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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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À bas le carnage impérialiste en Chine
{Bilan} n°44 - Octobre-Novembre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Contre tous les bourreaux : Pour la transformation immédiate de la guerre en guerre civile

Les exploités de l’Asie vivent aujourd’hui un nouvel aspect de leur sombre tragédie sociale. Tous les contrastes économiques et sociaux qui obligent le Japon à faire la guerre en Chine et qui font de celle-ci un corps convulsé incapable de repousser l’envahisseur, sont ceux qui, parce qu’ils conduisent à la révolution, obligent l’impérialisme japonais et la bourgeoisie chinoise à déclencher une guerre civile contre les travailleurs et paysans pauvres des deux pays.
Les exploités chinois ont un ennemi : leur propre bourgeoisie, les bourreaux de 1927, le Kuomintang et tous ses alliés ; les exploités japonais ont à lutter contre un impérialisme féroce mais miné par des antagonismes structurels qui tiennent aux particularités historiques de la formation du capitalisme nippon.
La partie est décisive : en 1931 le Japon s’emparait - avec le consentement de la bourgeoisie chinoise - de la Mandchourie et réalisait en fait le front unique avec le Kuomintang pour la répression du mouvement ouvrier ; en 1937, sous le couvert d’une guerre "nationale" les exploités chinois sont offerts aux bombes japonaises et sous deux bannières capitalistes, des prolétaires se font assassiner par dizaine de milliers.
L’Asie reçoit ainsi sa saignée de sang. La révolution étranglée en 1927 par la coalition bourgeoise-centriste se paye encore lourdement. Aucun espoir de stabilité en Chine car la bourgeoisie nationale ne peut que s’accrocher à l’un ou à l’autre impérialisme pour mâter le prolétariat, poussé à agir, non pour une "révolution bourgeoise" à jamais dépassée, mais pour ses propres buts de classe. Le Japon, l’Angleterre, la France, les États-Unis, tous ont partie liée avec la bourgeoisie chinoise pour frapper les opprimés et les courber sous le joug d’une double exploitation. Isolée, la bourgeoisie chinoise craint les masses de prolétaires qui prouvèrent leur valeur avant 1927 : il lui faut, comme à un malade ses médicaments, l’aide économique, politique et sociale de l’impérialisme. Et c’est dans cette phase historique où les guerres nationales sont reléguées au musée des antiques, que l’on voudrait mobiliser les ouvriers autour de la "guerre d’émancipation nationale" du "peuple chinois".
Grossière mystification du calibre de celle qu’ont connue les travailleurs d’Espagne. Qu’on lise donc les brefs communiqués où les chefs militaires du Kuomintang se félicitent de pouvoir opposer d’énormes quantités de chair à canon. aux moyens perfectionnés de destruction des japonais. "Guerre Nationale" mais on oublie le fossé de sang de 1927 ! On oublie les boucheries du Kuomintang.
En Éthiopie aussi on parlait de "guerre d’indépendance" et pourtant le Négus n’était que l’instrument de l’impérialisme britannique. Qui donc soutient aujourd’hui la "guerre d’indépendance" de la Chine, cette guerre non-officielle dont la S.D.N. a blâmé l’initiateur ? La Russie, l’Angleterre, les États-Unis, la France ? Tous les impérialismes la soutiennent : le Japon détruit Shanghai, détruit d’immenses capitaux britanniques, blesse l’ambassadeur anglais, envahit des concessions internationales, et les pays les plus intéressés laissent faire en se contentant d’ouvrir des crédits à la Chine pour continuer la guerre et mieux se défendre. L’impérialisme mondial est lui aussi pour la "guerre d’indépendance" en Chine et ne pas le comprendre c’est en devenir le complice.
Déjà, au sein du prolétariat international, le battage chauvin, l’exploitation la plus vile des monceaux de cadavres qui s’entassent dans les rues, de Shanghai ("ce ne sont que des chinois" dira la bourgeoisie civilisée) bat son plein : boycottage des produits japonais, disent les Trade-Unions. Et tous de monter en épingle les décisions de la S.D.N. appuyant "moralement" la Chine, préconisant le soutien de cette dernière, par ceux de ses membres qui le peuvent, mettant en évidence la pression des États-Unis sur la S.D.N. et le discours démagogique de Roosevelt dont les grévistes des États-Unis ont pu apprécier "la grandeur d’âme". Encore une fois, après, l’Éthiopie et l’Espagne, on confie aux impérialismes des pays démocratiques le soin de défendre le prolétariat et de préparer les conditions pour la révolution prolétarienne. Et jusqu’à Trotsky qui se laisse emporter à nouveau par le courant de la guerre impérialiste et qui préconise le soutien de la guerre "juste" du "peuple chinois" afin de préparer dans la défaite de l’impérialisme japonais le terrain de la victoire sur Chang-kei-Chek.
