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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Capitalisme et communisme
Bulletin d’études révolutionnaires n°8 - Fin Novembre 1946
Article mis en ligne le 2 décembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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I – ORIGINE ET NATURE DU CAPITALISME

A – La société actuelle, le régime capitaliste, est issue du féodalisme où le noble régnait sur le serf. Le développement technique, les découvertes, etc. ont préparé la chute du féodalisme encore puissant sur le monde au 18ème siècle. Ce développement technique a créé une production croissante. La couche artisanale et commerçante, la bourgeoisie, ainsi favorisée à détruit le pouvoir féodal qui paralysait son essor. Elle utilisa à cet effet son produit, le prolétariat (compagnons, valets), ainsi que la paysannerie et les couches inférieures du clergé et de la noblesse.

B – Depuis environ un siècle, la bourgeoisie est devenue dominante. Le prolétariat est une force de travail exploitée par son employer, la bourgeoisie, propriétaire des moyens de production. En échange de son travail, il reçoit la "part du pauvre", celle indispensable à son entretien élémentaire (salariat). Le reste, la plus-value, généralement la plus grande part de la production, est appropriée par la bourgeoisie. Cette production se retrouve sous forme de produits de luxe, militaires, de moyens de production, etc. L’exploitation toujours plus approfondie du travail est l’objectif fondamental de la bourgeoisie. C’est le prolétariat qui porte la charge. Mais il faut distinguer les prolétaires, - directeurs, administrateurs, hauts bureaucrates, tous salariés, grassement payés -, et l’écrasante majorité des prolétaires ouvriers, employés, soldats recevant une maigre pitance. Les premiers dirigent la production tandis que les seconds en souffrent.

C – Entre ces deux classes se situent des couches intermédiaires se situent des couches intermédiaires appelées la petite-bourgeoisie, telle que la couche paysanne, aristocrate ouvrière, rentière, petite commerçante, etc. Ces couches sont prolétarisées progressivement suivant l’accroissement économique, mais aspirent généralement à la domination de classe.

II – FORMES DU CAPITALISME

A – On remarque trois formes économiques principales dans le capitalisme. Celui-ci a revêtu une forme individualiste à ses débuts jusqu’à la moitié du 19ème siècle.

B – La concurrence se développant par suite de l’accroissement de la production, des groupements de capitalistes se constituèrent afin de mieux exploiter, d’où naquirent les trusts. Ce fut la forme monopoliste, encore très puissante de nos jours. Ils se concurrencent entre eux. A l’aide de leurs puissances additionnées, ils étouffent avec facilité le capitalisme individualiste qui survit en partie.

C – Finalement nous assistons depuis le début du 20ème siècle au développement d’une troisième forme, le capitalisme d’Etat ou étatiste. C’est un monopole puissant reposant sur l’Etat. Il dispose de tous les moyens et principalement celui d’exploiter la classe ouvrière comme une seule armée nationale. En France existent les trois formes (le patrons d’entreprise, la compagnie d’assurances, les PTT ou nationalisations).

III – PHASES DU CAPITALISME

A – On peut appeler phases historiques du capitalisme les périodes ascendantes et descendantes ou encore le libéralisme et l’impérialisme. Dans sa phase ascendante, le capitalisme trouvait encore des débouchés économiques profitables non seulement dans les grands pays industriels, mais au sein des Etats faibles ou coloniaux. Dans ces pays, le capitalisme trouvait des richesses naturelles à exploiter.

B – Depuis le début du siècle, l’expansion du capitalisme n’a plus de possibilités pacifiques de développement. Les tentacules des "pieuvres" bourgeoises pavoisées de drapeaux nationalistes recouvrent le globe entier. Elles n’ont qu’un solution pour se développer : s’exterminer. C’est la phase impérialiste. On assiste au déroulement suivant : les échanges intercapitalistes deviennent de moins en moins intéressants. La production ne s’écoule plus, faute d’acheteurs ou de matières d’échange. On produit des armements pour forcer la vente et on développe des idées chauvines pour constituer des troupes courageuses. La guerre s’ensuit. On est victorieux ou vaincu. Les gagnants grossissent leur domination et poursuivent le manège qui s’accélère. Cette est impérialiste ou descendante car elle aboutit à une guerre permanente interimpérialiste qui précipite l’action révolutionnaire des exploités naturellement amenés à détruire le capitalisme.

