Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les communistes anarchistes et la femme
ESRI - Etudiants socialistes révolutionnaires internationalistes - 1900
Article mis en ligne le 9 juillet 2017
dernière modification le 20 juin 2017

par ArchivesAutonomies
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Un certain nombre de camarades ont l’intention d’éclaircir, au Congrès ouvrier révolutionnaire internationaliste, un certain nombre de questions relatives à la femme et à la famille. Quelques-uns d’entre eux y attachent une importance très grande, si grande même qu’ils se consacrent presque exclusivement à la tâche de propager leurs idées à ce sujet et semblent dédaigner un peu toute autre propagande.
Nous sommes loin d’être aussi exclusifs. Bien mieux, nous nous serions volontiers abstenus d’employer un rapport à exposer notre point de vue. Nous croyons qu’en général la plupart des questions soulevées à ce sujet son déjà tranchées : nous n’avons pas l’habitude de faire de "distinctions de sexe, de race ou de nationalité" et à peu près tout ce que l’on a pu établir pour l’homme et pour l’ouvrier, s’applique également, à notre avis, à la femme et à l’ouvrière
Il n’en est pas moins vrai qu’au cours de notre action et de notre agitation il est certaines circonstances où nous rencontrons des questions de cette nature. La plupart des propagandistes, par exemple, ne cessent de déplorer l’obstacle que la femme comme femme apporte à la propagande. C’est elle qui entrave souvent l’action du mari et du fils ; qui les retient à la maison par les moyens les plus divers, qui pouvant exercer son influence quotidiennement sans cesse ni trêve, finit par faire triompher sa tendance réactionnaire et égoïste et convertit le compagnon de sa vie en un révolutionnaire "in partibus" ; timide, pusillanime et casanier. De plus, dans certaines branches d’industrie, par suite du développement du machinisme, par suite aussi de certaines aptitudes soit naturelles soit acquises, la femme fournit au capitaliste sa force de travail côte à côte avec les prolétaires masculins, et même dans certains cas à l’exclusion de ceux-ci. Aussi les syndicats et les congrès corporatifs ont-ils dû s’occuper de plus en plus de la présence de la femme sur le marché du travail et régler tant bien que mal les nombreux conflits qu’elle occasionne : inégalités des salaires, surabondance anormale de bras disponibles, etc., etc. Enfin, les idées exprimées par certains propagandistes, les décisions prises par certains syndicats, les résolutions même adoptées par certains congrès ouvriers ou socialistes, nous ont causé un douloureux étonnement : elles nous semblent en complète contradiction avec notre point de vue, avec nos principes. N’avons-nous pas vu considérer par exemple la famille comme un tout indivisible, comme une espèce d’atome social dont l’homme seul serait le représentant immédiat.
On voudrait faire de la femme un être spécial, domestiquement esclave au sens strict du mot. Rien ne nous paraît plus réactionnaire et plus contraire au principe communiste.
Rappelons encore pour mémoire, les étranges aberrations auxquelles certains révolutionnaires se sont laissé entraîner : un peu simplistes, ils ont cru pouvoir régler avec facilité, les questions les plus complexes et les plus délicates que font naître les rapports de l’homme et de la femme. Glorieux de partir de principes individualistes ou scientifiques ils aboutissement aux conclusions les plus pitoyables, à quelque chose comme la promiscuité primitive, au "sexualisme", à l’amour "amorphe".
Sans donc lui attribuer plus d’importance qu’il ne convient, nous pensons pour les raisons précédemment exposées, qu’il peut être utile de s’expliquer sur cette question entre camarades. Si notre rapport contribue à éclaircir certaines idées, ou même simplement à montrer que certaines difficultés sont bien moins faciles à résoudre qu’on ne le croit généralement, notre travail n’aura pas été inutile.

* * * * *

Nous allons, tout d’abord, nous préoccuper des théories qui conçoivent comme absolument nécessaire une division du travail dans la famille, et nous essaierons de montrer qu’elles sont aussi impraticables que réactionnaires.
Plaçons-nous, pour très peu de temps, au point de vue pratique actuel.
On ne peut nier que vouloir interdire le travail aux femmes ayant un mari présente de grandes difficultés pratiques. L’emploi de la femme et même de l’adolescent dans l’industrie découle directement du mode de production bourgeois.
