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Agrobiologie : une nouvelle science ?
Survivre... et vivre n°11 - Printemps 1972
Article mis en ligne le 15 janvier 2017
dernière modification le 6 janvier 2018

par ArchivesAutonomies
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La question se pose à l’heure où le développement de l’agriculture biologique s’amorce sérieusement. En effet, alors que l’on était parti sur des bases de qualité de la vie, de liaison cohérente entre l’homme et la nature, qui ouvraient des perspectives assez globales, nous assistons déjà à une déviation qui veut rattacher l’agriculture biologique à une optique scientiste de la vie. Elle est déjà étudiée séparément, par des experts, connaît ses expérimentateurs et son application pratique. L’acharnement des tenants de l’agriculture dite chimique (le terme de non-agriculture serait plus juste) n’a pour conséquence que de mieux déterminer le cadre scientifique de l’agriculture biologique à l’image du sien.
Pourquoi en est-on arrivé là ? Deux éléments de réponse se dégagent :

- d’une part, l’agriculture biologique a été abordée indépendamment du contexte politique et social d’une transformation du mode de vie.

- d’autre part, on tend à en faire une science récente, niant ainsi l’histoire (celle de la vie aussi bien animale que végétale).

Qu’elles en sont les conséquences ?
Alors qu’au début, les pionniers de l’agriculture biologique étaient des praticiens, on assiste maintenant à la création d’une nouvelle caste de scientifiques socialisés, doublés ou non de marchands de soupe. Le paysan, après avoir entrevu l’espoir de reprendre en main complètement son travail, se voit ainsi dépossédé à nouveau d’une partie de sa créativité.
La base économique n’étant pas modifiée, le fric reste le but à atteindre, que ce soit une question de survie de l’exploitation, ou à titre de « récompense qui doit être attendue pour avoir travaillé dans la voie juste ». Même si le travail est plus intelligent en agriculture biologique, il n’en reste pas moins qu’il accapare toujours autant sinon plus (désherbage manuel, compostage, etc.) le paysan. Les circuits commerciaux qui se présentent ne peuvent que renforcer cette ligne :

- soit le paysan n’a pas la possibilité de trouver les débouchés qu’il doit attendre pour des produits de qualité (ce qui a été longtemps le cas) ;

- soit il passe par les charognards des maisons de diététique, qui savent mettre cette qualité en valeur pour la satisfaction de leurs portefeuilles ;

- soit il s’associe avec d’autres producteurs pour créer une coopérative. Dans ce cas, la portée est plus délicate à saisir ; en effet, l’idée est séduisante : suppression des intermédiaires, contact direct avec le consommateur, amélioration du conditionnement, ... En fait, lorsqu’on va s’adresser à ces coopératives, on trouvera comme interlocuteurs des organismes et non des hommes, comme moyen de communication un produit et non la parole. Si cela n’est pas encore évident du fait de leur création récente et des idées de certains de leurs adhérents, il n’en reste pas moins vrai que la voie est tracée. Et puis, qui nous dit que ces coopératives ne se feront pas concurrence en prônant par exemple que la méthode de culture qu’elles emploient est meilleure que celle des voisines ? On s’aperçoit alors que cette idée de coopérative, calquée sur celle qui existe dans l’agriculture officielle, ne sera qu’un moyen de s’en sortir pour certains (les "meilleurs" comme toujours) et qu’un piège à cons pour les autres. Le système global n’en sera pas remis en question pour autant, et nous assisterons à une nouvelle contradiction interne d’un capitalisme toujours prêt à offrir un nouveau visage quand on en a marre de voir le précédent.

Comment s’en sortir ? Trois idées liées assez étroitement se dégagent pour nous :

- sortir des systèmes où l’homme n’est pas la finalité ;

- supprimer le distinguo scientifique-paysan lié à celui de dominant-dominé ;

- supprimer la nécessité du travail aliénant, car extérieur à l’Homme, pour y substituer une tâche communautaire (prendre en main collectivement les moyens de vivre) et d’art.

Ces trois idées débouchent sur la perspective de l’expérience communautaire, où l’agriculture n’est pratiquée que pour couvrir les besoins vitaux du groupe constitué (autarcie), avec échanges intercommunautaires des surplus. Devenant par ce fait partie de l’activité humaine, c’est-à-dire de la vie, où chaque personne s’exprime à sa façon, sans autre autorité que la sienne (vis-à-vis de son être et des personnes avec qui elle vit) et celle des lois naturelles, l’expérience communautaire prémunit contre le risque de scientisme, idéologie extérieure à l’homme.

Daniel Caniou - Communauté de Planel del Bis




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