IV – MOYENS DU CAPITALISME

A – L’Etat est l’appareil d’oppression de la classe dominante. L’Etat de la bourgeoisie, c’est avant tout sa police, sa justice, son armée, pour tout dire, ses institutions de base. L’Etat est une force coercitive colossale dressée au milieu de la société et obligeant le prolétariat à travailler de gré ou de force pour la bourgeoisie. Une couche de serviteurs à pouvoirs de consommation variés est utilisée dans ses multiples rouages : il s’agit des policiers, magistrats, officiers, receveurs, professeurs, inspecteurs, etc. Cette couche, englobant des prolétaires ou des bourgeois selon qu’ils reçoivent des salaires plus ou moins élevés, n’actionne que la partie unifiée de l’Etat, c’est-à-dire celle qui est organisée au service collectif de la bourgeoisie, appelée aussi partie étatique. Le secteur étatisé diffère en étendue et importance selon le niveau économique et social du pays. L’étatisme est la forme moderne d’exploitation qui se développe à grands pas dans le monde ; L’étatisme, c’est le pouvoir absolu, concentré dans les mains du gouvernement. L’URSS nous offre un étatisme au sommet duquel trône une couche d’individus portés au pouvoir par la révolution ouvrière avortée.
La feu Allemagne nazie et la feu Italie fasciste nous offraient un étatisme issu de la bourgeoisie clairvoyante qui a utilisé de nouveaux partis politiques qui ont leurré et enrégimenté la masse au désavantage des chefs staliniens qui convoitaient le gâteau de leur côté.
D’une manière générale, l’étatisme est la forme politique qui favorise de nombreuses couches, et bourgeoises, et prolétaires. Dans les premières, les patrons ruinés ou instables, les profiteurs prudents ou échaudés, et dans les secondes, les techniciens de classe, les administrateurs, les tribuns politiques, les chefs syndicaux, les cadres adjupotants, etc., qui ne participent pas à la production.
Les couches étatistes qui actionnent la machine capitaliste, s’affirment donc de plus en plus comme concurrentes des couches propriétaires, en voie de disparition. Le PC, le PQ et la CGT défendent remarquablement les intérêts de ces couches néo-bourgeoises.

B – La monnaie, moyen d’échange spoliateur, à l’avantage de la classe dominante qui en es détentrice, devient de plus en plus écrasante pour la classe ouvrière (inflation). L’équipement constant de l’Etat, les faux-frais de nos élus, de la bureaucratie, sont ainsi renfloués sur le dos des solvables. C’est la planche à billets qui travaille.

C – Par ailleurs, les diverses tendances bourgeoises développent une idéologie dans laquelle subsistent de nombreuses contradictions. Mais ces tendances sont unanimes en face du danger causé par le prolétariat révolutionnaire. Cette idéologie utilise des mélanges de morales religieuses et de méthode matérialistes. Le mythe patriotique, la liberté commerciale, l’étatisme, la routine, etc. "saturent" en premier la conscience prolétarienne déjà abrutie par le travail quotidien généralement excessif.

D – Selon la "couverture" politique, républicaine, royale, démocratique, totalitaire, constitutionnelle, fédérale, etc., une phraséologie es adoptée démagogiquement. Depuis quelques dizaines d’années, de nombreux Etats naturellement capitalistes et possédant parfois encore une féodalité, ont revêtu le camouflage démocratique sans trop de heurts et sans améliorations de la condition prolétarienne. Le résultat a réussi pour un temps et sans améliorations de la condition prolétarienne. Le résultat a réussi pour un temps indéterminé à tromper l’ouvrier se fiant simplement à l’étiquette et au changement de décors. Ainsi il a cru et croit malheureusement encore trop aux élections, au parlementarisme, au ministérialisme, aux réformes sociales, le tout dans l’enceinte de la prison reblanchie qu’est l’Etat bourgeois. Cela a pour résultat de faire croire à une liberté satisfaisante par laquelle on peut espérer des améliorations. Mais ce moyen sans espoir sera un des premiers à disparaître en entraînant les autres, car les expériences passées montrent son entière faillite. Polémiquer de temps à autres entre élus de tendances différentes, voter des constitutions républicaines où la liberté du profiteur et "elle" de l’exploité sont juxtaposées, rouler en carrosse, bouffer plus de 30.000 Frs par mois et encourager les "poires" à produire encore plus pour la bourgeoisie "non-apatride", voilà qui sert le prolétariat. Sachons que les quelques améliorations, qui deviennent nulles par la suite puisque la bourgeoisie se rattrape différemment, furent toujours arrachées par l’action révolutionnaire. Il n’y a aucune sécurité possible sous le capitalisme même camouflé "démocratique", "national-socialiste", "communiste-nationale". A l’heure actuelle, nous sommes sous un camouflage démocratique-bourgeois (en France), mais comme dans d’autres pays portant diverses parures, la masse n’a droit qu’à une misérable vie, elle qui enrichit son maître. Sachons que la bourgeoisie s’apprête toujours à nous serrer la vis, à nous faire cracher la sueur et le sang au travail et au front. Démocratie et fascisme, l’un et l’autre sont des formes trompeuses du capitalisme, adaptées à l’opinion générale du moment.

