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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre à la Région Sud
Bulletin d’études révolutionnaires n°5 – 20 Juin 1946
Article mis en ligne le 2 décembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Nous publions ici un échange de lettres entre le groupe du Sud et nous :

I – Lettre du camarade Rodion à la région Sud.

(Je communique aux camarades qui cela peut intéresser toutes les parties politiques de la lettre du 2/5/46 qui m’a été adressée par le camarade R. Cette lettre est une réponse personnelle à la lettre politique adressée par moi (sous le contrôle de la Commission politique) aux camarades de la Région Sud.
Le retard dans la publication de la lettre de R. est dû uniquement à la nécessité d’obtenir son autorisation à cet effet.
Nous ne pensons pas, en général, pouvoir faire un usage public non autorisé de textes ou de propos que des camarades ne destinaient pas expressément à cet usage, a cause des risques de déformation qui en résulteraient. Nous ne pouvons pas non plus nous engager à donner une large publicité écrite à toute opinion formulée parmi nous, et cela dans un bref délai ; ce serait trop présumer de nos forces techniques et nous engager à les gaspiller. Nous ne pouvons pas nous engager à publier la correspondance personnelle de tous les camarades, même si elle comporte des parties politiques.
Cela dit, nous considérons tout texte politique et organisationnel non compromettant pour la sécurité comme "extérieur" ou public par essence. En ce sens, aucun motif politique ne peut nous retenir de publier une correspondance politique "intérieure".
Quant au contenu,
1) Le passage sur la question italienne me semble bien décisif sur la légende, longtemps défendue par nous-mêmes, à la suite des trotskystes et des RKD, d’une "Révolution prolétarienne" en 1943 en Italie. Ce qui ne signifie pas, au contraire, que la chute de Mussolini, outre son sens inter impérialiste, (renversement d’alliance) n’ait pas été un réflexe défensif de la bourgeoisie contre la montée ouvrière (vague de grèves revendicatives).
2) Sur la question de faits bourgeois révolutionnaires en Russie en 1917, la discussion est en cours avec les camarades du Sud, comme d’ailleurs sur tous les autres points.)

Rodion

Aux camarades de la région sud

Paris, 9 avril 1946

Cher amis,

Il faudrait vous écrire très longuement pour vous informer réellement de ce qui se passe dans le "creuset" parisien où nous sommes entrés il y a plus d’un an. Le caractère général du travail y est toujours le même : acuité et nombre des problèmes, rapidité des évolutions, défaut relatif d’approfondissement dû aux deux facteurs précédents, aux conditions de travail d’autre part, défaut relatif d’extériorisation dû à l’insuffisance de force de travail et de moyens matériels.
Le dernier point vous explique notre lenteur dans la reconstitution d’un appareil technique exprimée par le fait que depuis octobre-novembre, date approximative du transfert formel de l’appareil technique à notre tendance  en voie de formation, nous ayons sorti : 1 Communisme, octobre-novembre-décembre, 1 Communisme, janvier-février (n° 7), 1 Communisme, mars (n° 8), les deux premiers extrêmement mauvais techniquement, tous, il est vrai, volumineux [1] ... Nous avons continué la publication de textes extra-fractionnels sans soutien des camarades extra-fractionnels [2]... nous parviendrons quand même a une mécanisation à échelle agrandie.
Cette situation technique explique l’interruption provisoire de Pouvoir Ouvrier dans le cadre de la priorité des tâches théoriques et d’éducation.
Ce qui précède explique que nous devions vous exposer des faits qui devraient en grande partie être communiqués publiquement par notre presse et qui le seront avec quelques semaines de retard, si notre accumulation technique se développe suffisamment.

A notre avis, les faits qui se sont produits dans l’OCR depuis sa naissance ont tous une signification précise et leur étiologie ainsi que leur analyse nous met dans une certaine mesure à même d’établir des perspectives, ceci pour autant que nos positions actuellement permettent une analyse.
Il faut donc que je vous donne une idée de nos positions actuelles sur quelques questions essentielles et particulièrement celles qui ne sont qu’insuffisamment traitées encore ou pas traitées du tout dans notre presse.