La grande industrie, pour pouvoir fonctionner sur une échelle croissante, doit avoir toujours, sous sa main, une armée industrielle de réserve capable de parer aux extensions et aux contractions brusques de la production, lesquelles sont un des phénomènes qui accompagnent nécessairement l’ordre industriel actuel. L’accès de la femme et de l’enfant aux travaux industriels produit aussi une surpopulation relative, résultat direct du machinisme. Cette surpopulation est absolument indispensable. Vouloir, sinon la supprimer, au moins la restreindre, c’est vouloir s’attaquer aux conditions de la production industrielle actuelle.
Cette tentative est peut-être hardie, elle n’a aucune chance de réussite pratique, elle doit avorter.
Voyons maintenant si au point de vue communiste anarchiste il n’y a pas de fortes raisons de protester contre une pareille attitude. Pour cela il nous faut exposer brièvement ce que nous entendons par communisme anarchiste [1].
Pour nous, le communisme anarchiste est, avant tout ; un système social tendant à la satisfaction des besoins premiers de l’individu, des besoins de nutrition. Le système social doit, à notre avis, être fondé sur la communauté des moyens de production ayant pour conclusion directe la communauté des objets de consommation.
Mais on ne peut se borner à ce résultat, et, cette satisfaction une fois obtenue, d’autres besoins doivent être pris en considération (besoins d’activité - sociaux, moraux).
Le communisme alors a pour complément obligé l’anarchisme, pour la vie sociale, et une certaine morale sans obligation ni sanction extérieures qui règle les relations de différents genres qui unissent les hommes entre eux. L’anarchisme et la morale anarchiste permettent ainsi la satisfaction de ces nouveaux besoins.
On voit donc que le communisme anarchiste comprend d’abord la nécessité de la suppression sociale des obstacles qui s’opposent à ces besoins en général, et aussi d’un système de vie en société tendant à les satisfaire harmoniquement. Ce système de vie sociale implique donc une réciprocité et une solidarité aussi parfaites que possible.
Nous allons d’abord, pour plus de clarté, aborder notre critique en nous plaçant sur le terrain fondamental, au point de vue communiste, nous parlerons après des questions complémentaires.
Le principe sur lequel s’appuient nos contradicteurs, c’est l’opinion peu neuve que la famille est un tout indivisible, l’atome social. Le groupe familial est une courbe fermée et ne communique avec la société que par un de ses membres, l’homme, son représentant immédiat.
Ce dont il faut bien se rendre compte, c’est le caractère exclusiviste et unilatéral de cette opinion : elle pose dans la famille l’homme comme essentiel dont les autres membres ne sont que des prolongements. L’homme est le centre et le pivot de tout le groupe.
Il ne faut pas oublier combien cette idée est réactionnaire, c’est-à-dire remonte en arrière dans le cours de l’évolution. C’est le même principe qui soutenait la famille antique, qui supporte la famille orientale, qui est la base de la famille chrétienne.
Il ne faut pas ignorer non plus quand on la défend que l’on fait de la femme non seulement un être socialement spécial, mais encore un être domestiquement esclave au sens strict du mot. Le rapport d’esclavage est en effet marqué par la dépendance où se trouve un individu vis-à-vis d’un autre qui le possède tout entier parce qu’il lui assure pour un temps indéterminé la subsistance et l’entretien ; l’un entretenant l’autre .parce qu’il le faut pour qu’il puisse en retirer quelque utilité ou quelque satisfaction ; l’autre n’ayant pas même une liberté temporaire et lui devant son existence entière de tous les instants.
Rien que par ces courtes réflexions, on peut s’imaginer combien ces idées sont en contradiction diamétrale avec le principe communiste.
Jusqu’à présent, jusque dans ces derniers temps, le communisme avait été conçu comme également possible pour tous, hommes, femmes et enfants, tous ayant les mêmes possibilités, les mêmes pouvoirs. La question de sexe ne se posait pas et ne pouvait se poser, pas plus que la question de famille, le communisme ayant en vue la satisfaction des besoins primitifs de nutrition. Fondé sur une égalité non de droit ; mais de fait, il devait se borner à donner à chacun (quel qu’il soit). la force de se satisfaire et de vivre d’une façon relativement indépendante.
Le principe communiste est altéré, il s’évanouit non seulement partiellement si l’on ne reconnait pas l’égalité à la femme, mais encore totalement si l’on met la vie de la femme sous la dépendance de l’homme.