E/1 – Le syndicalisme sert à illusionner la masse et non pas à détruire l’exploitation. Il marchande les salaires. Il s’interpose entre des belligérants de manière à opérer un arrangement à l’amiable. C’est naturellement le prolétariat qui est arrangé. Le syndicalisme "tend" à relever le niveau moral et économique de l’ouvrier. Il essaie d’améliorer son sort, ses conditions d’hygiène, de travail, d’équipement, de secours, etc. Par là, il l’adapte de son mieux à l’exploitation. Il agite plus qu’il n’utilise l’arme redoutable, la grève générale, moyen qui risquerait, dans certain cas, d’engendrer la révolution. Il nous habitue à son manège bureaucratique, à ses cloisons professionnelles, à ses manœuvres. Il écarte et interdit toutes expressions politiques, prétextant ne s’occuper que de l’élévation du niveau économique. Il tente de cette façon à construire une barrière entre politique et économique afin d’attirer une partie du prolétariat dans son entreprise commerciale. Sachons en passant que pour de nombreux individus, le terme "politique" désigne l’ensemble des méthodes d’administration publique, tandis que pour d’autres, il signifie le pouvoir sous ses diverses formes, c’est-à-dire la dictature de classe. De toute façon, il dépend étroitement des conditions économiques, c’est-à-dire de l’état matériel d’existence. Par conséquent, à certaines possibilités économiques correspondent certaines possibilités politiques, ou sociales, pour ceux qui estiment avec raison d’ailleurs que la politique (partis, parlements, autorité) nuit à l’essor de l’humanité. Finalement, le syndicalisme ne s’intéresse pour ainsi dire pas aux couches prolétariennes extérieures à l’usine ou à l’entreprise. Il les délaisse, et pour cause, car ce sont les soldats, les ménagères, les chômeurs, les indigents, les isolés, etc. Il n’est pas aisé d’organiser cette masse lorsqu’on a l’amour du casernement et qu’il y a encore tant d’entreprises au sein desquelles le syndicalisme peut encore convertir.

E/2 – Les syndicats proprement dits sont des entreprises typiquement bourgeoises, utilisent le syndicalisme antérieur avec certaines modifications. Ils comprennent une armée de fonctionnaires salariés au service d’un Etat-Major, au sommet duquel les "hauts" dirigeants, royalement rétribués, évoluent et commandent soi-disant par la volonté et à l’avantage des syndiqués. L’encaisse annuelle 1946 pour les seuls syndicats de salariés (CGT et CFTC), et seulement par les cotisations, est de 4 milliards environ. Par là-dessus, ils encouragent pour une production accrue afin de "relever le pays". Ce n’est pas, selon eux, une manœuvre politique. On s’y tromperait. Enfin ils participent officiellement au gouvernement pour nous faire croire que la classe ouvrière est libérée puisque ses représentants sont sur le trône. Ils nous serviront le "paradis" d’ici peu, patience ! En attendant, "nos" syndicats, poursuivant leur petit commerce bâti sur les espoirs ouvriers, sont l’objet de maux de "tête" dus aux tendances bourgeoises dont les principales du jour sont les bolcheviks, les socialistes et les catholiques. Ils ont même eu l’astuce d’embrigader plusieurs centaines d’ouvriers d’usines d’armement pour le défilé du 14 juillet 1946. Ceux-ci ont dû marcher au pas cadencé, en bleus, manches retroussées, têtes nues, en rangs serrés, derrière des chefs et des porte-fanions avec une fière allure par là-dessus.

F – Par ailleurs, l’idéologie bourgeoise se répand de diverses façons. L’instruction publique est la première par laquelle la morale conforme au droit bourgeois, façonne la pensée des jeunes cerveaux. Les matières d’enseignement telles que l’histoire, l’instruction civique, la philosophie, l’économie politique, le droit, etc., portent en elles les règles parfois tendancielles mais convergentes des idées bourgeoises produites par le pouvoir.

