Antimilitarisme et révolution - III (fin) - Charles Albert

Les Temps Nouveaux n° 30-11ème année, 25 novembre 1905
samedi 27 mai 2017
par  ArchivesAutonomies

Dans le dernier numéro du Libertaire, le camarade Almereyda critique vivement le premier des deux articles parus ici sous le titre : Antimilitarisme et Révolution, et vise spécialement une phrase de cet article. Il ne sera peut-être pas inutile de reproduire ici les explications que j ai adressées à ce sujet aux camarades du Libertaire, en réponse à l’article d’Almereyda.

Chers camarades,

En réponse à l’article d’Almereyda, voulez-vous me permettre quelques éclaircissements ?
Je serais désolé qu’on pût me croire la moindre inclination à la passivité tolstoïenne.

"Laissons-nous fusiller par les bourgeois français, ai-je écrit, plutôt que d’assassiner au nom de fa révolution nos frères allemands, anglais ou russes".

Replacée dans l’ensemble et dans l’allure de l’article visé, cette phrase peut, il me semble, se comprendre assez aisément un peu autrement que ne l’a comprise le camarade Almereyda. Je reconnais cependant qu’elle prête à l’équivoque : je dois donc à ce sujet quelques explications.
J’ai voulu dire exactement :

"S’il n’y a pas moyen de faire mieux (c’est-à-dire si un mouvement insurrectionnel est impossible ou avorte et que nous restions sous l’autorité bourgeoise), laissons-nous fusiller par les bourgeois français plutôt que d’assassiner au nom de la Révolution, etc. (c’est-à-dire avec la pensée que nous travaillons ainsi pour la révolution)."

Je répondais, avant tout, par là, à cette idée de Kropotkine : la France étant la terre de la révolution, il faut coûte que coûte la défendre. Je répondais aussi à cette conception —que je ne parviens pas à comprendre — et suivant laquelle on imposerait par une guerre nationale analogue aux guerres de la Grande Révolution, une révolution sociale, ouvrière, économique.
Et c’est là, en réalité, le nœud même de la question.
Supprimons, en effet, la phrase incriminée. Rien ne sera changé à ce que j’ai voulu montrer.
Le petit jeu des prévisions sur la guerre et sur la révolution, et sur la manière plus ou moins habile de faire coïncider l’une et l’autre, me semble parfaitement vain et c’est là ce qui nous sépare, au fond, avec Almereyda. Pour trop de révolutionnaires, la révolution est n’importe quoi de violent, qui peut arriver n’importe quand, à n’importe quelle occasion. Une pure forme sans contenu. C’est la révolution pour la révolution, quand même. On peut dès lors très aisément arranger les choses d’avance au gré de ses désirs.
Pour moi, toute l’importance d’une révolution est dans les résultats qu’elle doit amener, dans le sens et la physionomie probable de la transformation. Je dirais volontiers : Pas de révolution du tout plutôt qu’une révolution quelconque.
Or, si j’essaye aujourd’hui de me représenter ce que sera, à ce point de vue, la révolution utile de demain, j’ai un seul point de repère. Les seuls hommes, je ne dis pas tout à fait prêts, mais aptes tout au moins à opérer la transformation économique dont nous avons besoin et à lui assurer un lendemain, sont ceux que l’on appelle les syndicalistes révolutionnaires. Ils seront aidés, bien entendu, par tous les hommes de bonne volonté, mais leur esprit dominera, donnera la note, ou rien ne sera fait.
D’autre part, je vois mal ces hommes — étant donné ce que je sais d’eux — disposés à entreprendre une guerre ou une série de guerres nationales — car sait-on où l’on s’arrête dans cette voie ? — pour imposer leurs revendications. Je les vois bien plutôt disposés à montrer que leurs moyen d’action sont valables contre tous les gouvernants, politiques et économiques, dans tous les pays et à lutter contre les réactions coalisées par la coalition entre exploités et révolutionnaires de tous pays.
Alors j’aime autant ne pas tabler sur le nationalisme. révolutionnaire et je conclus :

Au lieu du nous perdre en des prévisions pratiques que l’événement très probablement rendra vaines, au lieu de supputer péniblement le devoir futur, tenons-nous-en au devoir présent qui est en l’espèce la propagande de l’antimilitarisme et de l’antinationalisme. Tachons d’organiser, pour le plus tôt possible, le refus collectif de servir, sans distinction de paix ni de guerre.
Fraternellement vôtre.


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