Ce qu’il faut bien remarquer, c’est que cette entorse donnée au principe communiste est parfaitement inutile dans la pratique.
On ne peut ignorer que le développement de l’ordre social a produit le développement corrélatif, tantôt mécanique et inconscient, tantôt volontaire et conscient, de l’emploi de la machine. Le machinisme qui, comme on sait, ne peut plus s’arrêter dans son progrès, supprime peu à peu et sûrement toutes les conditions matérielles ou morales qui interdisaient à la femme le travail productif en général. Peu à peu le moindre effort se substitue au plus grand effort, surtout au point de vue musculaire ; les professions où la femme ne pouvait entrer diminuent de plus en plus. On ne peut vraiment pas voir là un grand mal puisque le progrès réalisé pourrait permettre de diminuer la masse relative du travail accompli tout en augmentant sa masse absolue. Il me paraît donc réactionnaire en un certain sens, c’est-à-dire peu conforme à l’évolution industrielle de vouloir maintenant ou plus tard interdire le travail productif à la partie la plus nombreuse de l’humanité, aux femmes.
Ce qui est en jeu ici, c’est en somme la question du salaire. Il nous paraît d’autant plus utile de nous arrêter un moment sur ce point qu’en règle générale le salaire féminin est inférieur à celui de l’homme c’est une règle consacrée par l’usage, par les coutumes, par certains groupements ouvriers même, .par les corps constitués, municipalité,. administrations publiques, etc. Le plus curieux c’est que certains esprits avancés, bien connus et qui croient travailler le mieux du monde en faveur de la femme ne voient là rien que de très légitime parce que à leur avis, le travail de la femme est par nature inférieur à celui de l’homme [2].
On sait que le salaire représente la valeur de la force de travail exprimée en argent. Cette valeur est constituée par le travail moyen nécessaire à la production et à la reproduction de la force de travail. Comme c’est cette dernière et non le travail, qui est achetée, en fait, en achetant cette force, on achète le support de cette force pour toute la portion de l’individu d’où dépend le travail actif. Dans le cas actuel on achète la femme avec ses capacités et ses infirmités. Dès lors, deux choses sont à considérer : 1° la quantité de la force de travail qui se mesure par le temps de travail ; 2° puis aussi la qualité de cette force qui se traduit d’abord par la productivité plus ou moins grande de ce travail appliqué ; elle se traduit par l’intensité du travail. Suivant que le travail est plus productif (grâce aux machines ou à la dextérité de l’ouvrier), ou plus intense (grâce à la plus grande tension de l’ouvrier) les effets utiles sont plus considérables.
Nous avons dit que le prix de la valeur de la force de travail de la femme se mesuraient par des coûts de production et de reproduction. Pour les coûts d’existence, ils sont sensiblement égaux à ceux de l’homme, ils se traduisent par les frais de nourriture, pour les coûts de subsistance et d’entretien, vêtement, logement, etc. Ils sont encore sensiblement égaux, pour les coûts d’établissement, d’apprentissage, même résultat. A moins donc de présupposer la stupidité chez la femme, il n’y a pas jusqu’alors de différence. Il en est de même pour les coûts de reproduction.
Voyons, maintenant, la quantité de la force de travail de la femme. Pour la durée du travail, elle est la même, l’équivalence est sensible ; on pourrait citer de nombreux exemples tendant même à prouver que la femme peut exécuter une journée plus longue que l’homme. Maintenant quelque chose de particulier se présente : ce sont les interruptions spécifiques qui affectent la durée du travail de la femme. Pour les interruptions spécifiques régulières entrant dans les coûts de production du travail féminin, elles seraient de nature à changer la valeur de cette force de travail. Il est juste d’ajouter que ces interruptions sont soumises à contraction d’après la nature des individus, les conditions d’hygiène, de travail. Pour les interruptions spécifiques irrégulières (grossesses) elles ont le même résultat au point de vue du salaire, mais elles sont aussi susceptibles de contraction ; pour les autres maladies spécifiques ou non, il y a tout lieu de croire qu’il s’établit une large compensation. Il faut bien se dire d’ailleurs que si l’on insiste trop sur l’infériorité du travail et des capacités de la femme, on commet un sophisme d’abstraction des moins recommandables. S’il existe des différences entre des hommes et des femmes, on en relève également entre les hommes. En se plaçant à ce point de vue on se range fatalement, peut-être sans le savoir, à l’avis de ceux qui s’appuient sur les infériorités qu’ils prétendent avoir remarquées entre les races, les peuples, etc., pour étayer leurs conceptions toujours réactionnaires. basses, répugnantes. On part du même principe que les antisémites, les nationalistes, principe dont l’évidence scientifique n’a rien d’éclatant.
