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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tract diffusé lors de la grève Renault en 1947
Gauche Communiste de France - 5 mai 1947
Article mis en ligne le 11 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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CAMARADES,

La CGT vient d’accomplir un de ses tournants brusques à 180°.
Au début de la grève et pendant 8 jours, la CGT a tout fait pour briser notre mouvement. Elle a insulté, elle a calomnié, elle a accusé les ouvriers en grève de faire le jeu de la réaction, et d’être même des provocateurs.
Cette même CGT, qui a déversé des monceaux d’ordures contre les grévistes, se prétend aujourd’hui être le défenseur des grévistes. ALLONS DONC...!
Hier, nous étions des agents de la réaction, aujourd’hui, nous sommes des "braves" qui luttent pour de justes revendications. Hier, on nous accusait d’être financés par "l’extérieur", aujourd’hui, la CGT octroie généreusement un million de francs pour "le secours de solidarité".

COMMENT CELA ? QUE S’EST-IL PASSÉ ?

Il s’est passé ceci : que les ouvriers de chez Renault étaient décidés à la lutte. Par trois fois, ils ont repoussé les manœuvres des politiciens de la CGT qui les exhortaient à reprendre le travail. Par trois fois et dans un vote massif, ils ont repoussé l’aumône de la CGT de 3 Frs de prime à la production.
Il s’est passé ceci : notre grève a trouvé une chaude sympathie dans toute la classe ouvrière, parce que notre lutte exprimait le mécontentement de tous les ouvriers contre les récentes mesures iniques de famine prises par le gouvernement solidaire, RÉDUISANT LE RAVITAILLEMENT DES OUVRIERS AU NIVEAU DES PLUS SOMBRES JOURS DE L’OCCUPATION.
Mais surtout, il s’est passé encore ceci : depuis la conférence de Moscou, pour des raisons de politique impérialiste internationale, les staliniens se sont vus forcés de passer momentanément dans une opposition parlementaire.

Pour les staliniens et leur succursale la CGT, CE SONT TOUJOURS DES RAISONS GOUVERNEMENTALES ET LES INTÉRÊTS POLITIQUES DE LEUR PARTI QUI DICTENT LEUR ATTITUDE. LES GRÈVES ET LES LUTTES OUVRIÈRES NE SONT, POUR EUX, QUE MONNAIE D’ÉCHANGE, DES MOYENS DE CHANTAGE ET DE PRESSION POUR LEUR INTÉRÊT PROPRE.

Hier ministres, ils étaient les plus acharnés briseurs de grève, aujourd’hui dans l’opposition, ils tentent de s’emparer de la lutte ouvrière pour s’en servir à leurs propres fins.

La CGT est une ORGANISATION POLITIQUE ANTI-OUVRIÈRE. Sous sa direction veule et hypocrite, les grèves ne pourront jamais servir à la classe ouvrière. Laisser la CGT s’emparer de la grève, c’est déjà le signe que la grève sera déformée et défaite. LES OUVRIERS NE PEUVENT SE DÉFENDRE QUE PAR EUX-MÊMES.

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Une grande responsabilité de la situation présente de désarroi de la grève pèse incontestablement sur le Comité de grève. Il s’est avéré autant incapable organiser les forces de défense de la grève à l’intérieur de l’usine que d’assurer son élargissement et son orientation.

Débordé, le Comité de grève s’est constamment traîné à la remorque des manœuvres de la CGT. Hésitant et craintif, le Comité de grève ne savait ni ce qu’il voulait ni où il allait. IL N’Y AVAIT QU’UNE ORIENTATION SUSCEPTIBLE D’ASSURER LE TRIOMPHE DE NOTRE LUTTE, C’ÉTAIT : LE DÉPASSEMENT DU PLAN ÉTROIT DE L’USINE ET DE LA CORPORATION POUR CELUI GÉNÉRAL DE LA CLASSE OUVRIÈRE.
Dès le premier jour de grève, et dans notre tract du mercredi 30 avril, notre groupe de la Gauche Communiste, par la voix de notre camarade au Comité de grève, a formulé, dans ses interventions, le programme de lutte suivant :

1) AUGMENTATION SENSIBLE DU RAVITAILLEMENT en pain, viande, vin, sucre ;
RETRAIT IMMÉDIAT des dernières restrictions de famine du gouvernement.

2) AUGMENTATION IMMÉDIATE pour tous les ouvriers, indépendamment de la PROFESSION et du RENDEMENT, de 10 Frs par heure du salaire de base.

3) PAIEMENT INTÉGRAL des journées de grève.

Nous précisions : "Sans meilleur ravitaillement, les 10 Frs iront engraisser le marché noir ; avec un meilleur ravitaillement, les 10 Frs diminueront la famine des ouvriers." [1]

Ce programme, seul, offrait un terrain de lutte intéressant tous les ouvriers. Sur cette base, seule, une action ardente par l’envoi de délégations massives de chez Renault à toutes les usines, et ceci dès les premiers jours de grève, par des appels à toute la population travailleuse, on pouvait et on devait entraîner tous les ouvriers dans une lutte généralisée. UNE TELLE LUTTE, SEULE, POUVAIT FAIRE RECULER LE PATRONAT ET L’ÉTAT.

Le Comité de grève a repoussé systématiquement nos propositions. Ce programme lui semblait par trop audacieux. Il a préféré se confiner à la revendication étroite de 10 Frs sur le terrain de l’usine. L’unique appel, qu’il a lancé à l’extérieur, ne parle que de l’échelle mobile, cette panacée réformiste inefficace, qui consacre à jamais les conditions de famine présentes.

Avec un programme de revendications étriqué, à la mesure exacte de leur courte vue, les dirigeants du Comité de grève n’étaient pas à la hauteur de leur tâche, ne savaient pas aller de l’avant ; et ils ont ainsi perdu 10 jours précieux à piétiner lamentablement sur place. Si le Comité de grève continue sa politique étriquée et impuissante, la grève se perdra immanquablement dans la confusion.

La critique, que nous élevons ici, n’est pas faite par vain goût de dénigrement. La grève de Renault portait en elle de grandes espérances. Les yeux de tous les ouvriers étaient fixés sur elle. Aujourd’hui où elle est sur le point d’être dévoyée, torpillée par la CGT, il est du devoir de chaque ouvrier, d’une part, de reconnaître ceux qui essayent de les dérouter et, d’autre part, de comprendre les faiblesses, les erreurs, tant organisationnelles que dans l’orientation de la lutte, qui ont permis la situation d’impasse dans laquelle se trouve la grève.

GAUCHE COMMUNISTE DE FRANCE

5 mai 1947

Notes :

[1Voir l’article dans Internationalisme n°22 : Intervention et résolution du cam. H. à la réunion du comité de grève.




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