Aux travailleurs manuels, partisants de l’action politique

Au nom d’un groupe de Proscrits lyonnais : François Dumartheray
mardi 2 mai 2017
par  ArchivesAutonomies

Te voilà à la veille de nommer tes soi-disant représentants qui ne t’ont jamais représenté du tout, c’est pourquoi, travailleur comme toi, je viens te dire : ABSTENTION !!! et voici pourquoi : la bande gouvernante et aspirant à gouverner va de nouveau te conseiller de voter et t’agiter pour nommer Pierre ou Paul.
Pour eux, ce n’est qu’une question d’amusement, l’un leur va aussi bien que l’autre, car tous ont le même intérêt, ils l’ont prouvé en Mai 1871. Ce jour, leur masque est tombé, et on a vu disparaître les partis politiques ; dès ce moment la société se trouve divisée en deux camps, ventres pleins et ventres vides, voleurs et volés. Restons dans le nôtre et laissons les aspirants au pouvoir s’agiter seuls.
Pour te faire voter ils te disent qu’ils demanderont l’amnistie (d’abord ils n’avaient qu’à ne pas condamner), ces coquins ne gardent cette corde que pour les bons moments. Qu’ont fait les partis politiques, même le parti radical ; à la demande d’amnistie faite par Naquet ils ont répondu par le mépris en votant la proposition Langlois (le Proudhonien) qui était la question préalable, ils savaient bien qu’en faisant l’amnistie, leurs anciens électeurs pâles et décomposés, pouvant à peine se tenir debout, viendraient leur dire : qu’avez-vous fait du mandat que nous vous avions confié, comme toujours vous nous avez trompés, vous avez fusillé nos mères ; et nos enfants, où sont-ils ? Arrière misérables ! Ils veulent à tout prix éviter ce spectre qui ne les quitte pas un instant, donc ne comptons pas sur l’amnistie, jamais ces bourgeois qui n’ont rien dans la peau qu’une vessie de cochon qui leur teint lieu et place de cœur, ne consentiront à sortir Trinquet de ses fers, ainsi que ses compagnons. N’attendons l’amnistie que des efforts que nous ferons pour faire la révolution sociale, car elle seule ira ouvrir le couvercle de la tombe où ils ont été jetés vivants et les arracher à leur bourreau. Ainsi ne perdons pas un moment à politiquer, pensons à nos martyrs, et que dans un moment de rage, nous puissions d’un coup d’épaule abattre l’édifice bourgeois.
Maintenant il y a une grande partie de travailleurs qui croient qu’il faut voter et que l’on ne peut pas faire autrement, il y a aussi de petits bourgeois qui se disent rrrrévolutionnaires ? Et qui te disent que sans l’autorité il n’y a pas de révolution possible.
Donc les politiqueurs peuvent se classer ainsi, les ambitieux, et ils sont nombreux, qui sont et seront je crois même après leur mort candidats, ne serait-ce qu’à une place de garde champêtre ; ceux-là sont les plus dangereux, ils ne comprennent rien et ne veulent rien comprendre, tellement l’espérance leur ferme les yeux, ils te traîneront au scrutin même par force et par toutes les promesses possibles, ceux-là sont des misérables qu’il faut mépriser et auxquels on doit refuser la main car ils ont conscience du mal qu’ils font. Les ignares qui discutent gravement l’équilibre européen et vont aux réunions publiques pour pouvoir faire les malins en discutant si Gambetta a un œil de verre ou la grosseur de la bosse à Naquet, le terrible intransigeant, ceux-là il faut les arracher au stupide entraînement qu’ils éprouvent à entendre ces farceurs, et leurs faire une bonne propagande socialiste.
Maintenant, il reste une certaine quantité d’hommes dévoués à la révolution qui croient que l’action politique est un moyen pratique pour arriver au socialisme, c’est une erreur que les communistes anarchistes ne veulent pas partager, et d’abord pour faire de l’action politique il faut s’allier avec un parti, ce parti ne peut pas être autre que le parti radical, alliance aussi écoeurante que celle de quelque parti politique que ce soit, alors il nous faut examiner le programme de ces fameux radicaux qui alliés aux autres ont assassiné, déporté et fait mettre à la porte à coup de pied ces pauvres petits enfants qu’ils venaient de faire orphelins.