Considérons maintenant la force de travail féminin au point de vue de la productivité et de l’intensité.
La production dépend d’abord de la force musculaire, puis de l’habileté technique. Pour la force musculaire, nous avons vu que sa nécessité disparaît de plus en plus avec les progrès du machinisme ; de plus, la force musculaire féminine ne peut manquer de croître d’une façon relativement proportionnelle aux progrès de l’hygiène.. Donc à mesure que la force musculaire deviendrait moins nécessaire, celle de la femme pourrait augmenter aidant à l’habileté technique, on a souvent reconnu une grande adresse chez la femme dans le maniement de ces appareils délicats dont l’emploi de plus en plus général est une des conditions du développement industriel. Des exemples nombreux tirés de métiers actuellement abandonnés à la femme, fourniraient des preuves de dextérité (composition typographique, conduite de métiers à tisser, tricoter, filer, bobiner, brochage, etc.) Pour ce qui est de l’intensité, elle se marque plutôt par une grande tension nerveuse que par un grand effort musculaire, et d’après nos contradicteurs eux-mêmes, l’élément nerveux prédominerait beaucoup plus chez la, femme que chez l’homme. Notons d’ailleurs que dans une société communiste, une des premières mesures serait de diminuer précisément le caractère intensif du travail, si préjudiciable à la santé morale et physique du travailleur [3].
D’après ce que nous avons vu jusqu’ici, le salaire de la femme devrait donc être au moins égal ou supérieur à celui de l’homme ; il lui est constamment inférieur.
L’explication de ce phénomène qui paraît contredire aux thèses de l’économie est assez simple, c’est l’homme, qui, grâce à la conception de la famille comme tout indivisible, est chargé de fournir à la femme qui travaille le complément nécessaire.
L’homme est le représentant légal et coutumier du bloc familial. Il se fait attribuer tous les frais d’entretien, de reproduction, etc. afférents aux travaux de la femme comme ménagère, comme mère, comme éleveuse et gardeuse des enfants. Il se fait allouer les frais d’entretien et d’éducation de ces derniers. Ces frais, en toute justice, n’ont rien à voir avec l’homme dans l’hypothèse de l’égalité communiste. La seule justification de ce procédé d’appropriation est contenue dans les systèmes familiaux inégalitaires affligés de la croyance à l’infériorité spécifique de la femme.
Cette tendance ne peut pas être unie au communisme, mais elle est sanctionnée par la loi chez tous les civilisés ; appliquées en communisme elle aurait de bien remarquables résultats.
D’abord, où serait la liberté qu’aurait la femme d’exprimer ses sentiments et ses affections puisqu’elle continuerait à devoir son existence à son mari. Il serait peut-être plus difficile pour elle dans cet ordre nouveau, mais charmant, d’échapper à la contrainte sentimentale qui pèse si lourdement sur elle dans la société actuelle.
Le lot de la femme serait une sorte d’oisiveté plus ou moins dorée qu’elle devrait à son compagnon d’existence. Cette position privilégiée serait une espèce de prime offerte à la femme qui s’unirait à un homme, même au mépris de ses sentiments ; ce serait une singulière société où l’homme viendrait offrir à la femme non pas l’égalité de position, mais une situation privilégiée où la tentation serait organisée systématiquement .et formerait la base des rapports tendres. La différence de nature entre les deux positions de la femme, oisive si elle a un mari, active si elle n’en a pas, serait-elle un bon moyen de favoriser la liberté de son cœur et de son corps ? Elle souffrirait non seulement dans ses affections et dans ses sentiments, mais encore dans son intelligence ; forcée qu’elle serait où d’en passer par les sentiments et les idées de son mari, ou de se condamner au travail forcé.
Si l’on prétend que l’homme sera assez parfaitement éduqué pour ne pas exercer de domination sur sa compagne, nous avons à faire observer que les anarchistes se sont toujours honorés de professer cette opinion, qu’il valait mieux ne pas mettre entre les mains, même du sage le plus parfait., des moyens sûrs de domination. Faire le contraire leur a toujours paru prudent.