G – Les religions apportent leur précieux concours par leurs principes de résignation, de destinée, de prières, de charité, de souffrances purifiantes, de pardon, de mystères, de diables, de dieux, et souvent couronnés de patriotisme. Une multitude d’individus, ainsi dominés dès l’enfance, sont dirigés, influencés et contribuent à consolider cette entreprise séculaire d’exploitation.

H – La pression, la radio, le cinéma, moyens de transport modernes de l’information, propagent à merveille les faits du jour, les querelles de boutiques, les luttes intestines qui se déroulent au sein de la "maîtrise", au sein de la hiérarchie des rapaces. Ces moyens modernes influent sur le cobaye prolétarien qui prend parti quelquefois pour tel ou tel acteur du théâtre capitaliste.

I – Les partis politiques se disputent la clientèle électorale. Ils essaient d’attirer à eux les diverses couches sociales afin de dominer au gouvernement. Chaque parti aspire au pouvoir sur la masse. Chacun d’entre eux, assis à la droite, à la gauche ou au centre du parlement aspire au triomphe de ses principes particuliers ébauchés en lois comme une nouvelle voie sur laquelle le char de l’Etat pourra poursuivre sa route. Chaque parti au sein duquel se meut toute une bureaucratie est prêt à goûter au commandement, prêt à manier les leviers du pouvoir, à diriger les services de l’Autorité, de l’Ordre, du Droit, de la Propriété, de la Justice, etc. Et derrière cette avant-garde, les "bons" serviteurs d’aujourd’hui, les "notabilités", les "honorabilités", les "personnalités", les "indispensables", les "techniciens supérieurs", les "connaisseurs" pour tout dire, l’ancienne bourgeoisie, des actionnaires ou dirigeants, dont les services, émanant de leurs hautes aptitudes, sont si utiles en matière de direction de la masse, toute la crème parée d’oripeaux à la mode est toujours là, jouissant de la sueur et du sang prolétarien encore dompté pour quelque temps.
Remarquons que les partis servant le mieux la bourgeoisie développent une phraséologie démagogiquement ouvrière afin d’endiguer et de leurrer le prolétariat qui se renforce numériquement mais aussi révolutionnairement.

V – CONSÉQUENCES DU CAPITALISME

A - La lutte de classe es la principale conséquence du capitalisme. L’histoire de ces dernières dizaines d’années contient de nombreux exemples de la lutte de classe. Les grèves en sont un témoin, probant malgré leur canalisation à tendances bourgeoises en périodes "creuses" ou la conscience révolutionnaire semble temporairement disparue. Il en est de même pour les révoltes, les émeutes, les mutineries, qui éclatent de tous côtés sur le globe.

B -La production capitaliste néglige les besoins vitaux de la masse qui ne reçoit pas assez de pouvoir d’achat. Elle crée le luxe nécessaire à la bourgeoisie et développe surtout les moyens de production et l’armement. Les progrès scientifiques accroissent la puissance du régime. Ils sont appréciables quoique handicapés par l’obstruction financière, la plupart des inventions se trouvant dans l’impossibilité de réalisation matérielle.

C - La course aux profits appelle cyniquement des efforts redoublés de la classe ouvrière qui endure de nouvelles privations. "Retroussez vos manches, nous irons mieux !" La sous-consommation se perpétue (misérable retraite des vieux, sans-logements, tuberculose, etc.). Elle sévit évidemment dans les couches prolétariennes à bas salaires (manœuvres, ouvriers spécialisés, employés, petits fonctionnaires, main-d’œuvre coloniale).

D – La hiérarchie des salaires consolide le pouvoir en divisant une partie des exploités influencés par la mentalité bourgeoise (la supériorité), naturellement issue de l’appropriation privée.
Mais ce sentiment est illusoire, en fait, étant donnée la différence insignifiante de pouvoir d’achat au sein même de la grande masse par rapport à la minorité dominante qui vit dans l’opulence. Il suffit de constater le nombre de travailleurs (90 pour cent) recevant un salaire s’élevant jusqu’à 8.000 Frs pour savoir que le pouvoir d’achat ouvrier est encore loin des possibilités de consommation qui pourraient atteindre l’équivalent de 20.000 Frs environ (à la condition qu’il s’agisse de l’économie distributive sans classe).

E – Sous le capitalisme, la production est écrasante pour le prolétariat (celui des usines produit 8 à 9 heures par jour généralement dans de mauvaises conditions). Il faut remarquer le grand nombre de trafiquants, de commerçants, d’escrocs, de rentiers, d’improductifs, etc. La plupart de ces individus ne produit pas grand’chose mais consomme inversement.

