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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour le XXème anniversaire de la Révolution d’Octobre
{Bilan} n°45 - Novembre-Décembre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Ce n’est pas la première fois - et ce ne sera pas la dernière - que les circonstances historiques apportent un bouleversement total des choses et qu’il faille commémorer l’anniversaire de la plus grande révolution sociale de notre siècle, au moment où la guerre impérialiste inscrit sur les cadavres des ouvriers le bilan capitaliste d’une période de liquidation d’une vague révolutionnaire. La Russie de 1917 n’est plus depuis de nombreuses années : la substance s’est modifiée et celle de 1937 marche la main dans la main avec les bourreaux du régime bourgeois qui claironnent leur victoire sur les champs de bataille d’Europe et d’Asie.
Le bouleversement des événements est si important, la modification de substance si profonde, qu’il faut commencer, lorsqu’on veut commémorer l’assaut de 1917, par se désolidariser en bloc de tout ce qui existe, de tout ce qui se passe aujourd’hui en Russie.
Octobre était la bataille du prolétariat international ; la Russie de Staline c’est la guerre d’Espagne, la guerre de Chine. La prise du pouvoir par les bolcheviks c’était la dictature du prolétariat axée sur la révolution dans tous les pays ; aujourd’hui c’est la dictature du capitalisme par le truchement de la dictature centriste.
Il importe donc, pour le vingtième anniversaire de la révolution russe, de séparer deux choses dont l’opposition est actuellement manifeste. D’une part, ce que le prolétariat russe a transmis aux ouvriers de tous les pays pour mieux gravir le dur chemin de leur émancipation ; d’autre part, l’évolution des situations dans la Russie d’aujourd’hui qui se relie étroitement à la situation que connaissent tous les États capitalistes, qu’ils soient démocratiques ou fascistes.
La conception essentielle qui doit nous guider pour réagir contre ceux qui veulent faire de la faillite de la Russie la faillite du communisme (et donc du marxisme), c’est que les institutions étatiques que le prolétariat se donne, dans la phase de transition entre la société capitaliste et la société sans classes, ne représentent jamais sa conscience de classe qui reste et évolue seulement dans le parti, l’Internationale ; qui peut être bannie de ces institutions mais qui, toujours, trouvera dans les contrastes sociaux l’impulsion nécessaire pour se donner la charpente que permettent les conditions de la lutte des classes. L’État prolétarien peut dégénérer et acquérir la même fonction que les États capitalistes, le programme révolutionnaire ne dégénérera jamais, pourvu que surgisse un organisme de classe affirmant la continuité programmatique de la lutte révolutionnaire, car il n’est pas possible que les contrastes de la société capitaliste "dégénèrent" : ils aboutiront à la solution capitaliste : la guerre, ou à la solution prolétarienne : la révolution.
Dire qu’aujourd’hui l’esprit d’Octobre 1917 vit, s’élève dans les fractions de la gauche communiste, c’est tracer le bilan prolétarien de ces vingt années écoulées, c’est aussi comprendre et poser les fondements pour résoudre les problèmes qui ont permis au capitalisme mondial d’étrangler la révolution russe.
Mais pourquoi les fractions de gauche et non Trotsky ou d’autres caméléons soit-disant communistes ? Parce que, seules, elles prouvèrent, au travers du cycle des guerres impérialistes, qu’elles purent affronter les problème de la révolution communiste de demain, parce que, seules, elles eurent la force et la capacité de ne pas trahir les intérêts de la classe ouvrière. Leurs positions envers la guerre d’Espagne et de Chine, bien plus que leurs études théoriques sur le rôle de l’État prolétarien dans la révolution prolétarienne, ont fait comprendre aux prolétaires avancés qu’elles étaient dans le bonne voie pour ne pas répéter les erreurs qui ont fait de la Russie le champion de la réaction au même titre que l’Italie et l’Allemagne.
Et pourtant, sans ces études, jamais les fractions n’auraient pu s’élever à la hauteur des nouvelles circonstances et comprendre que les socialisations d’Espagne avaient autant de valeur que les collectivisations de Staline, alors que ce qui importait, c’était de lutter pour détruire l’État capitaliste à Barcelone, comme l’essentiel est d’opposer aux plans quinquennaux, aux gigantesques industries socialisées de la Russie, un programme de destruction de la dictature centriste où les ouvriers misent sur l’élévation de leur conscience de classe, leur liaison avec la lutte des ouvriers dans tous les pays, l’amélioration de leurs conditions d’existence. Si les fractions le gauche n’avaient pas compris que la dictature du prolétariat signifie non pas l’abrutissement industriel des ouvriers au nom d’un socialisme situé dans l’au-delà, mais l’amélioration de leurs conditions d’existence comme élément correspondant de l’élévation de leur conscience de classe, elles seraient peut-être tombées dans le panneau des "socialisations" espagnoles, lesquelles devaient inévitablement pousser (d’après les "communistes de gauche"), à la lutte pour la destruction de l’État capitaliste.
