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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Mouvement ouvrier internationale - Lettre ouverte à la R. W. L. (Fédération américaine de la Gauche communiste internationale). Réponse de la R. W. L.
{Bilan} n°45 - Novembre-Décembre 1937
Article mis en ligne le 17 juin 2017
dernière modification le 16 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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Chers Camarades,

Voilà presque neuf ans, qu’ensemble, nous avons rompu définitivement avec l’aile contre-révolutionnaire qui, depuis, conduit le P. C.
Notre séparation était sensée représenter une réaction marxiste à la ligne opportuniste qui menait le prolétariat mondial de défaite en défaite. Bien qu’ensemble nous ayons rompu idéologiquement et organiquement avec le courant Staline-Boukharine, nous sommes restés séparés de vous pour la raison, qu’idéologiquement, nous étions rattachés à la Fraction de gauche du Parti Communiste Italien dont les documents fondamentaux se trouvent dans les thèses de Rome.
Ces thèses contrastaient avec tout le passé politique de Cannon et de Schachtman qui, à cette époque, s’inspiraient des documents de l’Opposition.
Sous la direction de Léon Trotsky, l’Opposition Internationale de Gauche se prononça, dès le début, pour le redressement de l’Internationale Communiste. En ce faisant, elle négligeait la raison fondamentale qui avait porté les opportunistes à la tête de l’I. C. ; raison fondamentale qui se retrouvait dans les nombreuses défaites du prolétariat, défaites sur lesquelles les contre-révolutionnaires basaient leur force, tandis que l’Opposition nageait dans cette illusion que le terrain idéologique se formait pour sa propre dissolution dans la pourriture de la II° Internationale. Vous serez d’accord avec nous pour dire que Trotsky a fait, pour détruire le mouvement communiste, ce que Staline ne pouvait faire.
Quand le Bureau International désagrégea les groupes et les liquida en les faisant rentrer dans les Partis Socialistes, dès ce moment, les groupes disparaissent de l’horizon prolétarien.
Trotsky, sur la situation allemande, a échafaudé une théorie basée sur la possibilité d’une révolution prolétarienne à direction Centriste-Patriote. Cette conception négative de la nature de la bureaucratie et de l’opportunisme, ainsi que la conception antiléniniste de la signification historique d’un parti communiste ont amené pas mal de confusion dans les rangs de l’Opposition composée de nombreux communistes sincères. Notre fraction combattit toutes ces positions de Trotsky, tant sur le plan politique qu’organisationnellement et il ne peut en être autrement puisque la question d’organisation est reliée à la question politique.
Nous n’avons pas l’intention de retracer toute l’histoire — que vous connaissez aussi bien que nous — de l’Opposition de Gauche. Nous attirerons davantage votre attention sur quelques faits caractéristiques de la voie suivie par Trotsky.
Les méthodes léninistes d’interprétation du mouvement révolutionnaire du prolétariat, en vue de la réalisation de sa force historique, se sont toujours opposées, même depuis 1903, aux méthodes de Trotsky. Quand nous, communistes, déclarons que sans l’organisme historique le prolétariat ne peut vaincre, nous exprimons exactement (ce que démontre toute l’expérience d’après-guerre et particulièrement le conflit espagnol) que cette conception marxiste est toujours la bonne.
Quand, vous, camarades, avez brisé avec le Workers Party pour ne pas rentrer dans le Parti Socialiste, vous avez réagi sainement contre la position de Trotsky en vous dirigeant sur la voie du marxisme et la conception de l’indépendance de l’avant-garde communiste. En rompant avec Cannon et Schachtman, vous vous êtes rapprochés de nous et nous eûmes une longue discussion sur les plus importantes questions du mouvement ouvrier dans son ensemble. Nous savons que les résultats de cette discussion (trop mécanique et trop sectaire, non du point de vue politique, mais quant à la façon dont les groupes procédèrent) n’aida nullement à la création d’une fraction communiste américaine de gauche, nécessité préliminaire pour construire, dans l’évolution de la lutte des classes et des événements révolutionnaires, un véritable Parti Communiste.
Quoiqu’il en soit, nous croyons que les événements mettent à l’épreuve la valeur des idées et des programmes. Le conflit espagnol donne l’occasion à tous les groupes de vérifier leurs théories et conceptions et de se rendre compte de la solidité ou de la faiblesse de leurs positions. Celui qui perdrait l’occasion d’apprendre, au travers de la boucherie espagnole, les technique et tactique d’un capitalisme développé, n’est pas un marxiste.
Notre fraction, qui n’a rien pris de la théorie de la "Révolution Permanente", fait l’analyse critique de l’histoire du mouvement ouvrier. La grande œuvre de Lénine, avec la puissante expérience de la Révolution d’Octobre, étaient les seuls éléments qui, dès le début, permettaient de voir quelle était la situation en Espagne. Notre fraction n’a pas essayé de copier sur la situation historique qui apparut de Mars à Octobre dans la Révolution russe ; nous ne devons rien copier, mais nous devons faire une analyse critique de tous les événements.