ANALYSE DE L’ÉPOQUE

1) Nous préparons une brochure sur la situation et les perspectives dont l’analyse de l’époque sera l’introduction. Nous rejetons particulièrement l’"impérialisme" de Lénine qui fait de la loi de concentration des capitaux la loi fondamentale d’évolution, conduit par là à ne pas voir dans l’impérialisme le produit du système capitaliste dans une phase donnée, mais seulement la caractéristique des couches les plus concentrées du capital (capital financier). Cette fausse analyse, opposée à celle de Luxembourg est non-marxiste. Elle est à la source des carences et des déviations caractéristiques du bolchevisme en tant qu’il a été tout autre chose que l’idéologie de la révolution prolétarienne. L’analyse de l’impérialisme repose sur la contradiction dans les rapports sociaux (capital-forces productives) se traduisant essentiellement non dans les "monopoles" (Lénine) mais dans la guerre impérialiste d’abord, dans la révolution prolétarienne ensuite.

2) Cette analyse sans avoir besoin de se prononcer pour l’instant sur les schémas arithmétiques de Rosa, indique que les processus capitalistes progressifs (révolutionnaires) ne sont pas possibles dans le capitalisme impérialiste, ni même par conséquent des "tâches" ou des "objectifs" progressifs (rejet de la théorie bolchévique de la révolution et de la théorie marxiste-trotskyste de la "révolution permanente" pour la période impérialiste).

3) Transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. La même analyse montre que la contradiction entre les forces productives, surtout la contradiction prolétariat-bourgeoisie, est accentuée à un degré supérieur, extraordinaire par la guerre impérialiste. La guerre impérialiste est l’instrument historique d’aggravation de la crise capitaliste, de destruction de l’idéologie bourgeoise et de développement de l’idéologie prolétarienne. C’est pourquoi, elle entraîne nécessairement l’apparition d’une période révolutionnaire prolétarienne.

4) Bolchevisme et révolution russe. Historiquement, le bolchevisme doit être rejeté comme l’expression, sous le couvert de l’idéologie de "révolution bourgeoise", de "transcroissance de la révolution bourgeoise", de "réalisation des tâches de la révolution bourgeoise", comme l’expression de la transformation du capitalisme, au cours de la sa crise impérialiste générale, de capitalisme "particulier" au capitalisme d’Etat. La racine du capitalisme d’Etat se trouve dans l’opposition de la bourgeoisie à l’intervention historique du prolétariat révolutionnaire. C’est pourquoi la bolchevisation de la révolution prolétarienne en Russie signifie :

a) non pas la transformation d’une révolution bourgeoise (qui n’a pas eu lieu, étant réalisée objectivement depuis longtemps) en révolution prolétarienne ;

b) non pas la transformation d’un mouvement révolutionnaire prolétarien en révolution bourgeoise (thèse de certains au moins des communistes de conseils), puisqu’il n’y a pas eu et ne pouvait pas y avoir de révolution bourgeoise en 1917 ;

c) mais la destruction bourgeoise contre-révolutionnaire d’une révolution prolétarienne.
En tant que courant historiquement original de façon incontestable, le bolchevisme est l’idéologie spécifique de cette contre-révolution bourgeoisie. En ce sens, il n’y a pas de contradiction essentielle entre bolchevisme léniniste, trotskysme et stalinisme. Ces courants idéologiques ont la même racine historique.

4 bis) Spontanéité révolutionnaire et bolchevisme. Toute la théorie du parti et de l’idéologie d’après les bolcheviks doit être rattachée à leur caractère historique fondamental. Ils ne font pas du parti révolutionnaire et de son idéologie l’expression nécessaire, élaborée, de la dynamique révolutionnaire de classe, mais le produit d’une introduction extérieure du facteur révolutionnaire dans le prolétariat, en opposition avec la spontanéité de la lutte de classe immédiate. Or, ce qui s’oppose à la spontanéité de la lutte de classe immédiate, c’est l’idéologie bourgeoise aussi bien dans sa forme "révolutionnaire" bolchevik que dans sa forme libérale ou fasciste. Au contraire, l’idéologie révolutionnaire ne peut se développer que dans les conditions historiques de pensée de la classe ouvrière, comme l’expression de sa lutte contre la bourgeoisie et sous la forme d’une réfutation critique de la mystification bourgeoise. A la théorie bolchevik de la conscience de "classe" (bourgeoise) "transcendante" au prolétariat, il faut rattacher leur politique organisationnelle spécifique, leur dictature du parti "communiste", d’une part, d’autre part les théories subjectivistes de la GCI dont la GCF et Bergeron s’inspirent aujourd’hui.

5) (Je passe tout une analyse historique critique du bolchevisme ; les positions positives et leur complément critique sur les questions nationales, du parlementarisme, etc. seront exprimées séparément.

