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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Résolution de la C.E. de la fraction italienne de la gauche communiste internationale sur le conflit sino-japonais
{Bilan} n°45 - Novembre-Décembre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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1. — L’application de la politique communiste à des événements qui, comme ceux de Chine et d’Espagne, bouleversent le monde entier, doit se baser sur les lois fondamentales de l’évolution du régime capitaliste et de la lutte du prolétariat pour abattre ce régime, lois qui arrivent à un degré extrême de leur manifestation au travers des situations actuelles.
Le contraste entre le progrès incessant de l’instrument de production et les rapports sociaux d’une société donnée, ce moteur de l’évolution historique, n’éclate pas à cause de l’inexistence de nouveaux territoires où la nouvelle technique pourrait évincer la précédente. Il éclate à cause de l’explosion des bases antagonistes de la société capitaliste dans les pays fondamentaux de l’économie mondiale.
Le régime capitaliste se présente, à l’intérieur de chaque État, et dans le domaine international, comme un composé de formes hautement développées de l’économie industrielle et de formes de gestion économique propres aux rapports sociaux de type féodal ou même esclavagiste. La contradiction fondamentale du régime étant celle qui rend impossible la réalisation de la plus-value dans le marché capitaliste, la bourgeoisie est portée non point à universaliser le type de son régime, mais à sauvegarder l’existence des puissants étançons que sont les immenses territoires coloniaux et semi-coloniaux où les régimes de production pré-bourgeois ne donnent pas lieu à l’éclosion des contrastes propres au mode capitaliste de production.
Cependant, aucune force ne peut indéfiniment arrêter l’expansion mondiale de la technique industrielle de la production et le socialisme apparaît toujours plus comme le seul aboutissant des tragiques situations actuelles. Le prolétariat, qui est le porteur historique de l’universalisation de l’économie industrielle est aussi le véritable objectif sur lequel tirent solidairement les diplomates assemblés à la Conférence de Bruxelles, les canons japonais et chinois, tout comme pour l’Espagne, c’est le capitalisme mondial qui tire sur le corps du prolétariat ibérique et de tous les pays.

2. — L’Asie et sa colonisation ont accompagné l’essor triomphal du régime capitaliste à l’échelle mondiale. Sur un plan extrêmement plus vaste que pour les mers et océans contournant l’Afrique et où les antagonismes inter-impérialistes ont pu être cloisonnés, car il s’agissait de la prédominance sur des marchés de matières premières, le Pacifique représente l’enjeu des convoitises des impérialismes fondamentaux, car il donne accès à d’immenses territoires où peut s’écouler la production débordant les cadres des régimes capitalistes métropolitains.
En suivant l’évolution ultérieure de la société capitaliste, le problème du Pacifique n’aurait pu se poser que sous l’angle de la guerre entre l’Angleterre, ayant depuis un siècle étendu sa domination en Asie, et les États-Unis, poussés par leurs intérêts naturels à conquérir les débouchés asiatiques, particulièrement après que l’Afrique eût été partagée. Dans la courbe de cette évolution, le Japon n’aurait pu figurer que comme tierce puissance reléguée à la portion congrue. C’est ainsi que la situation apparaissait lors de la signature, le 6 février 1922, du Traité de Washington "pour l’indépendance de la Chine" et c’est là aussi que se trouve le fondement de la politique américaine "pour la Porte Ouverte en Chine".
Si les situations actuelles posent autrement le problème du Pacifique, sans révéler la tendance à l’éclosion de l’antagonisme essentiel entre l’Angleterre et les États-Unis, cela est imputable aux caractères mêmes de la phase de déclin du régime capitaliste mondial n’ayant plus devant lui d’horizon de développement. Il ne peut que se diriger vers une seule voie : contrecarrer la transformation industrielle de l’économie asiatique et écraser le prolétariat de ce continent, celui des pays métropolitains, ainsi que les paysans qui, serfs ou esclaves, vivent une vie de bêtes aussi bien dans les pays faisant partie de la Russie Soviétique asiatique, que dans ceux compris dans la Chine Soviétique, le Japon, la Chine, les Indes. l’Indochine, la Mandchourie et dans toutes les zones dépendant directement ou indirectement de l’impérialisme étranger et de la bourgeoisie indigène.