Quant aux révolutionnaires, ils ont cru aussi jusqu’à présent qu’il fallait prendre les hommes comme ils sont, et pensés que la transformation pouvait s’accomplir demain parce qu’il n’y a pas lieu d’attendre ou agir que les hommes soient des anges pour établir le communisme. Et en ce sens ils s’opposaient aux éducateurs. Ils ont cru jusqu’alors qu’il fallait aider l’homme actuel à se débarrasser dés contraintes externes avant d’attendre qu’il soit éduqué, et qu’il ait fait sa petite révolution morale.
Il nous semble donc qu’on se placerait ainsi à un point de vue peu anarchiste et antirévolutionnaire.
La conception que nous venons d’examiner fait partie d’un point de vue plus général et que l’on peut qualifier de chevaleresque. Il semble tout d’abord qu’il est diamétralement opposé à l’ancienne conception que l’on peut appeler la conception orientale, la femme esclave de son mari. En réalité, la différence est toute apparente ; dans un cas, on déclare franchement que la femme est un être inférieur, à peine une personne humaine, un être dont la vie, les besoins, les sentiments ne sont rien en eux-mêmes et qui n’est crée que pour la satisfaction des autres. Aucune liberté n’est accordée à la femme ; elle vit enfermée, travaillant à son ménage et s’occupant de sa toilette afin de se distraire, L’activité de la femme est réduite à une activité spéciale et restreinte [4]. Elle est parquée dans le gynécée, dans le harem. Elle est la chose, l’objet, l’esclave du maitre "le père de famille". Ce qui sert de support théorique à ces résultats pratiques, c’est la théorie de l’infériorité de la nature de la femme. Doctrine soutenue jusqu’au concile de Constance par les catholiques (les femmes ont-elles une âme ?) et admise actuellement encore par les mahométans etc., la tare originelle de la femme justifie admirablement le servage où elle est tenue : elle n’est rien, ou n’a rien de commun avec l’homme , si ce dernier la traite bien, c’est une grâce qu’il lui fait à laquelle il n’est pas tenu. Si la doctrine ne faisait pas de la femme un être tout spécial, un monstre, la pratique n’en ferait pas une esclave.
Le point de vue occidental, chevaleresque, semble tout à fait opposé. Nous voyons, au contraire, la femme proclamée un être supérieur, les occupations qui remplissent la vie ordinaire des hommes semblent indignes d’elle, elle est un objet d’art, un ornement, quelque chose qu’on admire. On met la femme au pinacle, c’est la doctrine de la femme bijou, de la femme joujou c’était un monstre tout à l’heure c’est un ange maintenant.
Cependant l’opposition entre les deux façons de voir n’est qu’apparente. Ici, on part de cette idée que la femme est un être faible, qui a besoin de protection, incapable de vivre par elle-même ; on la croit incapable de travail utile et on la charge des travaux du ménage. Vouloir absolument qu’il y ait des travaux spécifiquement féminins (balayage, épluchage de légumes et autres), c’est donner à l’homme une position d’abord ridicule, puis peu estimable ; si ces travaux sont répugnants ou fastidieux, c’est un singulier moyen d’honorer la femme comme on le prétend que de les lui imposer à l’exclusion des autres. S’ils ne le sont pas, l’homme peut fort bien les faire. Un de nos camarades viendra sans doute prétendre que ces travaux sont l’apogée de la femme "parce que son type physique, déterminé par le sexe, se représente par un type émotionnel et intellectuel... qui la portera toujours à considérer comme son domaine d’élection" ces différentes opérations. Mais pourquoi les appeler "amour, intimité, douceur". Il y a là certainement quelque abus dans l’emploi des termes. Notre auteur y joint l’altruisme. Il a sans doute en vue le raccommodage des chaussettes, du linge de corps et de table, des vêtements masculins, etc. Nous comprenons que dans ces questions on aime à tremper sa plume dans l’arc-en-ciel ; que l’on répugne aux termes bas et vulgaires. Encore ne faut-il point trop exagérer.
Rien de plus fréquent cependant et de plus répandu que ce point de vue esthétique et ornemental. Il a pour lui un océan d’œuvres littéraires, les préjugés, les mœurs datant du moyen âge ; la presque totalité des femmes même.
