Antimilitarisme et révolution - I - Pierre Kropotkine

Les Temps Nouveaux n° 26-11ème année, 28 octobre 1905.
samedi 27 mai 2017
par  ArchivesAutonomies

Un incident de presse me force à parler de moi-même. Lors de mon court séjour, récemment, à Paris, nous avons eu, aux Temps Nouveaux, entre camarades et amis, une discussion très animée sur la propagande antimilitariste.
Inutile de dire que je considère la propagande et l’action contre le militarisme et la guerre en général d’une absolue nécessité. Il faut faire cette propagande et cette action internationalement autant que possible, et au sein de chaque nation séparée. Mais, je faisais remarquer aux amis, qu’en prêchant la grève des conscrits en temps "de guerre" tout court, et en disant que, le travailleur n’ayant pas de patrie, il devait se désintéresser de la défense de la France, — on ferait fausse route, et on propagerait une idée qui n’est pas juste.
Il ne faut pas que l’on comprenne notre propagande d’une fausse manière. Si la France est envahie par quelque puissance militaire, le devoir des révolutionnaires n’est pas de se croiser les bras et de laisser carte blanche à l’envahisseur. Il est de commencer la révolution sociale, et de défendre le territoire de la révolution, pour la continuer. La formule "grève des conscrits" ne dit pas assez. Elle a l’inconvénient de se taire sur le but essentiel de la propagande, et elle donne lieu à de fausses interprétations. Elle ne dit rien sur la révolution et elle ne dit rien sur la nécessité, dans laquelle les révolutionnaires seront placés, — celle de défendre, l’arme au bras, contre les hordes bourgeoises et impérialistes des envahisseurs allemands, anglais et peut être russes, chaque pouce du territoire français qui se sera mis en révolution. Ces hordes sont elles mieux que les Versaillais ?
Cette nécessité, il faut la reconnaître dès aujourd’hui même. Il ne faut pas en nier l’éventualité, comme on le faisait à la veille de 1870. Il faut y préparer l’esprit du peuple français. A ceux qui prêchent le respect de l’armée nous devons répondre : Seul, le peuple révolté contre ses chefs et ses exploiteurs saura défendre le sol de la France.
L’armée — qu’elle fasse des prodiges de valeur — sera écrasée par le nombre. La révolution, la guerre populaire, la guerre du paysan qui aura reconquis le sol, c’est la seule arme que la France puisse opposer aux bourgeoisies coalisées, prêtes à lancer leurs troupeaux obéissants — voyez les récents discours de Bebel - conte la nation qui fit 1793, 1848 et 1871, et qui prépare une nouvelle révolution, "la sociale".

* * * * *

L’écho de cette conversation a pénétré dans la presse parisienne. Le Temps insérait un article de M. Mille, dans lequel l’auteur donnait, par ouï-dire, quelques passages tronqués de notre conversation, et comme il laissait ce que j’avais dit sur la révolution, il en travestissait évidemment le sens. D’autres journaux renchérissaient dans la même direction.
C’est pourquoi j’ai envoyé au Temps une lettre dans laquelle j’expose mes idées sur le militarisme. Comme elle n’a pas encore paru, je me vois forcé d’attendre jusqu’au prochain numéro pour la reproduire.


Brèves

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9 juillet - ESRI (1891-1903)

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