F – Le nombre des travailleurs fournissant les produits indispensables est relativement faible. Dans celui-ci, les travailleurs agricoles représentent l’écrasante majorité. Malgré cela la production agricole est paralysée. Elle est le secteur le moins développé du capitalisme. Car la terre est parcellée dans de nombreux Etats (essentiellement en Europe). On rencontre bon nombre de petits propriétaires paysans végétant au même titre que les petits artisans installés à la ville. Ces petits-bourgeois s’accrochent à l’exploitation. Ils défendent leur "droit". Ils espèrent remonter la pente, parvenir au rang des plus favorisés, au rang de ceux qui possèdent plus d’hectares. Ils oublient que la terre arable est "partagée" et exploitée partout. La plupart de ces petits-bourgeois sont condamnés et disparaissent les uns après les autres étouffés par la bourgeoisie monopoliste et étatique. Les grandes entreprises concurrencent mortellement les petits paysans, car les premiers utilisent la mécanique moderne (tracteurs) tandis que les seconds grattent la terre avec leur "ongles". La quantité et la qualité sont du même côté. Le petit qui ne produit plus assez pour vivre se voit obligé de travailler ailleurs. Précipitée par la concentration capitaliste, cette couche inférieure de la bourgeoisie tombe dans une misère égale à celle du prolétariat. Ce qui l’oblige à s’offrir comme de nouveaux prolétaires, comme de la force travail de réserve à l’exploitation.

G – Par ailleurs une partie des exploités essaie d’atteindre un "mieux-être" en s’établissant petits commerçants. Certains "réussissent" mais beaucoup échouent (absence d’autorisation, insuffisance de fonds, mauvaise situation, faillite). Les périodes guerrières d’invasion et de dévastation terminées, la prépondérance économique des trust ressaisit plus fermement les sources secondaires de profit. L’initiative individuelle du petit commerce se trouve étouffée. Le droit du plus fort paralyse les aspirants au "magot", les débutants du système D. Les monopoles (trusts) possèdent actuellement la majeure partie des moyens de profit (en France) : laiterie, raffinerie, tissage, minoterie, transport, etc. La plupart des petits-commerçants sont des distributeurs salariés, dépendants de ces sociétés qui raflent la grande partie du maigre pouvoir d’achat des masses ouvrières dont une large part revient dans les caisses de l’Etat.

H – Dans certaines pays plus affligés par la guerre, le commerce prend une forme camouflée : le marché noir, qui lui permet d’amplifier ses bénéfices. Les produits de consommation sont vendus à des prix plus élevés causés par une demande supérieure à l’offre. La production quantitativement inférieure rapporte plus que celle précédemment supérieure. De nouveaux combinards et intermédiaires sont apparus. La classe ouvrière consomme les restes lorsqu’elle peut les acheter.

I – Dans la bourgeoisie existent de nombreux improductifs (rentiers, fils à papa, mondaines). Cette catégorie coutumière dans la bourgeoisie se retrouve dans le prolétariat, sous d’autres formes : la grande partie de la police et des fonctionnaires, l’armée. Ceux-ci sont évidemment productifs dans la fonction bourgeoise, mais considérés parasites puisque leur travail disparaîtrait dans le communisme. Ces individus occuperaient des places utiles à l’humanité entière. Ainsi actuellement, une partie de la société travaille pour l’autre. Et une fraction des travailleurs produit du matériel de guerre…

J/1 – L’Etat capitaliste, dont la loi fondamentale es l’accumulation, exploite son armée de travailleurs. Et lorsque la production ne se vend plus, lorsque les échanges n’ont plus lieu, c’est-à-dire que la surproduction relative à l’absence de pouvoir d’achat est atteinte, la bourgeoisie licencie une masse de travailleurs qui devient l’armée de réserve / les chômeurs. Des grèves et parfois des émeutes s’ensuivent, la misère obligeant l’action directe des masses. Une partie des produits invendus sont détruits ou utilisés auxiliairement (café-combustible, coton-route, vin-carburant). Le profit ainsi bloqué pacifiquement, le profit militaire commence. La production d’armement s’intensifie. Le commerce mondial devenu infructueux par l’échange des valeurs créées par les exploités, le capitalisme utilise le moyen ultime : la guerre, afin de forcer le concurrent, afin d’obliger par la force la continuation du marché, de l’enrichissement.