Nous ne nous donnerions pas la peine de discuter ce programme de ces ventres pleins si ce n’était que nous cherchons tous les moyens de dissiper l’erreur de nos amis, et commençons par la liberté de la presse, c’est un leurre car quand on n’a pas d’argent pour faire un journal à quoi nous sert-elle, et même aurions-nous pour faire une feuille que l’imprimeur serait ruiné pour avoir imprimé un journal qui serait contraire aux intérêts bourgeois, et il faut encore avoir le temps de l’écrire. C’est comme de toute la politique il faut savoir dire des nigauderies, ce que le travailleur ne peut faire, et en admettant pour un moment qu’il le puisse, il se produirait en France comme cela est déjà en Amérique une quantité de feuilles de toutes sortes que le bourgeois donne pour rien et certainement la lutte ne serait pas longue, donc la liberté de la presse ne peut être bonne que pour les bourgeois, c’est-à-dire les voleurs et non pas pour les volés. Liberté de réunion et d’association, quelle blague ! Et c’est pour cela que les radicaux la demandent, car, que diable peut-on faire quand n’on a pas le sou ! On a beau s’associer on ne peut rien faire que d’entendre les plaintes des malheureux qui meurent de faim, le grand dada c’est que l’on peut faire de la coopération, si on n’a déjà pas de quoi manger il serait bien difficile d’en faire et l’expérience a été faite et pas en faveur des partisants et puis réunissez-vous, on vous demande encore de l’argent pour payer la salle et il est certain que les réunions publiques ne dureraient pas un an, deux tout au plus, si la liberté était complète, si les réunions étaient pleines sous l’empire, c’est parce qu’il y avait quelque chose à craindre et l’autorité à narguer et encore cela serait comme dans le journalisme un tournoi d’éloquence où souvent nous serions les dupes.
Mais, me dira-t-on, comment faire la propagande si nous n’avons pas cela, nous ferons ce qui se fait à présent pour la soi-disant révolution politique, et je suis certain que quand on est poursuivi, traqué, en un mot, quand le fruit est défendu, la propagande est bien plus facile et plus efficace, on a l’appui de tous, il y a une masse de propagandistes qui peuvent très bien se faire comprendre de quelques personnes, et s’il fallait aller devant un public nombreux, il leur serait impossible de parler et alors la réunion publique ne profite qu’à ceux qui savent manier la parole et ce n’est pas dans notre classe qu’il s’en trouve, et là encore cette liberté est comme les autres, illusoire.
Voyons s’il vaut la peine de parler de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Pour nous communistes anarchistes qui ne voulons pas être gouvernés, nous n’avons que faire de cet os à ronger, nous voulons tout simplement la suppression de l’église et soigner les illuminés (et ne pas soigner l’Etat puisque nous en demandons la suppression) donc nous ne nous y arrêterions pas si ce n’était que nous nous sommes engagés à examiner le programme derrière lequel nos amis voudraient nous entraîner.
Avec l’Etat, nous disent-ils, nous ferons le bien, tandis que ceux qui l’ont maintenant font le mal. D’abord le bien devient le mal quand il est imposé, puis pour faire quelque chose il faut avoir la force pour l’imposer au besoin, et quand vous aurez la force et par cela même que vous vous imposerez vous serez ennemi, puisque, nous aspirant à être libres ce n’est pas pour nous donner de nouveaux maîtres, car nous n’en voulons d’aucune façon. Mais supposons pour un instant que l’autorité peut faire le bien, cela ne se peut pas, mais pour bien faire voir dans quelle illusion sont certains révolutionnaires nous allons voir comment ils pourront y arriver.