Tout cela a l’air fort joli, n’empêche que c’est mettre la femme au rang d’un moyen, d’un objet. Rien de plus misérable et de plus bas (même en se plaçant sur le terrain des principes qui se servent de base à la morale bourgeoise). Le plus beau c’est que le système chevaleresque coïncide parfaitement avec le système esclavagiste des Orientaux. Chez les uns, on la regarde comme de nature inférieure et on l’enferme dans le harem ; chez les autres, on la considère comme quelque chose de supérieur et on la confine dans son ménage, son intérieur, sa maison.
La haute opinion que l’on a de la femme se traduit pratiquement par ceci : on la tient en un état de subordination, son existence dépend directement de la bonne volonté de son conjoint. Nous ne voulons pas insister encore sur le caractère étrange de la générosité que les cœurs chevaleresques témoignent à la femme, ni sur la position délicate où cette générosité place la femme ; pratiquement, la position est d’une bassesse indiscutable.
Le plus étrange est que cette doctrine a été soutenue par des socialistes et par des anarchistes. Ils auraient pu chercher longtemps une règle de conduite qui fût plus en contradiction avec leurs principes. Pour faire de la femme un icône, une idole, on ne lui permet pas de disposer de son corps, puisque l’on exerce sur elle la contrainte économique la plus directe, ni par suite de son cœur ou de ses sentiments. Comment encore concilier cette oisiveté imposée à la femme avec l’obligation nécessaire en communisme pour chaque membre de la communauté de coopérer à la production. La femme devient alors, et ce n’est pas ce qu’il y a de moins curieux chez nos "chevaleresques", la femme devient un parasite charmant.
Cette conception de la femme doit entrainer avec elle un programme d’éducation tout à fait spécial. Et plus ce point de vue est répandu dans un pays, plus est grande la différence entre l’éducation de l’homme et celle de la femme La France en est un exemple.
Nos contradicteurs conviendront facilement que l’éducation actuelle de la femme, surtout en France, laisse beaucoup à désirer. Il suffira par conséquent de rappeler ce qui la caractérise. On sait qu’elle diffère considérablement de celle de l’homme, qu’elle tend à faire de la femme non pas un être humain complet, mais spécialement une "femme" pouvant satisfaire à certaines exigences particulières.
Au point de vue de l’instruction, même dans les milieux qui par leur situation matérielle sont favorablement placés à cet égard, la femme est, comme on sait, beaucoup moins bien préparée que l’homme. On croit généralement qu’il lui suffit de ne pas être entièrement ignorante, d’avoir quelques bribes de connaissances sur différents sujets pour être assez instruite. Elle va rarement jusqu’à l’instruction supérieure et son instruction secondaire est tout à fait insuffisante ; son éducation ne lui donne d’ailleurs qu’une soif médiocre de connaissances.
Elle est habituée de bonne heure à se considérer comme un être à part, ayant ses vertus et ses vices spéciaux ; elle se résigne, à voir fermés pour elle tous les domaines de la vie, sauf la sphère familiale, et volontiers se considère comme un être moins capable, moins fort au point de vue intellectuel que l’homme.
Elle peut se baser pour cela sur d’excellentes autorités. Sans faire intervenir les fleurons les plus éclatants de la littérature antique, les physiologistes, la Bible et les lumières de l’Église, les anthropologistes modernes d’une certaine espèce n’ont pas hésité à s’employer à le démontrer scientifiquement. Tous les livres de morale mis entre les mains des jeunes filles de l’enseignement secondaire et même supérieur sont inspirés de cet esprit, sans parler de l’enseignement primaire. L’infirmité physique, l’infirmité intellectuelle, l’infirmité morale de la femme sont devenus des lieux communs [5].
A un certain point de vue, l’idéal de la femme est d’être confinée dans sa famille, mère, éducatrice des enfants et ménagère. Mais, même cet idéal, peut-il être atteint avec l’éducation actuelle de la femme ? Ménagère, elle peut toujours l’être, mais elle ne sera jamais une mère intelligente, ne pourra jamais élever ses enfants comme ils devraient l’être. L’éducation est une occupation trop sérieuse, exigeant trop de connaissances et de caractère pour qu’on puisse en charger quelqu’un qu’on croit être incapable de beaucoup de choses plus faciles.