J/2 – Dès le début de cette situation apparaît la pression idéologique. La propagande nationaliste bat son plein. On s’occupe particulièrement des cerveaux. Les prétextes à rupture, les incidents de frontières, les provocations sont attisées. L’opinion publique est travaillée contre l’Etat ou le bloc d’Etats rivaux. Sitôt la grande majorité du peuple rendue solidaire d’opinion avec son gouvernement, le grand jeu devient possible.

J/3 – Il ne suffit plus que d’un dernier accroc pour justifier l’ouverture du feu : la déclaration de guerre. L’affaire est dans le sac. Les mécontents et les pacifistes sont priés de filer doux. Et les révolutionnaires de toutes sortes sont hors-la-loi ouvertement. La guerre est là avec son cortège de misères, de haines, de souffrances, de vengeances, d’atrocités, de macchabés, etc. La bourgeoisie en profite en accroissant son pouvoir par le surtravail et la sous-consommation populaire due au délaissement de la production de denrées alimentaires. Et tant que le moral de l’obéissance aux bouchés (sic – NdE) galonnés, le moral du chauvinisme, le moral de la moutonnerie, de la guerre juste, etc., n’est pas suffisamment ébranlé, le carnage entre prolétaires-robots continue.

J/4 – Toutefois la conscience prolétarienne réussit souvent à entraîner des mouvements de révolte, de mutinerie. Ils apparaissent généralement là où les pertes ont été impressionnantes. Ces mouvements donnent des coups mortels au régime (Russie 17, Allemagne 18). Ils contraignent souvent l’Etat à la capitulation. Lorsque le prolétariat poursuit son action, lorsqu’il s’organise et renverse les institutions capitalistes, la révolution a ses chances de succès.

J/5 – Malheureusement jusqu’ici les luttes révolutionnaires ont échoué pour diverses raisons (absence d’une avant-garde organisée, canalisation démagogique, écrasement militaire, immaturité idéologique). L’oppression s’accroît, amplifiant la lutte de classe qui peut aboutir à la révolution victorieuse.

VI – POSSIBILITÉS COMMUNISTES

A – Toute l’humanité est soumise au développement scientifique et économique mondial. Les besoins de l’humanité sont universels. Toutes les régions, tous les pays, tous les continents ont besoin les uns des autres. Le riz de l’Asie, le café du Brésil, la laine d’Australie, la soie du Japon, le caoutchouc de l’Insulinde, le pétrole de l’Iran, etc. sont indispensables à l’humanité entière.

B – Détruire le capitalisme sur le monde, c’est développer les sciences paralysées, c’est balayer les frontières, limites des propriétés bourgeoises, et c’est surtout abolir l’exploitation de classe. Ni bourgeoisie, ni prolétariat, ni maîtres, ni valets, ni "politiciens", ni électeurs n’ont plus raison d’être.

C –Le machinisme peut alléger nos peines. La société communiste permettra la juste organisation de la production et de la répartition. Le contenu de la planification sera déterminé par l’ensemble des individus.
Le temps de travail moyen peut être abaissé de 50 pour cent à la condition d’œuvrer au bien-être commun avec tous les individus disponibles sans exception. Quiconque a les conditions physiques (mentales et corporelles) doit obligatoirement participer au travail social selon ses aptitudes et dans un temps égal pour tous les travailleurs.

D/1 – En échange, tous les individus sans distinction : travailleurs (femmes et hommes), infirmes, jeunes (étudiants), vieux (retraités), peuvent consommer la production avec un droit égal. En conséquence l’abondance relative aux besoins largement satisfaits est atteinte le plus vite possible. Le pain, le vin, la viande, les légumes, les fruits, le sucre, l’huile, le beurre, le vêtement, le logement, le transport, etc., tout sans exception est produit en abondance. Cette abondance peut dépasser par exemple de 10 pour cent la consommation régulière en guise de réserves. La maxime : "De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins" est alors une réalité. Des bazars de distribution dans chaque village et chaque quartier sont ouverts à tous. Il n’est donc plus nécessaire d’établir des coefficients d’inégalité de salaire (en France : 152 aux infirmières, 148 aux dactylos, 221 aux dessinateurs), réel casse-tête chinois et principe hiérarchique par excellence. En échange de son travail, le producteur consomme ce dont il a besoin sans regarder son porte-monnaie. L’estomac n’a plus à souffrir du métier de son propriétaire. Ainsi la production est au service de la consommation.