Appliquer à l’Espagne ce qui avait convenu à la Révolution d’Octobre, c’est ne rien comprendre aux différences entre les situations historiques et aux courants contre-révolutionnaires agissant dans le front prolétarien. Immédiatement après l’abandon de son arme : la grève générale, la seule pouvant désagréger et détruire l’État capitaliste, le prolétariat espagnol est devenu la victime de la classe capitaliste.
Quand l’insurrection est déclenchée, ou vous frappez durement et vous allez de l’avant jusqu’à la dictature du prolétariat — seule arme pour détruire votre ennemi — ou vous reculez. Dans la situation espagnole, quand le prolétariat, au lieu de diriger directement la grève générale contre l’Etat capitaliste, abandonna cette arme pour se diriger sur les fronts territoriaux, il se porta un coup terrible, dont les effets ne pourront difficilement être réparés avant longtemps.
C’est un fait que directement après les 4-5 jours de grève générale, la classe capitaliste continua à consolider son pouvoir. Notre fraction fut la seule, sous les injures et la calomnie de tous les partis et groupes et même au prix d’une scission en son sein, à défendre une position de classe. Pour notre Fraction, la situation contre-révolutionnaire s’ouvrit dès l’abandon, par le prolétariat, de la grève générale et non après la dissolution des comités antifascistes ou quand l’armée indépendante fut placée sous la direction centrale du gouvernement de Valence. Le fait était que les comités antifascistes, tout comme les milices indépendantes, étaient contrôlés par le même organe politique, à caractère contre-révolutionnaire.
Le mot d’ordre donné à cette époque par notre Fraction était : "Abandon des Fronts - Transformation de la guerre impérialiste en guerre civile" et toutes les conséquences qui s’ensuivent. Quelle est votre position actuelle, camarades du R.W.L., pas celle de juillet 1936 ?
Au meeting de la place Irwing, quand votre secrétaire Hugo Oehler exposa la position politique de la Ligue, nous crûmes comprendre que la position officielle était, à proprement parler, une "queue gauchiste" du Front Populaire. A ce meeting, nous avons vu clairement la position de tout les groupes américains : trotskystes, weibordistes, fieldistes et vous-mêmes qui, à notre avis, êtes un POUM américain, ce qui, du point de vue de classe, est la preuve que la position défendue par Oehler est contraire aux intérêts du prolétariat. Hugo Oehler, dans son exposé, a essayé d’éviter de préciser une position quelconque, mais — comme nous nous y attendions — il fut obligé de le faire au cours de la discussion. Tout d’abord, il n’a pas répondu aux questions posées par nos camarades ; il s’attarda à répondre — bien que sous une forme très sarcastique — à tous les autres groupes. En répondant à d’autres questions, il répondit indirectement aux nôtres et particulièrement lorsqu’il critiqua les trotskystes pour avoir donné leur appui matériel au gouvernement de Valence. Voici ce qu’il dit à ce sujet : "Nous n’aidons pas le gouvernement de Valence, mais nous ne sabotons pas ces libéraux et autres qui envoient leur appui matériel au gouvernement de Valence". Ce qui signifie qu’il restait neutre dans, cette question vitale, tout en reconnaissant cependant que ce même appui matériel est utilisé contre ceux qui combattent le gouvernement réactionnaire de Valence.
Cette position est exactement celle prise par le parti socialiste italien pendant la guerre mondiale : "Ni appui, ni sabotage". Cette position se situe quelque peu à droite de la ligne centriste de Balabanova, à Zimmerwald.
Sur la question de l’insurrection, également, Hugo Oehler fit un long exposé pour dire ceci : "Nous ne sommes pas pour le défaitisme de l’armée loyale". Alors, vous soutenez l’armée capitaliste ? ou êtes-vous entre les deux armées ? Quelle est, en tout état de cause, votre conception de la Révolution ? Le prolétariat peut-il vaincre sans détruire tous les organes qui constituent l’Etat capitaliste et dont l’armée est un des rouages essentiels ? Aucune phraséologie révolutionnaire, ni parallèles historiques ne peuvent vous préserver de votre fausse position.
Objectivement, votre position consiste à maintenir les travailleurs dans l’illusion et, pour cela, vous aidez la bourgeoisie contre le prolétariat.
Si votre organisation se revendique de la "Révolution permanente" pour lutter contre la réaction en Espagne, côte à côte avec la démocratie, c’est que vous faites une différenciation de classe entre Fascisme et Démocratie, ce qui signifie que si demain l’Allemagne fasciste attaque la France ou la Tchécoslovaquie démocratiques, le devoir du prolétariat serait de combattre pour la défense de la Démocratie. Et cela nous conduirait à un nouveau 1914.
Camarades, nous savons que tous les membres de la R.W.L. ne sont pas d’accord avec ce qu’ont dit Oehler et le Comité Politique sur la question d’Espagne ; nous ne pouvons pas le croire. Vous pouvez penser que cette question ne concerne que la R. W. L. ; nous pensons, nous, que cette question fondamentale concerne le prolétariat dans son ensemble et que vous ne la résoudrez pas au travers de discussions internes. Quand surgit un problème qui concerne la classe, vous devez prendre position et lutter ouvertement, comme notre Fraction l’a fait, il y a un an, quand surgit la minorité.
Nous vous écrivons cette lettre parce que nous pensons que c’est notre devoir de dire ouvertement ce que nous pensons de la position politique de la R.W.L., et dans l’espoir, qu’ensemble, nous pourrons créer une section américaine des fractions de la gauche communiste internationale.