La tendance à rechercher un compromis entre les intérêts des impérialismes antagonistes en Asie ne signifie point leur élision, mais manifeste le cours historique actuel de la solidarité (de la loi de cette solidarité) des capitalismes de tous les pays et de la bourgeoisie asiatique contre l’avènement de la révolution communiste qui, seule, peut hisser l’Asie à la fonction d’un continent industrialisé.
L’Asie révèle une caractéristique fondamentale analogue à celle qui domine en Amérique du Sud, en Australie, en Afrique. Ces pays, qui ont accompagné le triomphe de la bourgeoisie en Europe et dans les États-Unis, ne dégagent pas une bourgeoisie ayant le rôle et la possibilité de fonder un régime capitaliste balayant les rapports de production esclavagistes, féodaux, mais une bourgeoisie qui devra laisser subsister ces derniers ; y ériger sa domination à l’écart des impérialismes des autres pays (Japon), en collaboration avec eux (Chine), ou, enfin, en dépendance de l’un d’eux (Indes, Indochine, etc..).
La transformation de l’économie sur des bases industrielles s’est faite en Europe au travers des révolutions bourgeoises. En Asie, en Amérique du Sud, en Australie, cette transformation ne peut se faire que sur le cours de la révolution prolétarienne, car celle-ci oppose au mécanisme économique bourgeois fondé sur la non-réalisation de la plus-value (et du maintien des marchés extra-capitalistes qui en résulte), le mécanisme opposé qui se base sur l’accumulation fondée sur les besoins des producteurs, ce qui implique la possibilité et la nécessité de l’industrialisation du monde entier.
La structure économique et sociale du pays le plus expansionniste de l’Asie, le Japon, où le grand capitalisme étend sa domination sur une économie agraire féodale, prouve que ce capitalisme ne peut avoir au Pacifique et en Asie le rôle qu’eut l’Angleterre sur l’Atlantique et en Europe, rôle avant-coureur des révolutions bourgeoises.
Il en résulte que les mouvements nationaux, d’indépendance nationale, qui eurent en Europe une fonction progressive parce qu’ils exprimaient la fonction progressive qu’avait alors le mode bourgeois de production, ne peuvent avoir en Asie que la fonction réactionnaire d’opposer, au cours de la révolution prolétarienne,- les conflagrations dont sont seules victimes les exploités des pays en guerre, le prolétariat de tous les pays, seul triomphateur du régime capitaliste mondial.

3. — L’évolution économique des Indes anglaises confirme l’inexistence d’une perspective d’extension du mode capitaliste de production qui, au travers des armées napoléoniennes, avait envahi l’Europe et frayé son chemin sur le continent américain où l’existence de matières premières abondantes constituant la base immédiate pour la production industrialisée, avait permis la construction immédiate d’un puissant capitalisme indigène. Les Indes n’évoluent pas vers la formation progressive d’une économie industrialisée non point parce que les matières premières y font défaut, mais parce que le régime capitaliste mondial n’a pas un tel avenir devant lui. Les anciens modes de production subsistent, la couche exploiteuse se transforme en une bourgeoisie indigène non en vue de la fondation et du développement d’industries locales, mais en soutirant le sang des exploités indigènes et en dirigeant les capitaux ainsi constitués dans le circuit financier des grandes banques métropolitaines où se scelle la complicité des capitalistes anglais et hindous sur le dos des exploités hindous.
Les pays soustraits à la Chine semblent avoir une fonction analogue à celle qu’eurent les Indes dans l’évolution du capitalisme international. La Mandchourie qui, pourtant, représentait un élément de convoitise du Japon, de la Russie, des États-Unis, de l’Angleterre, passa, en 1932, ouvertement sous l’influence japonaise, alors que l’Angleterre se bornait à faire présider par l’un des siens la Commission de la Société des Nations qui décida l’enquête et que les États-Unis se limitaient au principe de la "non-reconnaissance" du fait accompli. La Russie, quant à elle, devait, un peu plus tard, signer avec le Japon le pacte pour la vente du chemin de fer de l’Est Chinois.
Les trois principes de Sun Yat Sen, consacrant la collaboration des classes, prônant l’indépendance de la Chine, reflètent bien les intérêts d’une bourgeoisie n’ayant pas d’horizon de développement industriel pour son économie et donnant aux conditions historiques où elle doit vivre — et qui la mettent à l’écart du développement industriel de l’économie — le drapeau de l’indépendance nationale, de l’anti-impérialisme, drapeau qui couvre désormais des centaines de milliers de cadavres de prolétaires et d’exploités amoncelés depuis dix ans que durent les tragédies sociales qui se déroulent en Chine.
