Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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A bas l’armée ! - Pétrus
Le mouvement anarchiste n°3 - Octobre 1912
Article mis en ligne le 19 mars 2017
dernière modification le 6 octobre 2017

par ArchivesAutonomies
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Ce cri de : A bas l’armée ! qu’il soit notre salut et notre message aux centaines de mille de jeunes gens sur qui va sévir l’abjecte législation militaire. Ce cri, nous le jetons en clair défi aux juges, mouchards, aux abjects politiciens, gardiens et exploiteurs de la vile et criminelle patrie.
Vers vous qui partez, jeunes gens, à vous qui allez vers l’ignominie des casernes, vous qui allez revêtir l’infâme et baroque livrée du militarisme imbécile, vers vous va notre douloureuse pitié et notre colère vers les canailles qui vous contraignent à gâcher aussi misérablement les plus belles années de votre existence.
Certes, plus encore va notre sympathie, avec notre admiration, vers ceux qui ont trouvé en eux d’énergie de se soustraire à l’infamante servitude, ceux qui ont accepté froidement les difficultés et les tristesses, les tracasseries et les misères de cette désertion, où tant d’hypocrites ou de naïfs prétendent voir un acte de lâcheté.
Pour vous, qui vous résignez à la servilité militaire imposée, comme hélas, nous nous résignons tous les jours à tant de quotidiennes servitudes, ce que nous demandons, c’est de ne pas vous laisser avilir par le triste régime que vous allez subir.
Si la bourgeoisie, si nos gouvernants républicains comptent sur leur armée pour maintenir par la force leur exécrable domination, ils comptent aussi sur elle, sur l’abominable éducation militaire pour leur façonner les générations de citoyens disciplinés et d’exploités dociles, dont ils ont besoin pour la satisfaction de leurs appétits.
Ce que nous vous demandons, camarades conscrits, camarades soldats, c’est de prendre conscience de l’immonde rôle qu’on entend vous faire jouer, du travail de démoralisation qu’on entend exercer sur vous, de rester, même dans la caserne, même sous la capote, des hommes, c’est-à-dire de mauvais soldats, de mauvais citoyens ; tenez-vous prêts, au jour où l’on voudrait vous ordonner des interventions criminelles, des actes de meurtre ou de forfaiture envers la cause du peuple et des misérables, soyez prêts, camarades, aux indispensables désobéissances et aux fermes résistances.
Ce n’est pas seulement notre voix, celle des communistes anarchistes et du prolétariat révolutionnaire, c’est encore plus éloquent l’exemple admirable donné par maints de ceux qui vous ont précédés sous l’ignominie des drapeaux.
Pour citer un fait au. hasard entre tant d’autres, lorsqu’en pleine grève des cheminots, le répugnant Briand mettait les troupes républicaines au service des Compagnies ploutocratiques pour aller monter garde au long des voies, protéger le bien des capitalistes contre les courageux saboteurs, il se trouva un soldat, notre camarade Lecoin, pour refuser d’accomplir l’odieuse corvée, cette trahison envers les prolétaires en révolte.
Innombrables sont les cas qui peuvent se présenter et où tu peux avoir à prendre de telles déterminations. Que l’exemple de Lecoin te dise qu’il vaut mieux affronter le conseil de guerre, la prison, les représailles, que de devenir un misérable et un assassin honoré de la confiance et des récompenses de tes misérables chefs.
Voici ce que nous avons tout d’abord à te dire. Ces conseils, nous en assumons la responsabilité, comme toi tu peux avoir à prendre les tiennes. Nous ne te dissimulons pas les conséquences que peuvent avoir pour toi l’acte de rébellion auxquelles les circonstances t’auront obligé.
Nous te conseillons donc les désobéissances nécessaires. Et c’est, nous tenons à le dire, en ce temps de reculades et de circonspections, un des titres d’orgueil et de gloire dont puissent le plus s’honorer les anarchistes, que d’avoir toujours, en dépit des représailles crapuleuses de toutes les rigueurs gouvernementales, combattu sans trêve ni concession le militarisme assassin et pris pour cri de ralliement le noble et généreux cri de : A bas l’armée !

