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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Bulletin d’études révolutionnaires n°5 – 20 Juin 1946
Article mis en ligne le 2 décembre 2016
dernière modification le 11 février 2018

par ArchivesAutonomies
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En 1890, paraissait à Paris un petit cahier bimensuel à dates irrégulières fabriqué par des typographes inexpérimentés, ayant pour titre L’International. C’était une publication clandestine disant avoir "adopter pour lui-même la forme clandestine, passant ainsi à cheval sur toutes les lois et règlements autoritaires". Les ouvriers anarchistes qui éditaient ce journal visaient à combattre les tendances autoritaires et centralistes, réformistes qui se développaient dans le mouvement anarchiste international, trouvant en France leur organe officiel (légal) dans La Révolte.
Voici les observations sensées qu’opposent les militants anonymes de L’International aux "étoiles" et aux "bons bourgeois anarchistes" de La Révolte :

"Ils nous est matériellement impossible d’être d’accord avec ces soi-disant révolutionnaires qui publient à son de trompette, dans leurs canards endormeurs, que la Révolution devra être le produit de l’éducation anarchiste, qu’il faut organiser les forces révolutionnaires et préparer les masses ouvrières à la révolte avec l’instruction.
Tout cela est aussi absurde que ceux qui ont l’audace de l’affirmer. En effet, comment supposer que le produit de l’"éducation" puisse devenir une puissante majorité avant que la majeure partie de la masse sache raisonner ?
... Et avec la société actuelle, combien ces braves éducateurs comptent-ils de siècles pour en arriver à ce joli résultat ? ... tant que la masse restera obligée de tout produire par elle seule et ne rien consommer ; tant qu’on lui refusera les aliments indispensables à sa nourriture, le repos, le lit, la maison, les habits, le combustible, enfin tout ce que ces prétendus éducateurs reconnaissent indispensable à la vie humaine, cette masse ne pourra jamais arriver à l’émancipation morale... tant que son intelligence restera abrutie par l’excessif travail du corps (et que celui-ci restera insuffisamment nourri) elle ne pourra être suffisamment labourée pour arriver à comprendre la hauteur de vue à laquelle se place les moralistes en phrases.
Non Messieurs les docteurs, il est littéralement impossible que cette masse affamée, insultée, découragée et épuisée sous tous les rapports puisse encore comprendre notre système d’émancipation.
Tandis qu’au contraire, son seul instinct lui fait comprendre la nécessité de supprimer brutalement tout d’abord tous les systèmes et les individus qui ont pu la dominer, l’opprimer et l’affamer jusqu’à présent. Vous comprendrez également de gré ou de force que tous vos discours et vos docteurs réunis ne pourront l’empêcher de détruire et même brûler tout ce qui, de près ou de loin, pourrait lui rappeler son avilissement actuel. D’ailleurs cette masse emporté dans un courant d’idées nouveau ne sera plus docile ni n’obéira plus qu’à son propre instinct au moment de la Révolution. Un seul point la guidera plus sûrement que le meilleur des discours. Il s’agit avant tout du ventre à satisfaire.
Elle veut manger (entendez-vous bien ce mot ?) elle veut se vêtir, elle veut jouir matériellement avant tout, et, certes, la meilleure de toutes les théories n’aura que la place secondaire.
C’est donc d’abord aux magasins qu’elle présentera ses hommages pour en recueillir immédiatement ce dont elle a le premier besoin... Allons, docteurs, si vous n’êtes pas ignares et maladroits au point de ne pas reconnaître que l’état physique de l’homme dépend de l’état de son cerveau et si vous voulez la Révolution à brève échéance, changez de tactique, sous peine de devenir les adversaires directs de cette Révolution que les travailleurs et tous les autres crève-faim réclament de toute la force de leurs intestins vides... Et pour n’avoir plus à craindre le retour de leurs trahisons qui leur ont rapporté le bénéfice des révolutions passées, au détriment de nous-mêmes qui les avons faites, crions : plus de chefs de groupes, plus d’organisateurs, plus de pape, plus de directeurs, plus d’avocats et surtout, plus de bourgeois parmi nous, et enfin, place à la libre initiative des travailleurs !"

L’International dans "notre véritable émancipation", n° 4, juillet 1890

La soi-disant "conscience de classe" ayant été morale, c’est-à-dire étrangère aux besoins ouvriers, c’est l’inconscient ouvrier qui a été révolutionnaire, seule base d’une conscience véritable.




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