6) Marxisme et bolchevisme. La déviation du bolchevisme n’est pas un hasard. Elle est dérivée de toute une erreur du marxisme confondant les caractéristiques de la révolution prolétarienne avec celles de la révolution bourgeoise. Contrairement au pronostic marxiste, fondé sur des révolutions prolétariennes précoces et sans perspectives, la révolution prolétarienne ne se situe pas dans la période de révolution bourgeoise et de démocratie bourgeoise (capitalisme ascendant), mais dans la période de la réaction bourgeoise. Les organisations ouvrières de masse formées dans la période de capitalisme ascendant ou la période prérévolutionnaire (syndicats, partis "socialistes") ne pouvaient avoir qu’un caractère bourgeois.

7) Valeur du marxisme. Le mérite essentiel du marxisme réside en ce qu’il donne la base scientifique de critique et de révision de ses erreurs. Cette base se trouve dans son analyse économique fondamentale de l’infrastructure capitaliste et des lois d’interaction de l’infrastructure et de la superstructure.

8) Internationalisme. La conception insuffisamment rejetée par Marx-Engels (Manifeste Communiste), développée par la II° Internationale, de l’Etat ouvrier national est liée à la théorie des partis nationaux à programmes distincts (II° Internationale), des Etats ouvriers nationaux (Lénine : Contre le Courant, tome 2) et de la révolution dans le cadre national. En fait, la Révolution prolétarienne, quels que soient les foyers initiaux d’explosion, a un caractère international, créé et exige une conscience internationale organisée, aboutit à la dictature internationale du prolétariat.

9) Dictature du prolétariat et démocratie ouvrière. Sur la dictature du prolétariat, nous nous exprimons dans Communisme n° 8 pour quelques points. Il faudrait ajouter surtout de façon plus précise que la révolution prolétarienne supprimera immédiatement le système économique capitaliste. Le maintien et le rétablissement de ce système en Russie en 1918 a rendu nécessaire et inévitable à ce moment la reformation d’un Etat bourgeois et la destruction de la démocratie ouvrière. Par nécessité de maintien du capitalisme et de compression des ouvriers dans ses cadres, les Soviets ont été ramenés à des appendices démagogiques et impuissants de l’appareil d’Etat bolchevik, excroissance politique du Capitalisme d’Etat. Le terrorisme sur le plan idéologique "imité" du "jacobinisme" a un caractère non-dictatorial-ouvrier mais contre-révolutionnaire. La classe ouvrière, si elle est en possession des moyens de production et de répression, n’a rien à redouter de l’idéologie bourgeoise que l’idéologie prolétarienne surclasse et détruit par ses propres forces historiques.

10) Antisyndicalisme spécialement. En particulier, les syndicats de la période impérialiste, d’instruments de concurrence économique interclasses qu’ils étaient, se transforment en instruments directs de corruption, de pression et de freinage de la classe dominante. Finalement, ils deviennent directement des organes de l’Etat bourgeois, de façon voilée partout, de façon ouverte dans les pays stalino-fascistes. Toute politique et organisation syndicaliste qui vise à redresser ou à conquérir les syndicats est une tendance réformiste objectivement contre-révolutionnaire. Notamment, le parti révolutionnaire ne saurait se construire en tant que "fraction syndicale", mais en tant que fraction des conseils révolutionnaires antisyndicaux. Tout boycott de masse [3].

11) Communisme ouvrier. L’antisyndicalisme et l’antiparlementarisme de la tendance communiste-ouvrière (KAPD, Gorter, Pannekoek, Otto Rühle, etc.) l’a caractérisée comme la tendance la plus conséquente de la Gauche communiste allemande et occidentale, tendance théorique générale luxembourgiste. C’est cette gauche qui représente, en général, les positions les plus avancées où nous devons chercher une certaine accumulation idéologique et non dans le bolchevisme et ses dérivées (bordighisme, trotskysme). L’option générale pour ce courant va de pair avec le rejet général du bolchevisme. A ce sujet, il faut remarquer que la gauche hollando-allemande rejette du luxembourgisme précisément surtout son parlementarisme ainsi que sa soudure organisationnelle avec la II° Internationale qui marquaient son retard sur le bolchevisme.

12) Illégalisme contre démocratie bourgeoise. Toute revendication "démocratique" mystificatrice est à rejeter comme irréalisable dans son contenu positif sans révolution prolétarienne (liberté de la presse, de réunion, etc.). Certaines tolérances minimes peuvent être obtenues par la lutte de classe. Mais la lutte révolutionnaire garde un caractère fondamentalement illégal parce qu’opposé à l’appareil bourgeois "législatif", l’Etat. Ce dernier point touche directement la politique organisationnelle. Il n’y a pas de démocratie réelle sans expropriation de la bourgeoisie. Tout "libéralisme" ou "légalisme" en régime bourgeois est opportuniste.