La Mandchourie prouve aussi que la bourgeoisie chinoise est incapable, par ses seules "ressources sociales, de maintenir en vie, et de faire fonctionner un organisme social basé sur les anciens modes de production et devant servir de terrain commercial et financier à la bourgeoisie indigène et aux grands pays capitalistes. Le passage de ces pays sous le contrôle d’un impérialisme donné semble seulement pouvoir représenter la condition pour faire vivre un tel organisme social à cause de l’adjacence qui s’opère entre, d’une part, un marché du travail basé sur le servage et l’esclavage, et, d’autre part, la pression d’une bourgeoisie industrielle avec laquelle se croisent les intérêts de la bourgeoisie indigène. Enfin, ces immenses réservoirs de travailleurs condamnés à vivre à l’état de bêtes de somme n’excluent aucunement — ainsi que la Mandchourie le prouve — qu’après l’occupation japonaise, les intérêts des autres impérialismes soient sauvegardés sur la base du principe de la Porte Ouverte, alors que les intérêts de la bourgeoisie locale, dont le rattachement au Kuomintang était insignifiant, surtout au point de vue économique, ne pourront que progresser grâce à "l’ordre" apporté dans un régime d’exploitation gigantesque de la force de travail. Le seul et miel sacrifié sera représenté par la force qui aurait pu agir sur ce tableau social et historique extrêmement compliqué les exploités chinois, les ouvriers japonais, le prolétariat mondial.
La possibilité et la nécessité d’un croisement d’intérêts entre la bourgeoisie chinoise et les impérialismes des autres pays est confirmée par le développement gigantesque du port de Shangaï où les concessions internationales s’unifient avec les exploitations chinoises et avec tout un réseau colossal d’affaires qui s’y développent : les capitaux qui s’y forment ne suivent pas le cours des intérêts spécifiques du développement de l’économie chinoise, mais seront versés, par les bourgeois chinois eux-mêmes, dans les coffres de la finance internationale.
Il est très caractéristique qu’en 1935, huit ans après que le prolétariat chinois eût été massacré par le Kuomintang, l’état général de l’économie chinoise reste à peu près aussi désorganisée qu’auparavant, alors que, par contre, une centralisation s’opère clans le domaine monétaire, permettant ainsi une consolidation des intérêts de la bourgeoisie chinoise.
Les événements des dix dernières années qui caractérisent les événements en Chine, semblent indiquer que cet immense pays ne pourra pas trouver dans son prolétariat les forces indispensables à déterminer un mouvement dont l’enjeu ne peut être que le bouleversement du monde capitaliste ; ce sont surtout les prolétaires des pays industriels qui pourront prendre cette initiative et c’est ici que nous trouverons l’explication de la mobilisation monstrueuse des prolétaires européens et américains pour qu’ils associent leur sort à celui de la bourgeoisie chinoise dont les mains sont toute fraîches de l’égorgement des ouvriers de Shanghaï, Canton, de la Chine de 1927.

4. — Grâce à ses conditions géographiques concentrant de grandes masses dans l’archipel japonais ; du fait de l’écart des voies des marchés mondiaux où il se trouve et à cause de conditions géologiques partiellement favorables à l’apparition de l’industrie, le Japon, dès 1890. prend une position de développement autonome par rapport aux autres pays de l’Asie. Son débouché naturel ne pouvait être représenté que par les territoires limitrophes et plus éloignés appartenant à la Chine. La progression économique du Japon à un rythme prodigieux fait désormais que ce pays peut rivaliser avec les grands impérialismes et se hisser de la position secondaire qu’il occupait en 1922 à la Conférence de Washington, à une position première où il affirme hautement sa prétention de devenir la puissance impérialiste fondamentale de l’Asie.
Les considérations émises quant à la solidarité fondamentale entre les pays hautement industrialisés et les territoires encore soumis à des modes de production pré-bourgeois, expliquent pourquoi l’impérialisme le plus intéressé à contrecarrer l’expansion japonaise, les États-Unis, se plie au sort qui lui est réservé, à cause de son éloignement l’empêchant de prendre la place du Japon dans la fonction de coordinateur de l’économie des territoires de l’économie chinoise. Après la cession des Philippines, l’Amérique se hâtera de prendre la première place clans le commerce du Japon, pays ayant devant lui une perspective de tout premier ordre à cause de l’immensité des territoires où il peut écouler sa production et étendre sa domination.

