERGENCES POLITIQUES.
Vous savez comme nous qu’il n’existe aucune formule organisatoire ou autre, protégeant un organisme ouvrier des agissements d’agents provocateurs. L’exemple du parti bolchevik est typique et vos organisations elles-mêmes ne peuvent se targuer, que nous sachions, d’être immunisées contre cette forme d’activité capitaliste.
Mais quelle est la base précise de l’accusation ?
JUSQU’À CE QUE LA PREUVE CONTRAIRE NOUS SOIT APPORTÉE, nous croyons pouvoir affirmer que la campagne en question procède avant tout de MOBILES POLITIQUES.
Pour s’en convaincre il suffit de se référer au numéro du mois d’août 1937 de organe de votre section de Mexico, la "4ème Internationale", dans lequel est développée l’accusation sur l’argumentation suivante :

"Derrière ce travail (celui des provocateurs supposés - N.D.L.R.) existe une réalité : les individus cités ou plutôt le provocateur Kirchoff appelle à ne pas soutenir les travailleurs espagnols sous le prétexte qu’exiger plus d’armes et de munitions pour les milices antifascistes c’est... soutenir la bourgeoisie et l’impérialisme. Pour ces gens qui se couvrent eux-mêmes du masque d’ultra-gauchistes, le summum du marxisme consiste... dans l’abandon des tranchées, par les ouvriers qui combattent au front. De cette manière l’Allemand (Kirchoff - N.D.L.R.) [1]
et ses instruments Garza et Daniel Ayala (appartenant au groupe marxiste - N.D.L.R.) se démasquent eux-mêmes comme agents du fascisme, que ce soit consciemment ou inconsciemment, peu importe, étant donné les conséquences."

Ainsi est clairement établi que c’est, AVANT TOUT, parce que les camarades visés ont adopté une position internationaliste analogue à celle que proclamèrent les marxistes pendant la guerre impérialiste de 1914-1918, que c’est pour cette raison qu’ils sont dénoncés comme provocateurs et agents du fascisme.
Et on est porté irrésistiblement à évoquer l’autre calomnie lancée à Lénine et aux bolcheviks en 1917, et qui les assimilait à des instruments de l’impérialisme Allemand parce qu’ils avaient usé du fameux wagon plombé offert par ce dernier, en réalité parce qu’ils étaient restés des internationalistes en préconisant le défaitisme révolutionnaire.
Dans son manifeste, le "Groupe des Travailleurs Marxistes" affirme en substance, que la Guerre d’Espagne est une guerre impérialiste au même titre que celle qui oppose DIRECTEMENT des États capitalistes, qu’elle soude le prolétariat à l’État capitaliste, qu’elle empêche le prolétariat de lutter sur son propre terrain de classe pour la défense de ses revendications immédiates aussi bien que pour la conquête de son objectif final : le communisme, ainsi que cela est prouvé par tout le développement des événements en Espagne. Que, par conséquent, les ouvriers ne peuvent retrouver leur chemin de classe qu’en se désolidarisant de la lutte antifasciste et en s’affranchissant de tous les courants capitalistes quel que soit le drapeau qu’ils agitent, et que cet affranchissement ne peut résulter que du déclenchement de leur propre guerre civile contre l’ENSEMBLE de la classe capitaliste.
De même, affirme-t-il, les prolétariats des autres pays doivent se refuser à soutenir directement ou indirectement la République espagnole, et que la solidarité de classe avec les prolétaires d’Espagne ne peut s’exercer que s’ils engagent une bataille AUTONOME contre leur propre bourgeoisie.
Le groupe de Mexico ne fait que se conformer au devoir élémentaire incombant à tout organisme prolétarien, lorsqu’il cherche à tirer des événements de Barcelone, les enseignements qui éclaireront sa propre route, l’aideront à comprendre d’évolution qui mûrit au Mexique, lui permettront enfin, au travers de la constitution d’un parti de classe indépendant, de proclamer les directives de lutte contre le gouvernement "ouvriériste" de Cardenas ; "ouvriériste" comme celui de Calles, le chef actuel du fascisme mexicain ; en somme, d’engager la lutte contre "l’antifascisme" de Cardenas qui a envoyé les armes ayant servi au massacre des prolétaires espagnols, au grand profit du capitalisme international comme de celui du Mexique représenté par Cardenas. Et lorsque le "Groupe des Travailleurs Marxistes" sera amené (s’il ne l’a déjà été) à combattre la conception liant la "troisième révolution" du prolétariat chinois à la guerre impérialiste sino-japonaise, tout comme la "révolution espagnole" a été liée au sort de la guerre antifasciste, il faudra qu’il s’attende à subir une nouvelle avalanche d’injures et de calomnies.
Vous n’ignorez pas que nos positions politiques nous permettent de revendiquer pleinement l’attitude qu’a prise le groupe mexicain VIS À VIS DE LA GUERRE D’ESPAGNE.
Pour conclure, et en nous en tenant EXCLUSIVEMENT à l’aspect POLITIQUE de la question, il ressort de ce qui précède que nous sommes en droit de vous demander une chose :
Que vous agissiez d’urgence auprès de votre section au Mexique en vue de faire cesser la campagne d’inspiration politique qui met en danger le "Groupe des Travailleurs Marxistes".
Pour vous, c’est, croyons-nous, la seule façon de vous désolidariser de méthodes criminelles, tendant à assimiler une activité et des conceptions de classe à une entreprise policière.
Dans l’éventualité contraire, vous ne feriez autre chose que vous associer à la campagne contre-révolutionnaire du stalinisme visant à la destruction totale de ce qui reste de conscience communiste au sein du prolétariat mondial. En ce cas, nous n’aurions plus qu’à tirer les conclusions qui s’imposent.

FRACTION BELGE ET FRACTION ITALIENNE DE LA GAUCHE COMMUNISTE.

Notes :

[1Que nous ne connaissons nullement, et vis à vis duquel notre responsabilité n’est en rien engagée.




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