Quelques bonshommes nous auront fait travailler pendant au moins un quart de siècle ou deux pour avoir le pouvoir, on nous aura enlevé nos plus énergiques propagandistes pour en faire des aspirants , même des hommes d’Etat. Des révolutionnaires qui ne se trouvent plus avoir les mêmes besoins n’auront, par cela même, plus les mêmes aspirations et arriveront à n’avoir que de la haine et du dédain pour les leurs. Ces mêmes hommes, qui auraient été d’une grande valeur et qui auraient rendu de grands services à la Révolution deviendront des misérables. Et les coupables sont ceux qui servent de marche-pied à ces gredins !
Mais nous allons supposer pour un moment que nous trouverons une quantité d’hommes de la trempe de Blanqui et du savoir d’un Liebknecht. D’abord, ce jour-là, les électeurs auront déjà la conscience révolutionnaire, et l’Etat aura vécu ; mais l’on dit souvent, et là on nous le dira bien davantage, c’est que l’élu sera plus avancé que l’électeur. Eh bien admettons. Alors qu’arrivera-t-il ? Lorsque la bourgeoisie verra qu’il y a péril en la demeure, ils feront ce qu’a fait Bonaparte Ier et que son crétin de neveu a répété, ou bien il se trouvera quelque grand Castelar et pas mal de compères Pavia, et le tour sera joué.
Mais, nous dira-t-on, c’est la Révolution, non on n’a pas commis le crime de faire prendre pendant un siècle l’ombre qui est la politique pour la réalité qui est la Révolution sociale. Il y aura probablement un 4 Septembre et des roués pour escamoter le mouvement. Par conséquent ne nous laissons pas mettre continuellement entre les jambes ces stupidités que sont séparation de l’Eglise et de l’Etat. On dit souvent que pour supprimer l’Etat, il faut en faire partie, comme si pour supprimer l’Eglise il fallait se faire curé ou évêque, donc c’est une illusion de laquelle il faut se départir.
On nous dit instruction laïque, obligatoire et gratuite, je ne suis pas pédagogue, je ne discuterai pas les méthodes d’instruction, mais ce que je puis dire, c’est que l’on apprendra dans les écoles que l’autorité est nécessaire, qu’on ne peut pas s’en passer, qu’on serait perdu si elle n’existait pas et même on dira qu’elle est d’essence divine, car, quoi que l’on dise laïque, cela n’empêche pas de parler de Dieu, au contraire.
On dira que la propriété individuelle est chose splendide, et que le patron est un honnête homme, que l’ouvrier qui meurt de faim est un mange-tout et un grand fainéant, quoiqu’il travaille depuis l’âge de six ans, et qu’il n’a jamais pu faire un bon repas et que le bourgeois qui lui vole le sein de sa mère, lui a rendu un grand service ; et comment forcer l’enfant qui meurt de faim à aller à l’école, quand il pourrait trouver une poire en faisant l’école buissonnière. Cela ne peut pas être tant que la Société n’est pas changée.
Abolition des armées permanentes. Voilà de quoi faire trembler l’ordre bourgeois ; comme si on pouvait être pouvoir sans avoir la force pour se faire obéir. Ils peuvent très bien faire comme les pays où il n’y en (a) pas, cela n’empêche pas de fusiller au Gothard et ils cassent très bien une tête d’ouvrier en Amérique sans armée permanente ; quand il n’y a pas de soldat il y a des gendarmes, c’est toujours la même chose.
Réforme de la magistrature. Que diable voulez-vous que cela nous fasse de réformer des institutions de voleurs qui condamnent le volé, c’est toujours la suppression que vous voulons.