5. — Au cours solidaire des intérêts de la bourgeoisie chinoise et des impérialismes métropolitains pour le sauvetage du régime du capitalisme mondial, s’oppose le cours antagoniste de la lutte des exploités chinois et des prolétaires des autres pays pour la victoire de la révolution internationale. Aucune possibilité de manœuvre n’est possible : l’expérience a prouvé que le prolétariat international, lorsqu’il fut amené, par l’Internationale Communiste et la Russie Soviétique, à envisager la possibilité de révolutions bourgeoises et anti-impérialistes en Chine, s’est, en fait, sacrifié sur l’autel du capitalisme mondial.
Après l’Octobre 1917, la déclaration de la Russie Soviétique et de l’Internationale Communiste fut catégorique : rien ne serait maintenu des anciennes prérogatives czaristes en Chine. Les territoires qui, jadis se trouvaient sous l’influence de la Russie czariste, n’étaient nullement abandonnés par la Russie Soviétique parce que cette dernière ne maintenait aucun contrôle sur ces pays, mais leur sort était confié aux forces spécifiques de la rédemption sociale : aux exploités indigènes en alliance avec les prolétariats des pays métropolitains en vue de la révolution mondiale. Les thèses de Lénine de 1920 sur la question coloniale et nationale révélaient le souci de ne pas compromettre l’éventualité historique de l’utilisation des mouvements d’indépendance coloniale, plutôt que de fonder une perspective révolutionnaire sur ces derniers. La thèse très ambiguë sur la sauvegarde de l’autonomie du parti du prolétariat, comme condition du passage à un accord avec la bourgeoisie coloniale (circonstance historique qui est à l’opposé des événements qui sont survenus), prouve que Lénine qui, eu 1917, avait souscrit à l’abandon de tous les pays coloniaux de la Russie sans songer aux bourgeoisies nationales, ne tendait, en fait, qu’à ne pas interdire à l’Internationale l’exploitation de certaines conditions historiques qu’il croyait encore possibles.
La Nep, en Russie, avait fait surgir les prémisses de la dégénérescence centriste, car aux mesures économiques rendues indispensables par le reflux de la première vague révolutionnaire de l’après-guerre, s’ajoutaient les autres tendant à faire intervenir l’État ouvrier sur l’échiquier des compétitions inter-impérialistes en vue de gagner un répit pour attendre la nouvelle vague de la révolution mondiale. La Conférence de 1922, à Moscou, des peuples de l’Extrême-Orient, exprime ce nouveau cours qui devait emporter le prolétariat mondial et, en 1924, ce fut Trotsky qui ébaucha ouvertement — au travers des tractations avec la Chine pour le chemin de fer de l’Est Chinois — la perspective de faire surgir la révolution chinoise d’un plan de luttes anti-impérialistes, c’est-à-dire d’une coïncidence temporaire entre les intérêts du prolétariat mondial, des exploités chinois, de la Russie Soviétique, avec les intérêts de la bourgeoisie chinoise prétendument portée à la guerre de libération contre les impérialismes.
Avec une logique cruelle, toutes les autres phases de la lutte sociale devaient se suivre. L’entrée du Parti Communiste Chinois au Kuomintang devait être payée par les prolétaires chinois avec les massacres de 1927 ; en 1931, la Russie, qui fait la guerre à la Chipe pour garder l’Est Chinois ne fait que montrer le chemin au Japon à qui, d’ailleurs, le vendra pour quelques millions ce même chemin de fer qu’en 1931 Staline, en parfait accord avec Trotsky, considérait comme un bastion de la révolution chinoise, russe et mondiale.
Actuellement, la Russie Soviétique se fraye, elle aussi, "sa petite place au soleil" et procède à des investissements de capitaux en Chine pour en extraire des capitaux qui serviront à renforcer l’équipement de son industrie de guerre.
La situation actuelle, qui voit la Russie s’indigner parce que ses compères, les brigands impérialistes qui signèrent la Convention de 1922, ne veulent pas l’admettre dans le Comité restreint qui devrait examiner le mémorandum japonais, montre que nous sommes arrivés au point terminal d’un processus politique qui, s’étant départi du caractère progressif de la guerre d’indépendance coloniale et nationale, a abouti au massacre renouvelé des ouvriers japonais et chinois. Par là, on répète en Asie les gestes meurtriers d’Espagne, ce qui représente un nouvel anneau de la chaîne de l’orgie sanglante du capitalisme mondial. Non seulement les guerres coloniales n’ont aucun caractère progressif, non seulement, leur fonction est profondément réactionnaire, mais elles ne sont, en effet, que l’expression visuelle et de surface d’une autre guerre, de la guerre réelle : de celle que développent solidairement les pays impérialistes et la bourgeoisie chinoise contre le prolétariat de tous les pays et les exploités de Chine.

