Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Soldats !
Placard diffusé aux soldats - 27 avril 1890
Article mis en ligne le 10 juin 2017
dernière modification le 9 mai 2017

par ArchivesAutonomies
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SOLDATS !

Le 1er mai, les ouvriers descendront dans la rue demander qu’on mette un terme à leur misère.
Ces ouvriers, vous le savez, sont vos parents, vos frères, vos amis. Leurs souffrances, vous les avez éprouvées avant d’entrer à la caserne ; vous les éprouverez encore lorsque votre corvée sera terminée. Le sort, dont ils se plaignent amèrement - le chômage, la misère, - vous attend vous aussi ; lorsque vous dépouillerez votre uniforme et rentrerez au foyer paternel.
Leurs ennemis - les capitalistes, les bureaucrates, les politiciens - sont les vôtres. Vous connaissez les moyens, auxquels ils ont recours pour s’enrichir, l’horrible exploitation à laquelle ils soumettent les plus frêles créatures, leurs tripotages et leur soif inassouvissable d’or et de pouvoir. Ce sont eux qui font la loi : eux qui la font administrer de la façon la plus inique ; eux qui occupent les hautes places de l’Etat ; eux qui vous courbent sous le joug de la plus brutale discipline - vous, enfants du Peuple, vous fleur de la jeunesse de votre classe, - pour vous lancer à un commandement contre les vieillards, les femmes, et les enfants, venant réclamer le pain quotidien.
Tout a été fait pour éviter la lutte : notre patience dure depuis des siècles : mais les exploiteurs sont sans pitié pour nos larmes et nos angoisses : Ils comptent sur vous : c’est vous qui devez les défendre : c’est de vos baïonnettes que doit couler le sang du pauvre : c’est vos coups qui doivent raidir femmes, vieillards et enfants : c’est par la crosse de vos fusils qu’on veut écraser les droits du Peuple.
Vos chefs chercheront par tous les moyens à vous exciter contre nous. Ils nous représenteront comme des brigands ou des égarés. Ils s’efforceront de vous griser avec de grands mots ; peut-être, au dernier moment, distribueront-ils dans les chambrées de l’eau-de-vie pour vous rendre furieux et vous faire enfoncer sans remords vos baïonnettes dans nos poitrines fraternelles.
Soldats, au nom de la Justice et de l’Humanité, au nom de vos parents auxquels on vous a arrachés, au nom de ce que vous avez été et de ce que vous serez encore, ne tirez pas sur vos frères : au moment décisif, levez la crosse en l’air.
Soldats, c’est vous qui déciderez par votre conduite, de notre existence et de notre avenir.
Si le peuple est écrasé, si nos efforts seront noyés dans le sang, si sa délivrance est encore une fois ajournée, si demain l’ouvrier reprend le collier de l’esclavage et s’il meurt de misère, la faute en sera à vous. Ce sera vous que maudiront les mères auxquelles on aura tué leurs enfants. Ce sera par vous que des milliers de jeunes filles seront poussées à se prostituer pour vivre. Ce sera sur vous que tombera la responsabilité des années d’esclavage que devra encore endurer le travailleurs.
Vous être armés, et vous avez dans vos mains votre avenir et le nôtre. Vous n’avez qu’à écouter la voix du sang pour devenir les bienfaiteurs de l’humanité. SI, au lieu d’écouter la voix de la nature, vous écoutez celle de vos officiers - de ces bourgeois, qui vous brutalisent tous les jours et vous traitent en chair à canon - vous serez traitres à votre classe et à vous-mêmes..
Souvenez-vous de cela : et soyez braves, soyez hommes. Tirez contre ceux qui vous commanderont de tirer sur le Peuple.
La Révolution, qui va éclater sera la délivrance pour vous et pour les travailleurs. La société de demain ne reconnaîtra plus d’esclaves de la caserne, plus d’esclaves de l’usine, plus d’exploités, plus de maîtres. Elle ne reconnaîtra, d’un bout du monde à l’autre, que des frères.
Soldats ! Le 1er Mai deux ennemis se trouveront en face :
Nous les travailleurs, las de souffrir et cherchant à améliorer notre sort.
Les exploiteurs, enrichis des millions extorqués au Peuple, et voulant prolonger nos misères.
Si vous prenez parti pour nous, nous seront les plus forts et certainement nous aurons la victoire.
Si vous préférez servir nos tyrans communs, venez, égorgez-nous, avec nos femmes et nos enfants, venez massacrer les vieillards qui espérant dans votre attitude sympathique, exposeront à vos baïonnettes leurs frêles poitrines...
Non ! non ! non ! vous prendrez parti pour vos frères ; et le 1er Mai 1890, soldats et travailleurs ensemble chanteront la Marseillaise des prolétaires, saluant l’aube de l’émancipation humaine.




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