* * * * *

Ces quelques points ne donnent évidemment qu’une idée très imparfaite de nos positions en voie d’élaboration multilatérale. Ils omettent délibérément une série de points afin de ne pas fabriquer toute une plateforme prématurée, à l’occasion d’une lettre. Mais ils nous semblent indiquer une orientation de recherche et permettre un minimum de critique et de discussions réciproques.

Nous avons reçu votre tract [4]. Personnellement, je suis heureux de vous voir renaître pour l’extérieur et fabriquer des textes techniquement corrects. Toutefois, il y aurait quelques articles sur :

a) la guerre de plus en plus menaçante. Là-dessus, nous pensons que le battage à la guerre est une diversion bourgeoise à la lutte de classe inévitablement ascendante, du fait de la contradiction entre les résultats objectifs de la guerre impérialiste en cours de développement et les idéologies bourgeoises hégémoniques en déclin de la guerre impérialiste ;

b) les "bolcheviks militants" de Russie étaient des trotskystes de gauche et ce n’est pas pour rien que les RKD s’en réclamaient comme des "CR russes" par déformation irrésistible de Ciliga. Ils les préféraient aux "ultra-gauches" ;

c) c’est inexact que les ouvriers aient détenu l’économie en Russie jusqu’en 1920. En fait, l’appareil capitaliste d’Etat commençait à les exproprier dès le début de 1918. (Je fais ces critiques de mémoire).

* * * * *

Il faut noter que les RKD "ignorent" systématiquement nos critiques, ce qui leur permet de théoriser après coup leurs fautes opportunistes les plus graves. En témoigne cette thèse d’une lettre des RKD à la fraction Belge de la Gauche Communiste (Paris, 27 mars 1946) :

"1° - Droit de Fraction dans le Parti : en effet, nous avons toujours été pour le droit de fraction dans le nouveau Parti à créer, c’est-à-dire depuis 1935-36, depuis l’existence de notre groupe. Mais nous allons plus loin. Nous pensons comme vos fractions que des tendances opportunistes (ou centristes) se manifestent toujours plus ou moins dans le prolétariat (ces tendances sont la conséquence de la pression bourgeoise sur le prolétariat et son avant-garde) et que par conséquent les éléments les plus conscients doivent former une fraction de gauche qui a comme tâche de maintenir le cours marxiste du Parti. Cependant, en cas de triomphe des tendances opportunistes (centristes) dans le Parti, nous considérons, à l’opposé de vos fractions, que la rupture (et non pas le redressement) s’impose."

Quant aux tendances, fractions et groupes, nous pensons que :

1) l’OCR s’est scissionnée parce que sa base politique d’octobre 44 comportait l’interdiction pratique du travail théorique qui aurait pu la faire progresser solidairement (confusion des tâches d’organisation et de Parti) ;

2) la scission de l’OCR a été déterminée d’après l’échelonnement de ses positions politiques contradictoires, résultant de sa formation opportuniste par l’entrée fractionnelle des RK dans un amalgame de groupes résultant de l’explosion du trotskysme au cours de "l’insurrection nationale".

Il s’agissait donc de courants transitoirement trotskystes de gauche, les résolutions de la conférence de contact étaient expressément trotskystes de gauche. Les scissions diverses ont eu pour effet de séparer les tendances de droite (CR — Contre le courant) et de les diriger vers le bordighisme, lui-même courant bolchevik à gauche du trotskysme [5]. A travers la critique du bordighisme et des RKD, nous avons pris la direction inverse, vers la critique conséquente et le rejet du bolchevisme. C’est là-dessus que les RKD sous divers prétextes, ont rompu, pour éviter la contagion du "révisionnisme". Bergeron, de tendance transitoirement bordighiste et super-bolchevik, les a suivis, - sous divers prétextes. Aujourd’hui, il sembler bien qu’il se rende compte qu’il s’est fourvoyé en voulant faire une élaboration progressive à l’ombre du néo-bolchevisme. Il a seulement été, idéologiquement, pendant la dernière période, l’aile marchandes des RKD.
Quant aux RKD, ils semblent qu’ils devraient progresser, vu qu’ils se sont réclamés de communistes de gauche variés, surtout allemands et français dont ils possèdent seuls les textes, tandis que nous progressons péniblement par nos propres moyens. Mais ils sont évidemment paralysés ou du moins ralentis :

a) par leur bolchevik-fétichisme invétéré ;

b) par leur politique organisationnelle qui les pousse à "accélérer" la révolution avec un "grand" journal et à "construire le parti" (ou l’organisation) à travers des "fractions syndicales".