6. — Avant les événements actuels en Asie, une tendance avait été esquissée par les bourgeoisies japonaise et chinoise pour résoudre à l’amiable et sans avoir recours à la guerre, les problèmes nouveaux qui surgissaient. Au début de 1936, une révolte militaire était suffoquée par le capitalisme japonais et, à la fin de la même année, c’est en Chine que Tchang-Sue-Lang fait prisonnier Chang-Kai-Shek dont les atermoiements sont condamnés en face de la pression japonaise.
Mais si le problème d’un partage entre les bourgeoisies chinoise et japonaise pouvait être résolu, ou tout au moins abordé dans une Conférence diplomatique, les problèmes sociaux, quant à eux, exigeaient impérieusement une solution au travers des cataclysmes violents, et le futile incident du 8 juillet 1937 fournira l’occasion pour l’embrasement non seulement des sociétés chinoise et japonaise, mais du monde entier.
Déjà en 1932, au cours de la première attaque japonaise contre Shanghaï, l’épisode de la 19e armée où les prolétaires passèrent à la lutte simultanée contre leurs généraux et les japonais, vérifiait la tendance réelle des événements d’Extrême-Orient, où les guerres entre les impérialismes ou de la bourgeoisie chinoise contre les impérialismes, ne sont que te, face extérieure du conflit de classe opposant le capitalisme au prolétariat sur le plan international.
Les considérations contenues dans cette résolution permettent de comprendre pourquoi une ligne d’intersection pourra se manifester entre les intérêts de l’impérialisme japonais, des autres impérialismes et de la bourgeoisie chinoise au travers de la constitution de gouvernements autonomes (et sous le contrôle du Japon) dans les provinces de l’Hopei et du Chakar, où la bourgeoisie chinoise se trouve dans l’impossibilité d’assurer l’exploitation des gisements minéraux, mais à laquelle elle participera directement ou indirectement aussitôt qu’ils auront été rois en valeur par leur adjonction à l’appareil industriel du Japon.

7. — Au cours des événements en Chine, se reliant intimement avec la guerre impérialiste en Espagne, une convention "anti-communiste" a été signée à Rome : l’Italie a donné son adhésion au pacte déjà conclu entre l’Allemagne et le Japon en 1936. En même temps, parmi les conditions de l’ultimatum du Japon à la Chine se trouve la clause de la participation de la Chine à la "lutte contre le communisme".
Il ne suffit nullement, pour comprendre la signification réelle de ce pacte, de considérer que cette "Triplice" se sert de l’anti-communisme pour dissimuler son intention hostile à l’égard de la Russie Soviétique. Il ne s’agit pas exclusivement des intérêts antagoniques du Japon et de la Russie, mais de la révélation d’un cours qui inspire désormais les situations dans tous les pays (au point de vue mondial) et dont l’enjeu n’est pas un État particulier, mais le prolétariat de tous les pays. La formule de Litvinof sur l’absurde représenté par l’invitation à la collaboration de l’agresseur pour faire cesser l’agression, est l’expression extérieure d’une autre formule et qui a malheureusement plein cours dans les situations actuelles et qui consiste à associer le prolétariat à l’œuvre de son massacre pour opposer, au cours débouchant dans la révolution communiste, le cours opposé conduisant à la guerre.
Il est possible que le pacte "anticommuniste" actuel soit la sentinelle avancée pour préparer la participation du prolétariat à une guerre où l’objectif apparent serait représenté par des territoires soumis actuellement au contrôle ou à l’influence de la Russie et où l’enjeu véritable serait, encore une fois, représenté par le carnage des prolétaires. Mais cette hypothèse ne suffit pas à expliquer la signification réelle de ce pacte : à l’encontre de ce qui arrivait dans la période ascendante du capitalisme et qui a été définitivement close en 1914, nous assistons aujourd’hui, non pas à une politique qui porte un État à souhaiter l’affaiblissement politique et matériel de l’État concurrent, mais à la politique opposée qui porte à soutenir le succès du "régime fort" au-delà de ses frontières et tend à déterminer deux blocs se reliant au-delà des frontières de chaque pays.