D/2 – Les produits nouveaux, issus des inventions, sont demandés par les consommateurs. Les demandes sont adressées au service de la production générale par le canal des conseils locaux. Toutes les demandes des produits sont ensuite réparties dans leurs branches industrielles respectives. A la direction de chaque industrie existe un conseil technique à décision majoritaire, composé de professionnels spécialistes, ainsi qu’à la direction de chaque usine ou service public. Les modalités de fabrication ainsi adoptées, les produits demandés sont fabriqués et distribués aux demandeurs.

D/3 – A mesure que le progrès vient aider le travail de l’homme, ce dernier en bénéficie par la réduction du temps de travail qui se traduit par une augmentation du temps libre (tourisme, culture, sport).

E/1 – Par conséquent, la première tâche sociale post-insurrectionnelle consiste à employer toute la force de travail actuellement parasite afin d’alléger la peine de ceux qui sont exploités. La production indispensable à tous (nourriture, vêtement, logement) s’en trouvera développée.

E/2 – L’agriculture, délaissée dans le capitalisme, ne pourra progresser que par la collectivisation totale des moyens de production (terres, usines, transports, services publics…). Ainsi elle sera industrialisée. Le travailleur agricole ne sera plus maintenu dans un isolement arriéré. Il deviendra l’homme libre organisé bénéficiant des mêmes loisirs et du même repos commun.

E/3 – La théorie du temps de travail moyen est reconnue pratiquement viable comme mesure de la valeur du travail. Dans chaque métier, le travail sera organisé par équipes. Par exemple : pour une ferme nécessitant 72 heures de travail par jour, en adoptant une base moyenne de 4 heures par travailleur avec une organisation par équipes de 3 dont l’un au repos à tour de rôle, la forme utilisera 72/4 = 18 travailleurs dont 6 au repos en permanence. Ces 18 travailleurs constitueront donc 6 équipes de 3. Ainsi chaque équipe fournira régulièrement 2 travailleurs produisant pour 3 (2 travailleurs x 6 équipes = 12 au travail). 72/12 = 6 heures effectives chacun (sur la base de 4 heures de moyenne). Cette pratique permet de nombreux arrangements au gré des équipes (1 mois de repos par trimestre, 4 mois par an…). Cet exemple pourrait être mis en pratique en estimant l’emploi de la moitié des individus (1 milliard) de 20 ans à 50 ans, ce qui totaliserait 4 milliards d’heures de travail quotidien sur la base de 4 heures. Il est évident que le volume d’heures est fonction du rendement du machinisme.

E/4 - D’une part il y aurait plus de producteurs et d’autre part la production serait pacifique et collectiviste. Il serait donc de notre intérêt commun, dans la société communiste, d’accroître la concentration et la technique, facteurs économiques primordiaux (industrialisation de l’agriculture, standardisation, langue auxiliaire mondiale, modernisme, instruction développée, etc.

F – Pour terminer cette partie évidemment incomplète, il est bon d’apporter des précisions sur la nature et le rôle des conseils locaux entrevus plus haut. Le consommateur se prononce, s’exprime et échange librement ses idées avec ses camarades, ses voisins d’habitation. Ces échanges d’opinion et les décisions qui s’ensuivent au travers de la réunion sont le résultat de prises de conseils, d’où l’appellation : "Conseil local". Le Conseil local transmet les besoins divers au service réunissant toutes les demandes du département, et ainsi de suite, territoire, continent, Planète.

G/ - La force de production devra être utilisée proportionnellement au nombre des consommateurs, demandeurs de produits non-ordinaires, afin de satisfaire chaque individu ayant droit à la même part du temps de production globale. Que l’un préfère utiliser sa part à la construction d’un avion, que l’autre préfère l’utiliser pour un voilier… le goût est libre. La production est au service de tous les individus.

VII TACTIQUES POLITIQUES

A/1 – L’opportunisme est une tactique qui consiste à utiliser indifféremment tous les moyens en conservant l’espoir d’atteindre le même but. C’est la tactique qui adopte tous les principes présentant opportunément de bons côtés et qui n’en conserve aucun. C’est une tactique de girouettes. Elle aboutit à la confusion. La masse s’en trouve désorientée.

A/2 – Le réformisme est une tactique typiquement contre-révolutionnaire. Il s’adapte à l’évolution capitaliste. Il pense accéder au communisme par des réformes strictement pacifiques consenties par la classe bourgeoise. Il ignore que la lutte de classes est une guerre sociale implacable. En conséquence, il consolide le capitalisme.

A/3 – Le spontanéisme en compte uniquement que sur l’action révoltée des masses. Il n’apprécie que la lutte immédiate qu’il juge seule capable d’opérer la révolution. Il attend l’explosion générale unanime pour espérer la réussite.