L’on a déjà oublié l’exemple de l’Espagne qui nous a prouvé que chaque pas dans le soutien de la guerre capitaliste représentait, en réalité, un pas reliant davantage les ouvriers à l’État capitaliste du pays où ils agissaient. Soutenir la guerre "juste" de la Chine c’est aujourd’hui se lier avec les impérialismes anglais, américain, français : c’est travailler pour l’Union Sacrée au nom d’un "demain révolutionnaire" qui sera illustré - comme en Espagne - par des monceaux de cadavres ouvriers et le triomphe de "l’ordre".
Des deux côtés des fronts il y a une bourgeoisie rapace, dominatrice et qui ne vise qu’à faire massacrer les prolétaires : des deux côtés des fronts il y a des prolétaires conduits à l’abattoir. Il est faux, archi-faux de croire qu’il existe une bourgeoisie avec laquelle les, ouvriers chinois peuvent, même provisoirement, faire un "bout de chemin ensemble" alors que seul l’impérialisme japonais doit être abattu pour permettre aux ouvriers chinois de lutter victorieusement pour la révolution. Partout l’impérialisme mène la danse et la Chine n’est que le jouet des autres impérialismes. Pour entrevoir le chemin des batailles révolutionnaires il faut que les ouvriers chinois et japonais trouvent le chemin de classe qui les conduira les uns vers les autres : la fraternisation devant cimenter leur assaut simultané contre leurs propres exploiteurs.
Que les travailleurs réagissent donc contre l’exploitation infâme des cadavres qui grouillent dans les rues de Shanghai et qui sont tombés non seulement sous l’effet des bombes japonaises mais sous l’action simultanée de la bourgeoisie chinoise et des assassins japonais ; qu’ils réagissent contre tous ceux qui les jettent dans les bras de la "paix démocratique armée" ; qu’ils rejettent les boycottages bourgeois qui ne sont que des moyens de "mobiliser la conscience universelle", cette prostituée qui siège à Genève et qui apporte son soutien "moral" au massacre des ouvriers chinois et japonais. .
Dans la situation de guerre que traverse le monde, de guerre civile de toute la bourgeoisie mondiale et de ses suppôts socialo-centristes contre la classe ouvrière, seules les armes de classe ont une réalité et une vigueur. Les prolétaires doivent déclencher des grèves de solidarité avec les exploités d’Asie, tous les exploités ; se refuser à transporter des armes pour les deux bourgeoisies et lutter avant tout contre leurs propres exploiteurs. Ils doivent considérer que les "guerres nationales" sont comme les "guerres antifascistes", des guerres impérialistes masquées car dans notre époque, dominée par l’antagonisme historiquement arrivé à son point extrême entre le capitalisme décadent et le prolétariat qui doit réaliser son programme de fondation d’une nouvelle société, aucune phase transitoire n’est possible. C’est dans la mesure où le massacre des exploités de Chine s’élargira que les visées des différents impérialismes s’aiguiseront et en accord avec la bourgeoisie chinoise les cadavres des prolétaires devront cimenter un nouveau "statu quo".
Ici aussi, la Russie et les centristes chinois se trouveront à leur place pour participer en première ligne à la guerre impérialiste. L’armée rouge chinoise deviendra la 8ème Armée du Kuomintang et soyons persuadés que demain, cette armée sera celle de la répression féroce contre les ouvriers et paysans ; la Russie attisera la guerre et interviendra pour broyer les os du prolétariat lorsque les premiers remous sociaux obligeront les bandits du Kuomintang à recourir à son aide. Dans tous les pays, les partis communistes seront à l’avant-garde pour aboyer à la guerre et faire des événements d’Extrême Orient une nouvelle chaîne paralysant les ouvriers. Le Front unique sera complet : socialistes, centristes, trotskistes, marcheront pour la guerre alors que les soi-disants "communistes de gauche" expliqueront pourquoi leur trahison lors des événements d’Espagne ne s’accompagne pas d’une nouvelle trahison pour la Chine. Rien n’y fera cependant et leurs explications prouveront qu’il n’ont plus rien de commun avec les intérêts de la lutte historique du prolétariat.
Seules, les fractions de la Gauche Communiste Internationale seront opposées à tous les courants traîtres et opportunistes et brandiront hardiment le drapeau de la lutte pour la révolution. Seules, elles lutteront pour la transformation de la guerre impérialiste qui ensanglante l’Asie en une guerre civile des ouvriers contre leurs exploiteurs : fraternisation des ouvriers chinois et japonais ; destruction des fronts de la "guerre nationale" ; lutte contre le Kuomintang, lutte contre l’impérialisme japonais, lutte contre tous les courants qui agissent parmi les ouvriers pour la guerre impérialiste.
Le prolétariat international doit trouver dans cette nouvelle guerre la force d’échapper à ses bourreaux, aux traitres et de manifester sa solidarité avec ses frères d’Asie en déclenchant des batailles contre sa propre bourgeoisie.
À bas la guerre impérialiste de Chine. Vive la guerre civile de tous les exploités contre la bourgeoisie et l’impérialisme japonais.
À bas le boycott capitaliste. Vive les grèves de solidarité contre sa propre bourgeoisie.




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