Pour ce qui concerne les événements actuels de l’Extrême-Orient, il est suggestif de remarquer que l’Allemagne, qui aida l’effort militaire et économique de la bourgeoisie chinoise pour se donner une armée régulière, a précisément signé le pacte avec le Japon qui fait la guerre contre la Chine. D’autre part, ce sont les pays dits démocratiques et la Russie Soviétique qui détiennent presque le monopole des matières premières pour l’industrie de guerre et ce sont les autres pays qui, pour faire cette guerre, doivent être alimentés par les États qui leur sont opposés. Enfin, les analyses économiques faites par les représentants de la bourgeoisie eux-mêmes prouvent, d’une façon irréfutable, que l’élément fondamental de la reprise économique (qui s’est déclarée après 1932) est dû uniquement à l’expansion gigantesque de l’industrie des armements clans tous les pays. Et, en même temps que les économies se raidissent sur leurs bases nationales, raréfiant ainsi de plus en plus les marchés mondiaux, ce sont l’Espagne et la Chine, les foyers où la guerre éclate, qui représentent aujourd’hui les marchés réels de l’économie bourgeoise. En dehors du commerce d’armes proprement dit, une réadaptation se fait dans l’économie mondiale et les pays qui ne fournissent pas directement ou indirectement des armes, prendront la place détenue précédemment par le pays en guerre et qui devront abandonner certains marchés pour se consacrer exclusivement à l’industrie pour la guerre.
Cet ensemble de faits impose désormais aux communistes de ne plus se fixer sur un seul aboutissant des situations actuelles dans le conflit inter-impérialiste mondial, face capitaliste de l’évolution à laquelle s’oppose l’autre face : la révolution. La prudence commande de retirer des événements la possibilité d’une autre perspective, de celle où, grâce surtout à la Russie Soviétique et aux partis communistes (Front Populaire), le capitalisme puisse parvenir à isoler les foyers de l’incendie social et révolutionnaire en déversant, dans le giron de guerres impérialistes isolées, les conflits de classe qui arrivent à leur extrême maturation.

8. — Les positions communistes en face des événements de Chine, d’Espagne et de la situation internationale actuelle, ne peuvent être fixées que sur la base de l’élimination rigoureuse de toutes les forces agissant au sein du prolétariat et qui disent au prolétariat de participer au massacre de la guerre impérialiste. Le communiste voit dans la couleur du drapeau, ou dans le programme affiché, autant de formes d’une croissante corruption du prolétariat, et qui sont agitées pour envoyer le prolétariat au carnage impérialiste. Trotsky, qui a une position d’Union Sacrée en Espagne et en Chine, alors qu’en France ou en Belgique il soulève un programme d’opposition au Front Populaire, est une maille de la domination capitaliste et aucune action commune ne peut être faite avec lui. De même pour ce qui concerne la Ligue Communiste Internationaliste de Belgique qui prend une position d’Union Sacrée en Espagne et internationaliste en Chine.
Le processus de la lutte de classe est intimement international, ce qui est d’ailleurs prouvé par le fait que tous les organismes agissant au sein du prolétariat se relient ouvertement (Front Populaire) ou indirectement (socialiste) au cours de la guerre impérialiste et, sous leurs deux éditions (ouverte ou tacite), ces organismes sont reliés, au travers de gouvernements, à des États ayant une nature ou une fonction impérialiste. Le prolétariat ne peut répondre à cette situation que par une position qui fait apparaître à l’intérieur de chaque pays, la situation réelle qui s’y déroule et dont l’expression achevée se manifeste dans les pays où les canons crachent la mort des prolétaires. En conséquence, le cours effectif de la lutte de classe dans chaque pays, pose le problème de l’antagonisme au capitalisme à la condition de considérer que les fractions de la gauche communiste sont les seuls organismes pouvant incarner le prolétariat. D’autre part, les luttes revendicatives acquièrent une signification de classe uniquement au travers de la position internationaliste dans les conflits de Chine et d’Espagne, et cela, parce qu’ainsi elles décrochent les syndicats du mécanisme de l’Union Sacrée, laquelle, bien qu’elle porte ses fruits tragiques sous une forme achevée en Chine et en Espagne, n’en existe pas moins dans tous les autres pays où elle commande d’ailleurs toute l’évolution de la lutte des classes.

La C. E. de la fraction italienne de la gauche Communiste Internationale.




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