A/4 – Le sectarisme aspire à l’obéissance de la masse sur le commandement d’une secte, d’un parti. Il travaille à sa révolution. Il prépare artificiellement un coup d’Etat suivant ses idées particulières. Il impose sa tactique de force au prolétariat. C’est un Etat-Major voulant édifier le communisme selon ses propres idées et n’admettant aucune opposition. Il apporte une dictature de parti sur la masse, ce qui détermine une néo-bourgeoisie.

A/5 – Le centralisme "démocratique", plus justement centralisme dictatorial, est une méthode de décision qui consiste à désirer un seul avis et d’adopter en conséquence l’avis majoritaire et de rejeter les minoritaires. Le centralisme "démocratique" aboutit à ne présenter qu’une orientation, qu’une ligne politique : celle de la majorité. La plupart des partis arrivistes utilisent cette méthode afin de plaire à leur clientèle par leur fermeté, leur cohésion, afin de présenter (des) élites unanimement prête à gouverner. Cette méthode considère deux choses distinctes : le commandement et la masse ou la valetaille. Elle contient dans sa nature même l’idéologie bourgeoise.

B/1 – La dialectique communiste révolutionnaire rejette les tactiques ci-dessus qui maintiennent la domination de classe. La dialectique communiste révolutionnaire est la méthode révolutionnaire qui nécessite avant tout une clarification de position et une conduite intransigeante. Elle apprécie respectivement et conjointement les causes d’un effet et ses conséquences. Elle considère le facteur subjectif, c’est-à-dire la théorie, l’idéologie, le travail des groupes révolutionnaires, comme l’apport conscient inséparable et indispensable au facteur objectif, c’est-à-dire la pratique, l’action insurrectionnelle et édificatrice. Elle oblige une entière liberté d’expression de chaque individu. Le triomphe de la révolution communiste mondiale dépend de l’émancipation de la classe ouvrière, débarrassée de toute confusion, contrainte centraliste et préjugés bourgeois.

B/2 – L’OCR (Organisation Communiste Révolutionnaire) est un type de groupe organisé, composé, à l’origine, d’éléments détachés des partis réformistes et opportunistes à démagogie ouvrière (PS, PC, PCI). Cette jeune organisation a pour but de servir le prolétariat révolutionnaire par son travail théorique et pratique. Contrairement au centralisme "démocratique", l’OCR s’exprime librement pour elle et pour l’extérieur. Elle s’efforce de faire connaître toutes ses idées afin de servir, d’intéresser, d’instruire, d’éduquer, d’éveiller la conscience des individus appelés à participer à la révolution sociale qui approche. Chaque camarade expose ses idées afin d’éclairer la compréhension des autres. La révolution implique l’expression libre comme principale garantie. L’OCR n’a pas de limites géographiques, ni raciales, ni nationales. L’humanité entière est son espace vital. Elle laisse le légalisme bourgeois aux partis réformistes. Elle résume son acquis théorique dans ses principes fondamentaux suivants :

B/3 – PRINCIPES FONDAMENTAUX DE L’OCR

a) Le communisme : société établie sur la collectivisation des moyens de production (de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins).

b) La lutte de classes : opposition systématique à toute bourgeoisie.

c) La révolution communiste, seul moyen conséquent permettant l’édification du communisme.

d) La démocratie absolue, autodétermination du prolétariat (liberté des minorités et des individualités).

e) L’intransigeance révolutionnaire, période insurrectionnelle pendant laquelle la révolution détruit tout reste de réaction bourgeoise.

f) Le matérialisme dialectique et historique (de Marx) : conception réaliste expérimentée et scientifique de la société humaine.

g) Le mondialisme : objectif universel englobant l’humanité entière sans distinction de nationalité.

h) L’anti-opportunisme : position intransigeante écartant toute confusion et tout aventurisme.

i) L’anti-étatisme ou capitalisme d’Etat : opposition à toute tentative néo-bourgeoise favorisant inévitablement le développement du capitalisme ;

j) L’anti-parlementarisme bourgeois : opposition à toute compromission et toute parlotte avec les représentants bourgeois.

k) L’anti-syndicalisme : contre ce moyen commercial et bureaucratique marchandant et illusionnant par des améliorations réformistes et éphémères.

l) La révolution russe d’octobre 1917 : révolution prolétarienne canalise et écrasée par le parti bolchevik (national, étatique).

Frédo / Octobre-Novembre 1946




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