La Fédération de New-York de la Fraction italienne de la gauche communiste internationale.

* * * * *

REPONSE DE LA R. W. L.

Nous publions ci-dessous quelques extraits de la réponse de la R. W. L. à la lettre ouverte de nos camarades de New-York. Faute de place, il ne nous est pas possible de la publier en entier, mais nous pensons ne pas tronquer ainsi la position de ces camarades qui dans leur préface polémisent contre notre nom qui n’est pas marxiste (sic) parce que "dans les questions discutées au parti ou au groupe communiste, les marxistes sont aujourd’hui une fraction de "droite" contre les déviations opportunistes et, après demain, une fraction du "centre" quand ces deux genres de déviations devront être combattues à la fois". En outre, il reste un chapitre sur "marcher séparément et frapper ensemble" qui n’est qu’une application corrigée à l’Espagne du mot d’ordre de Trotsky lors des événements en Allemagne. Ce chapitre est d’ailleurs réservé principalement à Trotsky et à ses amis.

LA REDACTION.

DEFAITISME REVOLUTIONNAIRE

1. — La thèse de ceux qui adoptent la position du défaitisme révolutionnaire en Espagne débute par analyser avec raison que le soulèvement fasciste de Juillet a ramené à la surface la lutte fondamentale entre le Fascisme et le Communisme. Mais cette position en arrive à conclure que les révolutionnaires prolétariens ont été battus d’une façon décisive et que seule subsiste une guerre impérialiste. Les Bordiguistes et consorts ont fait cette affirmation avant le soulèvement de Barcelone. Ils firent un appel à leurs partisans pour qu’ils quittent le pays, la situation étant sans issue. Le soulèvement de Barcelone a prouvé la fausseté de cette position, a prouvé que bien que le conflit impérialiste soit en surface le plus important des phénomènes, la guerre civile restait, au sein de la société espagnole, l’aspect décisif de ce double antagonisme. L’élément de la guerre civile dans ce double antagonisme n’était pas seulement décisif du point de vue historique et potentiel, mais aussi comme élément concret des forces sociales espagnoles.
Pas même la défaite du soulèvement de Mai n’a placé le prolétariat et ses alliés dans une position de défaite décisive.
Une troisième insurrection est en préparation au cours de cette période révolutionnaire. Sa défaite terminerait cette agitation révolutionnaire, mais il y a des possibilités, en dépit des facteurs négatifs, d’utiliser la prochaine agitation comme un pas vers la dualité des pouvoirs, en établissant tout ce qui est préalablement nécessaire au succès de la révolution.

2. — La seconde importante erreur des thèses des ultra-gauchistes est leur manque total de compréhension des formes, particulières à l’Espagne, du Fascisme et du Réformisme.
Depuis que toutes les tendances du réformisme espagnol ont été balayées par la victoire du fascisme, pour ne pas parler du prolétariat et de la paysannerie, les masses sous le contrôle réformiste doivent lutter à mort contre le Fascisme. Cette contradiction entre le fascisme et les masses contrôlées par le réformisme n’est pas réfutée par le fait que les chefs et organisations réformistes sont les agents et les instruments qui pavent la route du fascisme et qu’ils sont les valets du capitalisme et de l’impérialisme au même titre que les fascistes.
La majorité écrasante du prolétariat se trouve dans les deux organisations syndicales,
C.N.T. et l’U.G.T. et les organisations paysannes sont sous le contrôle du front populaire. Leurs chefs réformistes les ont liées au bloc impérialiste anglo-français. Ces forces doivent être gagnées à la révolution prolétarienne. Ces forces ne peuvent pas être gagnées à la révolution prolétarienne sur la base d’un soutien du front populaire. Ces forces peuvent y être gagnées par la lutte contre le front populaire, utilisant une tactique juste. Mais ces forces ne peuvent pas être gagnées avec un mot d’ordre de défaitisme révolutionnaire, qui revient à mettre les deux groupes de belligérants sur le même pied sans faire aucune distinction. Les deux groupes impérialistes sont placés sur le même niveau et tous les deux doivent être combattus. Mais il faut employer des tactiques différentes pour combattre ces deux groupes en raison des contradictions fondamentales entre les impérialistes anglo-français, au sommet, et les ouvriers et paysans et leurs organisations sous contrôle réformiste, à la base.

