Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Documents de la minorité (suite)
{Bilan} n°37 - Novembre-Décembre 1936
Article mis en ligne le 2 avril 2017
dernière modification le 29 mars 2017

par ArchivesAutonomies
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RESOLUTION DES CAMARADES BIONDO ET ROMOLO

(Après leur retour du front et avoir pris contact avec la délégation officielle de la fraction.)
L’Espagne, en ces moments, est la clé de voûte de toute la situation internatio­nale. De la victoire d’une des différentes forces en lutte sortira une situation différente pour l’Europe. La victoire de Fran­co signifierait le renforcement du bloc mili­taire de l’Italie et de l’Allemagne. La vic­toire du Front Populaire signifierait le renforcement du bloc militaire antifasciste (tous les deux conduisent à la guerre impérialiste : et la victoire du prolétariat qui serait le point de départ d’une reprise mon­diale de la révolution prolétarienne.
En Espagne nous nous trouvons devant une situation objectivement révolution­naire.
Les élections de Février se concluant par la victoire du Front Populaire ont été un étouffoir, une soupape de sûreté qui a em­pêché l’explosion violente des graves con­trastes entre les classes. Les grandes grè­ves et l’agitation qui les ont suivi en sont la démonstration.
La menace révolutionnaire du proléta­riat a décidé la bourgeoisie à prendre les devants pour avoir l’avantage de l’initiati­ve. De ces prémisses l’on arrive à la con­clusion que la lutte n’est pas entre deux fractions de la bourgeoisie, mais entre bourgeoisie et prolétariat. Et que le prolé­tariat prend les armes pour défendre ses conditions de vie et ses organisations de l’assaut de la réaction. Pour les mêmes rai­sons pour lesquelles les prolétaires ont pris les armes contre Kornilov, les ouvriers es­pagnols ont pris les armes contre Franco.
Il ne s’agit pas du dilemme démocratie­-fascisme, mais du dilemme capitalisme-pro­létariat. Et si la bourgeoisie reste virtuel­lement au pouvoir, si les rapports de pro­priété n’ont pas subi une transformation profonde, la cause doit en être recherchée dans le fait que le prolétariat n’est pas ar­mé idéologiquement, ne possède pas son parti de classe.
L’existence du parti de classe aurait ré­solu la question en faveur du prolétariat dès les premiers jours de la lutte. La ré­volution espagnole n’est pas encore entrée dans son cours descendant et les possibi­lités de victoire du prolétariat ne peuvent être exclues d’une façon catégorique.
Devant le capitalisme qui lutte sur deux fronts, le prolétariat doit lutter sur les deux fronts : le front social et militaire. Sur le front militaire le prolétariat lutte pour dé­fendre ce qu’il a conquis avec des décades de lutte ; sur le front social, le prolétariat doit accélérer le processus de décomposi­tion de l’Etat Capitaliste, forger son parti de classe et les organes du gouvernement prolétarien, ce qui permettra de donner l’assaut au pouvoir capitaliste. Sur le front militaire, dès aujourd’hui, le prolétariat tend à jeter les bases de l’armée rouge de demain. Dans les zones que, successive­ment, les milices occupent, l’on passe im­médiatement à la formation de comités de paysans et à la collectivisation des terres, et cela au nez des gouvernements de Madrid et de Barcelone.
"Le groupe constitué en Espagne consi­dère qu’il n’a pas rompu avec les principes de la fraction et pour cela il ne peut pas ne pas être reconnu. On nous demande de rompre tous les contacts avec le POUM : ces contacts n’ont jamais existé. Dissoudre la colonne n’est pas en notre pouvoir parce que ce n’est pas nous qui l’avons consti­tuée. Quant à se disperser entre les prolé­taires dans les lieux de travail, cela sera fait à mesure que les possibilités le permet­tront.
(Ce document doit être considéré com­me une réponse à la résolution de la C. E. du 27 -8-36 et dut être écrit à la fin du mois de septembre.)

DECLARATION

Un groupe de camarades de la minorité de la Fraction italienne de la gauche ita­lienne, désapprouvant l’attitude officielle prise par la Fraction envers la Ré­volution espagnole, a brisé brusquement tous liens disciplinaires et formalistes en­vers l’organisation et s’est mis au service de la Revolution, allant jusqu’à faire par­tie des milices ouvrières et à partir combat­tre au front.
Aujourd’hui, une nouvelle situation se présent,. pleine d’inconnu et de périls pour la·classe ouvrière : la dissolution du Comité Centrale des Milices Antifascistes, organisme surgi de la Révolution et garantie du caractère de classe des Milices ; et la réorganisation de cette dernière en une armée régulière dépendante du Conseil de Défense, déformant le principe de la milice volontaire ouvrière.
Les nécessités du moment historique que nous vivons, imposent une vigilance extrê­me aux éléments d’avant-garde du prolé­tariat, afin d’empêcher que la masse enca­drée dans le nouvel organisme militaire puisse devenir un instrument de la bour­geoisie, qui sera un jour employé contre les intérêts mêmes de la classe laborieuse. Ce travail de vigilance peut être d’autant plus efficace que les organisations de classe acquerront conscience de leurs intérêts et dirigeront leur action politique dans un sens exclusif de classe.
Le travail politique dans ces organisa­tions assume une importance primordiale qui n’est pas moins intéressante que les tâ­ches militaires au front.
Ces mêmes camarades, tout en restant fermes sur le principe de la nécessité de la lutte armée au front, n’ont pas accepté d’être encadrés dans une armée régulière qui n’est pas l’expression du pouvoir du prolétariat, et au sein de laquelle il serait impossible de déployer une fonction poli­tique directe. Ils peuvent, par contre, don­ner aujourd’hui une contribution de plus grande efficacité à la cause du prolétariat espagnol dans le travail politique, et social indispensable pour préserver et renforcer l’efficience idéologique révolutionnaire des organisations ouvrières qui doivent repren­dre sur le terrain politique et social l’in­fluence que les nouvelles conditions ont at­ténuées au sujet de la direction militaire.
Ces mêmes camarades, en abandonnant leur poste de miliciens de la colonne inter­nationale Lénine, restent toujours mobilisés à la disposition du prolétariat révolution­naire espagnol et décident de continuer à dédier sur un autre terrain leur activité et leur expérience jusqu’au triomphe définitif du prolétariat sur le capitalisme dans toutes ses formes de domination.

Barcelone, le 22 octobre 1936.




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