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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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"Le Matin" hurle à la mort - Combes
Le mouvement anarchiste n°3 - Octobre 1912
Article mis en ligne le 19 mars 2017
dernière modification le 6 octobre 2017

par ArchivesAutonomies
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Sur l’ordre de Xavier Guichard, le Matin fait une campagne dans le but d’affoler l’opinion publique à propos de l’affaire dite des "bandits tragiques".
Car le but de la police c’est d’obtenir des têtes, c’est de faire condamner des innocents, c’est d’avoir la revanche de la frousse et de l’incapacité qu’elle a montré.
L’immonde feuille de Bunau-Varilla se prête à toutes les infamies pour servir Guichard.
Il n’y a pas une affaire, un cambriolage, un délit, qui ne se rattache "à la redoutable bande des bandits tragiques".
Tantôt c’est l’automobile grise. Puis on retrouve soudain (?), une motocyclette après neuf mois de séjour chez un bistro. De la sacoche, les policiers retirent un couteau, un browning, etc., choses que, pendant neuf mois, le bistro n’avait pas aperçues !
Un inconnu, voyageant sans billet, se fait prendre, et dans sa fuite il tue un contrôleur trop zélé à défendre les intérêts des actionnaires des compagnies de chemins de fer qui affamèrent les travailleurs. Aussitôt c’est une nouvelle bande qui opérait dans les montagnes (sic.)
L’abject Matin met en manchette "Comment quatre bandits vinrent à Castelnau pour tuer et visitèrent simplement le pays". Quelque part, quatre paisibles touristes, quatre visiteurs de vieux châteaux-forts, doivent rire en lisant ces romans-feuilletons, car le seul crime de ces quatre soi-disant "bandits" est d’avoir demandé à un brave homme un banal renseignement sur la vieille tour du château de Castelnau.
On se souvient de cette comédie grotesque qui se produisit à la sortie de la Banque de France, quelques mois après l’affaire de la rue Ordener ?
La police avait organisé un attentat contre un encaisseur qui portait, paraît-il, dans sa sacoche, un million ! A la sortie un mouchard s’élance sur l’encaisseur. D’autre mouchards l’arrêtent. Mais la mise en scène fut si grotesque que malgré la presse servile, le bon sens populaire comprit qu’on se moquait du monde. L’auteur de l’attentat fut arrêté ? Qu’est-il devenu ?
Ces comédies et ces romans grotesques nous feraient rire, s’ils n’avaient un but criminel : Guichard veut affoler l’opinion publique, afin d’obtenir la condamnation des innocents qu’il a emprisonnés.
Le Matin hurle à la guillotine ! Il faut du sang à Guichard et à Bunau-Varilla !

* * * * *

Nous combattons avec acharnement la politique néfaste de la Guerre Sociale, mais nous sommes obligés de reconnaître que cet organe est le premier, après le mouvement anarchiste, à prendre la défense de notre camarade Gauzy.
Qu’attendent donc les autres organes de la presse d’avant-garde pour suivre cet exemple ?
Croient-ils qu’on fera reculer la répression du pouvoir et le scélérat Guichard en s’occupant des chiens crevés ou bien en comptant les grains de café qui arrivent d’Amérique ?
Qu’attendent les quelques journalistes qui firent quelquefois preuve de courage ?
Car de plus en plus l’infamie qui se trame contre Gauzy apparaît. On veut établir qu’il a fait tuer Jouin par Bonnot et qu’il est responsable de sa mort. Dans notre dernier numéro, nous avons démontré la fragilité de. cette inculpation, et la Guerre Sociale a .apporté, par deux fois, des faits nouveaux.
Or, le vrai responsable, c’est Guichard, qui envoya Jouin avec l’espoir de le faire tuer. On se rappelle la rivalité de ces deux individus, d’ailleurs aussi fripouilles l’un que l’autre.
Mais Gauzy n’est pas la seule victime de Guichard. S’il risque sa tête pour avoir exercé le noble droit d’asile, il y a les autres. Tous ceux qu’on accuse d’avoir eu des relations avec les "bandits" qui sont morts ou bien de leur avoir donné asile lorsqu’ils étaient traqués. Ils sont inculpés d’association de malfaiteurs et de recel de malfaiteurs.
C’est contre cette accusation que doivent s’élever tous les hommes qui ont quelque sentiment de justice au coeur, tous ceux qui ne veulent pas voir disparaître une liberté séculaire, le droit d’asile, qui ne veulent pas voir condamner des hommes qui ont montré la noblesse de leur sentiment en refusant de vendre, contre une fortune, leurs hôtes à la Haute Banque et à la police.

* * * * *

En outre, qui ne serait troublé par les témoignages indécis de la plupart des témoins dans cette affaire ténébreuse, dont les dessous policiers ne seront peut-être jamais connus ?
La police, aidée par la presse vénale, a terrorisé les témoins ; si bien que ceux-ci reconnaissent, par exemple, Dieudonné comme ayant participé à l’attentat de la rue Ordener, -alors que Dieudonné était à Nancy ; ce qu’il a prouvé. N’importe, le juge maintient l’accusation. Le malheureux Gaby, détraqué par la secousse reçue, n’a-t-il pas reconnu successivement plusieurs individus et n’a-t-il pas -dû ensuite se rétracter ? Et ce n’est pas la grotesque confrontation dans le cabinet de Gilbert qui pourra prouver quelque chose contre Dieudonné, mis parmi des bourriques dans un équipement bien différent. D’ailleurs, à première vue, nul ne saurait se tromper entre un citoyen ordinaire et une ou plusieurs bourriques.
De même, au moment où la fusillade crépitait à Chantilly, où les gens fuyaient affolés, qui peut soutenir que des passants se soient avisés de noter minutieusement la signalement des "bandits" à l’automobile.
Des témoignages contradictoires ont été faits, et l’homme à la carabine, le seul qu’on ait pu voir un moment, a été reconnu dans plusieurs individus différents.
Je dis à ces témoins terrorisés par la police, influencés par la campagne criminelle de la presse :

"Quelle que soit votre haine contre ceux qui commirent les attentats que vous blâmez, réfléchissez que sur les quatre hommes, trois sont morts et que la police veut en perdre vingt-deux. Vous allez donc faire condamner des innocents. Avant de prendre de terribles responsabilités, faites votre examen de conscience, si vous ne voulez pas ; au matin où se dressera la sinistre guillotine, être éclaboussés par le sang qui en giclera et assaillis par d’éternels remords."

Henry COMBES.




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