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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le droit au soulèvement armé
{Bilan} n°45 - Novembre-Décembre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Dernièrement, le "Frente Libertario" (26 octobre) écrivait en tête de son éditorial : "Que personne n’attise la colère populaire, parce que le peuple trompé et bafoué dispose toujours d’une arme terriblement efficace et terriblement dangereuse : le soulèvement armé".
Que se passe-t-il donc pour que les anarchistes, après un an et demi de guerre capitaliste, découvrent qu’il existe un chemin que les exploités pourraient emprunter pour lutter contre le gouvernement républicain ? Tout d’abord, une situation économique où le poids de la guerre commence à peser sur les masses qui en font tous les frais. Ensuite, une répression permanente de Negrin contre les ouvriers révolutionnaires. Enfin, des "trahisons" trop flagrantes de généraux républicains qui n’ont qu’une seule tâche, laisser le plus possible d’ouvriers sur les champs de bataille.
Oh ! que l’on ne s’y méprenne pas : les anarchistes madrilènes qui écrivent des choses si extrêmes n’ont pas du tout l’intention d’emprunter le chemin de la lutte des classes. Ils avertissent le gouvernement qu’au sein des masses existe cette disposition alors que pour leur part, ils dont disposés "par tous les moyens d’influence morale qu’ils ont à leur disposition, d’empêcher que cela (la disposition parmi les masses au soulèvement. N.D.R), qui apparaît aujourd’hui comme possible, se convertisse demain en une réalité douloureuse". Ces gens veulent donc "ouvrir les yeux" à Negrin, probablement pur qu’il recoure à d’autres moyens (lisez à leurs bons services) pour continuer la guerre.
Ainsi se trouve confirmé ce que nous écrivions dans le dernier numéro de la revue : il existe aujourd’hui une lassitude parmi les ouvriers espagnols et la répression gouvernementale, la terreur centriste n’y changeront rien. Le fait que la campagne "antifasciste" autour des mineurs asturiens n’ait presque pas donné de résultats et que Gyon soit tombée sans remuer les couches ouvrières qui ont laissé les socialo-centristes cracher leurs calomnies sur "l’indiscipline" des ouvriers asturiens "cause de la défaite", est déjà un symptôme marquant de l’état de la situation en Espagne.
D’ailleurs, la fuite de Negrin à Barcelone, centre prolétarien de l’Espagne républicaine, prouve que la bourgeoisie veut éviter des aventures du type de Mai et d’être en condition d’étouffer de suite les mouvements prolétariens.
Ce qui aujourd’hui tient debout tout l’appareil de la guerre, tant du côté de Negrin que de Franco, c’est bien plus la situation internationale que les problèmes propres à l’Espagne. Eden, dans son grand discours aux Communes, a bien mis en évidence que les républicains comme les nationaux étaient ravitaillés, malgré la non-intervention, par les patrouilles navales en Méditerranée, presque dans la même mesure. Ainsi, Londres fournit des capitaux dans la même proportion à Negrin et à Franco. La Russie fournit à l’Espagne (qui est devenu son premier client) tout le matériel belliqueux nécessaire, sans oublier le pétrole qu’elle fournit à l’Italie pour compte de Franco. L’Allemagne, L’Italie vendent à Franco ce qu’il lui faut et, officieusement, la France et la Grande-Bretagne ne manquent pas de participer aux envois à ce nouveau marché. Quand Eden envisage la reprise du commerce ouvert avec Franco, il ne vise qu’à supplanter les produits allemands et italiens, en somme à légaliser une situation de fait.
Encore dernièrement, une note non démentie officiellement, était publiée par le "Journal" où il était question d’envoi de wagons de blé (en transit ou en provenance italienne ?) qui avaient été expédiés à Port-Bou afin que le gouvernement Negrin en prenne possession. C’est que le commerce capitaliste n’est ni fasciste, ni antifasciste : il est profit tout court.
Le marché de la guerre espagnole est nécessaire à tous les États capitalistes (y compris la Russie) qui peuvent y greffer un peu leur "reprise économique", sans compter l’exutoire formidable qu’il est pour l’Italie ou l’Allemagne et pour l’Union Sacrée qui existe dans tous les pays.
Le prolétariat espagnol a le droit au soulèvement armé contre les brigands impérialistes qui de concert avec ses bourreaux le martyrisent. Ce droit c’est l’histoire qui le lui donne car lui seul a la fonction de renverser violemment la société capitaliste et d’instaurer un nouvel ordre. Ce n’est pas en adjurant jusqu’au bout le gouvernement de Negrin, qu’enfin lassé il devra le prendre, mais de suite, pour faire cesser la guerre capitaliste et lutter pour sa révolution. En empruntant ce chemin, les ouvriers espagnols auraient à leurs côtés les exploités du monde entier qui déclencheraient leur bataille contre fascisme, Front Populaire, centrisme, contre toutes les formes de la domination capitaliste.




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