* * * * *

Ce cri, camarade, tu l’accueilleras avec joie, comme un prisonnier qui entend menacer sa prison. As-tu besoin de me dire que tu souffres de l’existence imbécile que l’on t’impose, de cette vie abrutissante et imbécile, des affections de ta jeunesse stupidement rompues. Ne voudrais-tu pas, camarade, nous aider à faire que d’autres ne subissent pas ce que tu subis, et les humiliations, et les sottises, et les ignominies de ta vie de soldat, et toutes les turpitudes de notre "civilisation" capitaliste.
Vois-tu, camarade, la vie pourrait être belle, les hommes pourraient vivre joyeux dans l’entr’aide féconde, se partager en paix le fruit des labeurs utiles. Hors les hideurs, servilisme, parasitisme, cupidités, vaincues la misère et la faim. Du merveilleux outillage des industries modernes, aujourd’hui instrument de spéculations meurtrières et funestes, de cet outillage reconquis par les travailleurs, on pourrait faire l’instrument du bien-être et de la liberté et de tous. On pourrait vivre sans maîtres et sans bourreaux, sans galonnés, gouvernants ; ni exploiteurs.
Voilà ce que veulent les anarchistes, voilà ce qu’ils veulent conquérir ; et c’est pourquoi les uns les traitent de fous et les autres de criminels.
Et c’est parce que l’Armée est la gardienne de toutes les infamies sociales, de toutes les barbaries, l’école et l’exemple de toutes les turpitudes autoritaires, que nous lui consacrons les meilleures et les plus énergiques de nos haines.
Camarade soldat, les gredins qui nous oppriment attendent de toi les besognes les plus viles. L’on t’ordonnera d’aller veiller sur les prisons où la société torture les misérables coupables d’avoir enfreint son Code infâme du capital, de veiller là, prêt à assassiner le fugitif qui tenterait de s’évader de ce lieu de souffrance. On te dira de maintenir l’ordre autour de la sanglante guillotine aux matins où Fallières et Deibler perpètrent les basses -oeuvres de la défense bourgeoise. Que dis-je ? L’on t’ordonnera peut-être un jour de fusiller l’un de tes camarades de chambrée, coupable de s’être révolté contre les insolences et les brutalités de quelque galonnard.
Et puis, il y a surtout notre exquise et délicieuse Patrie, qui compte sur toi pour sa défense. On te dira d’aller massacrer et te faire massacrer, d’aller t’entr’égorger avec d’autres infortunés — au bénéfice de quelques exécrables gredins. Il y a la patrie républicaine et son drapeau, ce fameux drapeau de Valmy, dont on essaie de restaurer le prestige, le drapeau sous lequel les pauvres bougres allaient se faire tuer — sous prétexte de souveraineté nationale -et autres droits de l’homme — au profit des spéculateurs en biens nationaux et des fournisseurs aux armées et de toute la bourgeoisie triomphante. Ce drapeau, sous les plis duquel les Lyautey, les d’Amade, les Moinier, ont couvert le Maroc de massacre et d’horreur, au bénéfice de la "Banque de Paris" et de ses alliés rothschildiens, commanditaires de l’atroce entreprise.
Il y a les tueries européennes que des misérables préméditent. Soit que les implacables effets de la concurrence capitaliste obligent les bougeoisies rivales à vider par la guerre leurs différends, soit que les gouvernements, affolés, voient dans la guerre le suprême moyen d’étouffer le mouvement révolutionnaire.
Ce sont des éventualités, camarades soldats, auxquelles vous et nous devons nous tenir prêts. Il faut qu’à ce Moment l’on mette, coûte que coûte, nos immondes gouvernants hors d’état d’accomplir leurs criminels desseins. C’est le sabotage de la mobilisation qui s’impose, la révolte des soldats, la grève des appelés, les canons et fusils mis hors de service, les explosifs fusant -en feu d’artifice dans les poudrières saccagées, les chemins de fer sabotés et les locomotives, qui devaient traîner tant d’êtres humains aux tueries,
immobilisées.
Et c’est surtout l’élan fraternel des peuples que l’on voulait faire s’égorger et qui communient dans le même mouvement de féconde révolte, c’est la révolution internationale déclenchée.
Car ne le crois pas ce que t’on dit des politiciens sans scrupules. C’est partout, à travers le monde, que croît la bonne semence de l’antipatriotisme libérateur, depuis l’Allemagne, où toutes les persécutions impériales n’ont pu arrêter l’essor de nos idées libératrices, jusqu’à nos héroïques camarades de l’Extrême-Orient asiatique ; partout, à travers les continents de la planète, les prolétariats acclament l’idée de grève générale en cas de guerre et se préparent à faire leur devoir.
Et sans doute, bientôt, prenant audacieusement les devants, d’un accord magnanime et unanime, juguleront-ils l’abject militarisme, en refusant leur force de travail à la fabrication de l’outillage de meurtre, en refusant leur concours à son exécrable usage, en brisant par tous les moyens l’immonde obstacle à leur libération, assurant ainsi la transformation sociale la plus grandiose, à laquelle aura jamais assisté l’humanité.
A quels misérables moyens le militarisme aux abois n’est-il pas réduit pour défendre son influence et son prestige expirant. Pour tenter d’endiguer la révolte, il lui faut des supplices et des tortures, des compagnies de répression pour mater les Bintz, des bataillons d’Afrique où l’on assassine les Aernoult. Mais par là il ne fera qu’exaspérer notre salutaire exécration, hâter l’instant libérateur de son écrasement, l’abolition de l’abominable armée, affaiblie chaque jour davantage par la désertion et l’insoumission, minée par cet esprit d’indiscipline qui fait le désespoir des gouvernants.
Aussi est-ce avec confiance que, joignant notre voix à l’immense voix de l’antimilitarisme international, nous jetons cette clameur de nos haines et de nos espoirs :
A bas l’armée ! Vive l’anarchie !

PÉTRUS.




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