Impôt progressif. Foutre ! Voilà le grand mot lâché, ce n’est pas rien ça, savez-vous Messieurs ! Eh bien ! C’est comme le tout le reste, c’est illusoire, car au lieu d’avoir un percepteur, il y en aura autant que de bourgeois et, en effet, est-ce que c’est celui qui ne fait rien qui paye, je ne le pense pas. Comment que ce soit que l’impôt s’appelle, il n’y a que celui qui produit qui paye. Il faut bien espérer que nous en aurons bientôt assez de toujours payer. Il y a de grands rrrévolutionnaires qui disent qu ’lon pourra avoir une augmentation de salaire si nous léchions les bottes des radicaux. Eh bien, cela n’est pas dans notre tempérament, ça, c’est bon pour les bourgeois, qui ne cessent, depuis bientôt un siècle, de faire des mamours à la noblesse, et nous savons comment ils répondent à une demande de diminution des heures de travail ou à une augmentation de salaire : ils nous envoient des balles comme tous les exploiteurs ; Donc, de ce côté encore, c’est suppression du salariat que nous voulons, et que tout le monde travaille pour les besoins de tous. Voilà, travailleurs manuels, le programme qui fait trembler (du moins elle fait semblant) la bourgeoisie, ce terrible programme qui part de l’oeil de Gambetta, traverse le ventre de Marcou, culbute Birodet, va se perdre dans la bosse de Naquet, le terrible intransigeant, et c’est derrière ces malheureux que nos amis nous engagent à marcher. C’est épouvantable, laissons donc complètement les radicaux faire leurs armes (ou leurs cabrioles) avec ceux qu’on appelle les anciens partis, car, comme nous l’avons dit, les partis politiques n’existent plus, même dans l’Europe entière, depuis mai 71. espérons que nos amis, bientôt désillusionnés, viendront prendre la place qu’ils n’auraient jamais dû quitter et nous ennemis du pouvoir, quels qu’ils soient. Mettons nous avec ardeur à nous faire une conscience révolutionnaire et quand nous serons bien trempés, dévouons-nous à communiquer notre ardeur à nos frères des campagnes et des villes qui souffrent, ils ne mettront pas longtemps à nous comprendre, car ils ont déjà l’instinct révolutionnaire ; il n’y a que la politique qui les empêche de faire leur devoir.
Voyons maintenant ce qu’il faut être pour être révolutionnaire ; il faut d’abord être persuadé que la société actuelle n’est et ne peut être qu’un outrage constant à l’humanité, et qu’il est de notre devoir de la culbuter ; et pour cela, tous les moyens sont bons ; entendons-nous bien, ceux qui ne laissent pas à l’équivoque une part aussi grande que la politique, mais bien la haine de tout ce qui nous gêne et qui est autorité. Une fois bien inculquée dans cette partie du peuple qui n’a eu devant les yeux que le voile et la grosse caisse des politiqueurs, la révolution sociale ne sera pas éloignée, révolution qui doit nous amener à la terre promise, c’est-à-dire au communisme anarchiste. Là seulement nous pourrons parler de liberté ; ce ne sera plus une illusion, mais la vraie liberté économique, car tant qu’il y aura la propriété individuelle et l’autorité paternelle, il n’y aura pas liberté. Ce que nous voulons, c’est la non propriété de tout ce qui existe et la liberté de la femme par l’union libre, et que l’enfant soit libre autant des uns que des autres ; en un mot, nous ne voulons de borne à cette liberté qu’autant qu’elle gêne celle d’autrui, et nous formerons une société ; bien entendu que, si cela nous plaît, si nous voulons rester seul, cela est notre droit indiscutable.
A part les brochures de mes amis Perrare et Colonna, qui viennent de paraître, le groupe va publier prochainement une brochure ayant trait au communisme anarchiste, et nous pensons que là, ayant plus de temps, nous pourrons donner une définition exacte de ce que nous concevons par communisme anarchiste.
Travailleur ! Ne te laisse plus traîner au scrutin par cette bande de politiqueurs qui te boulangent l’existence ; étudie, tâte-toi les flancs, et quand tu auras conscience de tes besoins, tu ne resteras pas longtemps à comprendre ce qu’il faut que tu fasses pour les satisfaire, et tu seras de notre avis que rien n’est vrai, que rien ne peut t’éviter de souffrir, que rien ne peut éviter que ton enfant soit sans souliers, ta sœur insultée, trompée, ta mère mourante sur un lit d’hôpital, que le voleur guette pour la disséquer, pour le plus grand bien de la bourgeoisie, si ce n’est le communisme anarchiste, c’est-à-dire à chacun suivant ses forces, et à chacun selon ses besoins, et dis avec nous : Anarchie et Révolution !

Au nom d’un groupe de Proscrits lyonnais : François Dumartheray


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