3. — Ceci nous ramène à la politique de "Marcher séparément et lutter ensemble". "Marcher séparément et lutter ensemble" c’est combattre les deux clans capitalistes, exactement ce que la politique du défaitisme révolutionnaire espère en vain de faire.
Parce que les deux clans capitalistes ne sont pas des valeurs égales, parce qu’à l’intérieur de la bourgeoisie "démocratique" existe une contradiction fondamentale par rapport au fascisme, la position ultra gauchiste fait le jeu des fascistes, tout comme la position des réformistes et des centristes fait le jeu du Front Populaire.

4. — Les révolutionnaires prolétariens travaillent à gagner les masses au renversement du gouvernement de Front Populaire aussi rapidement que possible afin de jeter la seule base permettant de vaincre le capitalisme et le fascisme. Mais ceci ne signifie ni n’implique le
mot d’ordre de défaitisme révolutionnaire qui travaille pour la défaite de l’armée populaire au front. Au contraire, la prise du pouvoir par les soviets libère une force sociale centuplée qui sera utilisée au front contre le fascisme, qui renforcera le front contre le fascisme, dernière arme de défense capitaliste. C’est le Front Populaire qui sabote la guerre contre le fascisme, au front et à l’arrière, et non les révolutionnaires prolétariens.

COMBATTRE LES CAPITALISTES SUR DEUX FRONTS

La R.W.L. des États-Unis fait appel à une lutte contre le Capitalisme en Espagne sur deux fronts, contre les fascistes bourgeois et contre le front populaire bourgeois.
Depuis l’hégémonie du Front Populaire sur la majorité des travailleurs, au travers des réformistes, et puisque les fascistes détruiront toutes les organisations ouvrières, des tactiques différentes seront employées pour lutter contre ces deux branches du Capitalisme, pour utiliser la contradiction entre le Fascisme et le Réformisme.
Cela veut dire qu’au front la lutte se fera seulement sous le contrôle indépendant des ouvriers. Nous sommes opposés à l’envoi d’hommes à l’armée du Front populaire, à ce front. Ceux qui y sont détachés, sous l’une ou l’autre forme, doivent combattre pour "reprendre" le front, lutter pour les comités de soldats et pour réorganiser les milices ouvrières. Mais parce qu’il y a beaucoup plus que l’évolution d’un conflit purement impérialiste où meurent des Espagnols pour des fins impérialistes, parce qu’il existe aussi une lutte entre le fascisme et la classe ouvrière, la lutte pour le front s’incorpore à la lutte pour la défaite décisive du fascisme.
Ceux qui se battent sous les ordres de Franco doivent être gagnés là où c’est possible ; ses lignes doivent être rompues. Ses forces, là où c’est possible, doivent être gagnées à la révolution. Derrière les lignes de Franco, là où travaillent des révolutionnaires, il faudra des mots d’ordre de fraternisation, des appels à la lutte pour vaincre l’armée de Franco.
Faire appel à la paix au front, comme faisant partie de la stratégie du défaitisme révolutionnaire, entre les forces fascistes et les ouvriers pris au piège dans l’armée populaire au travers du réformisme, c’est aider le fascisme contre les organisations ouvrières et paysannes. Le Fascisme écrasera ces organisations s’il prend le pouvoir.
Proclamer que la politique de "ni victoire ni défaite" est la nôtre, c’est troubler l’eau. Le Front Populaire ne peut pas vaincre le fascisme d’une manière décisive, quand bien même le réformisme doit combattre le fascisme pour sauver sa propre existence. Seule la Dictature du Prolétariat peut vaincre définitivement le fascisme. Ce qui veut dire qu’avant que les luttes décisives contre le fascisme soient gagnées, nous devons renverser le Gouvernement de Front Populaire ; ce qui veut dire la DEFAITE du gouvernement de Front Populaire. Les ouvriers espagnols ont essayé deux fois, en juillet et en mai, de renverser le Front populaire tout en luttant contre le Fascisme, tout en marchant séparément, tout en luttant ensemble avec le Front populaire contre le Fascisme.




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