Ceux qui ont trahi lors de la guerre d’Espagne sont donc passés du côté où se trouve la Russie de 1937 et s’ils n’ont pas la logique de Trotski, qui défend la "révolution espagnole" pour le côté formel des événements et qui ne voit pas la substance ; qui défend la Russie parce que l’exploitation des ouvriers s’y effectue sous des formes économiques "socialisées", c’est bien parce qu’un cerveau de militant qui s’effondre devant des événements ne peut pas, d’un coup, réaliser une continuité dans sa pensée et que les choses du passé continuent à peser sur ses épaules.
Mais nous ne pouvons pas seulement nous borner à marquer la signification du vingtième anniversaire de la révolution russe, au point de vue des fractions de la gauche communiste. Il s’agit aussi de faire surgir de la situation actuelle l’opposition entre le bagage légué aux fractions par Octobre 1917 et la fonction présente de la Russie Soviétique au point de vue de la lutte des classes dans tous les pays.
Deux choses apparaissent immédiatement : en Union Soviétique même, les ouvriers connaissent une dictature sanglante où la marche vers l’industrialisation (pour la guerre) est jalonnée de flaques de sang. Le prolétariat russe a donné tout ce qu’il pouvait donner au prolétariat mondial et son épuisement historique permet d’autant mieux à la réaction centriste de s’abattre sur lui sans que surgissent des phénomènes d’élaboration de conscience au sein des ouvriers avancés. L’exemple typique de la dégénérescence de l’Opposition russe confirme bien cette appréciation.
Comme régime social, le centrisme a innové une forme nouvelle de la domination capitaliste qui rejoint celle du fascisme et dépasse celle du Front Populaire. La lutte des ouvriers en Russie est bien plus difficile qu’en Italie ou en France, car les problèmes qu’ils doivent affronter (lutte pour la révolution prolétarienne dans les conditions de l’économie "socialisée") demandent une cristallisation des objectifs de la lutte des classes au point de vue international, ce qui, seulement, peut leur faire comprendre que la "construction du socialisme" est, en réalité, la construction de leur tombeau.
Cependant, au point de vue mondial, la participation de la Russie à la S.D.N., au Comité de non-intervention en Espagne, à la Conférence de Bruxelles des IX Puissances - et plus particulièrement la part active qu’elle prit aux événements espagnols et qu’elle prendra aux événements chinois - nous montre qu’elle est certainement le facteur le plus important pour étouffer les explosions de la lutte de classe que les situations de guerre pourraient voir surgir des souffrances ouvrières.
Si, dans la situation tendue que nous vivons, alors que le fer et le feu ravagent des pays entiers, que des générations d’ouvriers sont fauchées par la mitraille impérialiste, des réactions prolétariennes peuvent être étouffées sous les cris "d’agents du fascisme", c’est grâce à l’action de la Russie que nous le devons ; si des prolétaires peuvent être massacrés en Espagne "antifasciste" ou dans les régions "soviétisées" de la Chine, c’est toujours sous le drapeau de "l’État socialiste" que cela peut s’effectuer.
Ce n’est pas seulement comme élément intervenant pour écraser les bourrasques sociales que la Russie montre sa fonction contre-révolutionnaire (quand même en juillet 1936 elle se tint coi de même que son agence du PSUG pour laisser agir les anarchistes et le POUM), mais c’est surtout comme digue à toute éruption sociale, comme répression préventive, qu’elle agira. Il est probable que demain, lorsque la tempête révolutionnaire éclatera en Italie, que la Russie s’abstienne d’intervenir brutalement dans la première période des événements, afin de ne pas déterminer une trop brusque compréhension ouvrière de son rôle de laquais sanglant du capitalisme.
Dans la situation que nous vivons dans tous les pays, l’action de la Russie, des pays centristes, du Front Populaire, expliquent pourquoi, dans le tourbillon des événements actuels, le prolétariat ne peut pas s’insurger en Italie et dans les autres pays, afin d’opposer à sa destruction par le capitalisme la destruction de la société de ce dernier.
Vingtième anniversaire de la Révolution d’Octobre ? Ah ! Oui ! Mais aussi appel aux prolétaires de tous les pays à comprendre les enseignements de cette tragédie historique qui fait de la Russie le pôle de la contre-révolution et des fractions de gauche, si petites, si peu nombreuses, calomniées par tous les porte-parole de la continuité révolutionnaire et les guides pour la révolution de demain.
Anniversaire de la Révolution russe ! Mais solidarité avec les millions d’exploités russes, solidarité avec toutes les victimes prolétariennes du centrisme, avec tous les emprisonnés ouvriers. Ceux-là, notre fraction les salue, comme elle ne peut manquer d’associer à eux le nom de Calligaris, victime du fascisme et du centrisme, à tous ceux qu’au nom de la réaction capitaliste mondiale, les bourreaux soviétiques ont frappé et frappent depuis quelques années.




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