Quelle que soit leur avance relative culturelle et technique (langues, documents, finances), toute progression éventuelle de leur part ne pourrait que les rapprocher de nos positions actuelles et tendancielles. C’est ce que nous souhaitons pour l’avenir de l’organisation révolutionnaire internationale. Il est malheureusement étrange que les camarades semblent éviter jalousement la discussion avec nous.
Le groupe Fernand ne sait plus bien où il en est, je suppose (Fer, Suz, Marcel (?)). Il combine un démocratisme organisationnel du type UCI avec un bolchevisme tactique fort trotskysant... Tendance fatalement instable et contradictoire qui oscille du pôle FFGC au pôle UCI.
Vincent travaille seul, semble-t-il, mais il discute avec l’UCI à laquelle le camarade Geo. A adhéré.
(Ici quelques lignes sur l’UCI faisant état de conversations personnelles dont je ne ferai pas d’usage public).

* * * * *

Dès que vous serez au fait des positions politiques en cours et que vous serez à même de les discuter, que nous serons a même aussi de discuter ce que vous proposerez, une conférence des CR nous semble d’une utilité et d’une signification très grandes. Les courants idéologiques s’y mettront à l’épreuve des attractions, des répulsions et des critiques. Plusieurs jours de discussion ne seraient pas inutiles. Par exemple, sur la question du Parti (conscience de classe et classe ouvrière), la première révolution et contre-révolution internationale, la dictature du prolétariat, la situation actuelle et les perspectives, syndicalisme et parlementarisme, politique organisationnelle, bilan des RKD et de l’OCR, etc.
Nous soulignons que nous avons cherché à empêcher des scissions sans principes qui ont fractionné artificiellement l’évolution idéologique avant toute discussion théoriques sérieuse. Les résultats de ces scissions de type trotskyste sont et seront désastreux. Il n’y a nullement eu la "désagrégation" dont parlent ceux qui vont à contre-courant des progrès politiques. Il y a eu une progression dont les rétifs se sont désolidarisés. Nous gardons l’essentiel des camarades militant activement dans les derniers mois de 1945, et quelques autres encore qui ont trouvé parmi nous la possibilité de travailler par exemple X. La seule scission effective de camarades actifs (depuis le départ Motte-Ma.) est celle des RKD-Bergeron (Fer. A toujours été en dehors de l’organisation). Nous ne pensons pas que vous désiriez rompre avec nous politiquement sans discussion politique complète, dût-elle durer quelque temps. Nos publications vous sont évidemment ouvertes, en tribune libre ou autrement, selon l’appréciation de la Rédaction et selon nos moyens. Nous avons formé des organismes responsables fractionnels : commission politique, commission d’organisation. Quoique nous n’ayons pas de démission formelle de Vincent, Michel, Georges, Suzanne, ils fonctionnent comme organismes responsables provisoires de l’OCR. Nous gardons ce titre, en tant que majorité de fait, jusqu’à une prochaine conférence.
(Ici des renseignements organisationnels secrets).
Fraternellement,

Rodion

Notes :

[1Ici, les détails de notre situation technique.

[2Idem.

[3"Tout boycott de masse" commence nécessairement par un boycott moléculaire, individuel. Ne soutenir que le boycott de masse, c’et freiner le boycott individuel, donc freiner le développement vers le boycott de masse. En général, tout mouvement de masses est précédé par une traînée de mouvements individuels (par exemple la désagrégation de l’armée). Ces courants moléculaires sont les courants précurseurs, l’avant-garde, la pensée révolutionnaire vivante et pratique. C’est justement cette désertion individuelle des syndicats, cette propagande par le fait, par l’acte, par l’exemple qu’il faut soutenir pour favoriser la progression du boycott de masse. Le prolétariat ne manœuvre pas en "ordre serré", sous un "Etat-major". Les "bataillons d’ouvriers encasernés par le capitalisme d’Etat bolchevik. Il faut d’abord que le prolétariat rompe avec la discipline bourgeoise pour créer la discipline prolétarienne. Il faut que l’avant-garde la rompe individuellement avant que le prolétariat puisse la rompre massivement. Rodion 27 juin 1946.

[4Il s’agit du tract : "A bas le stalinisme", ronéotypé, que Le Prolétaire a reproduit dans son n° 5.

[5Ce n’a pas été immédiat. Il y a eu d’abord une orientation vers l’UCI (Rodion).




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