On pourra nous objecter qu’en effet l’éducation actuelle est insuffisante, que la femme doit recevoir une instruction et une éducation beaucoup plus larges, mais qu’ensuite c’est exclusivement dans la sphère de sa famille qu’elle doit appliquer les connaissances acquises. En pratique, c’est impossible ; une femme qui aura reçu la même instruction et la même éducation que l’homme tendra toujours vers une vie plus large, voudra toujours donner à ses forces une application plus étendue. Elle ne se dévouera pas toute entière à la vie de famille, pas plus que l’homme ne veut le faire actuellement. Elle tendra invinciblement à conquérir toute son indépendance intellectuelle, morale et matérielle.
D’ailleurs, l’idée même que l’éducation des enfants doit être l’apanage exclusif de la femme est le résultat d’un préjugé. C’est la conséquence nécessaire d’une certaine idée sur les divisions du travail dans la famille. L’homme travaille au dehors et gagne la vie de toute la famille, comme conséquence il serait en droit de se désintéresser de tout le reste et de s’en décharger sur la femme qui, elle, ne doit pas avoir d’autre occupation. Mais quel avantage y a-t-il à ce qu’il en soit ainsi ? La femme est-elle par nature meilleure éducatrice ? Nous ne pensons pas qu’on puisse le dire, surtout avec le niveau intellectuel que présentent généralement les femmes en raison de l’éducation qu’on leur donne.
L’influence exclusive d’une mère peu développée, et elle le sera forcément puisqu’une grande partie de la vie lui reste fermée, ne peut, au contraire, qu’être nuisible. Aucune raison véritable ne démontre que l’éducation des enfants ne doive pas être également le devoir des deux parents. Que nous prenions un milieu ouvrier où, en raison de conditions économiques, il est impossible de parler d’éducation rationnelle, que ce soit la mère ou le père qui s’en occupe (et le père, si nous supposons que lui seul prenne contact avec le monde extérieur, peut exercer une influence dans un sens plus large) ; ou que nous prenions le côté bourgeois, où la femme est généralement nulle et ne peut rien apporter d’élevé dans l’éducation ; la situation est la même.
Que nous nous placions dans la société actuelle ou dans la société communiste, rien ne nous prouve que l’éducation doive être la spécialité de la femme : Au contraire, actuellement comme dans une autre forme de société elle ne peut être bonne qu’à condition que s’en chargent les deux parents, également libres, indépendants et instruits.
Une autre considération, toute pratique, milite en faveur de notre point de vue. Tant que la femme restera dans la sphère étroite de sa famille, ce sont les intérêts de cette famille qui pour elle seront supérieurs à tout, c’est très naturel, et certains pensent qu’on peut appeler cela une vertu.
Mais comme les intérêts de la famille sont, dans la société actuelle, en opposition avec toute action qui s’attaque à l’ordre de choses existant, la femme sera inévitablement un élément réactionnaire, On sait combien l’influence de la femme dans la famille est nuisible en pareil cas. Et plus la famille sera unie, plus l’influence de la femme sur son mari et sur ses enfants sera grande, plus ces effets nuisibles se feront sentir.
De cette situation découle une perte absolument inutile de forces ; non seulement on se prive du concours que les femmes pourraient apporter à un mouvement révolutionnaire par exemple, mais l’on fait dépenser, dans des luttes, à l’intérieur de la famille, souvent des forces précieuses.
Une autre conséquence de la situation exceptionnelle et inférieure faite à la femme, c’est le "mouvement féministe". Il est assez facile à comprendre. Les femmes les plus indépendantes de caractère se sentant opprimées et tendent vers une existence plus large, mais l’éducation a si fortement enraciné en elles l’idée que la femme est.un être à part, que même cette tendance à la libération prend une forme spéciale.
Les femmes commencent à s’opposer, comme femmes, à l’autre moitié de l’humanité. Les problèmes qui préoccupent l’humanité en général les attirent peu ; elles n’entrent pas dans le mouvement à l’égal des hommes, elles ne pensent pas qu’elles puissent y être utiles aussi, il se crée alors un mouvement spécial, correspondant à l’état d’esprit spécial qu’on a créé chez les femmes. Et ce mouvement, quoique très naturel, n’apporte rien à la marche des idées, et souvent même peut être réactionnaire. Les femmes d’opinions opposées se rencontrent dans ce mouvement et se sentent solidaires, rien que parce qu’elles sont femmes.
C’est encore une perte de forces qui, dans d’autres conditions, seraient allées à une plus utile et que l’éducation et la situation spéciale de la femme fait dévier dans cette direction.
Un autre élément dont se compose le féminisme est constitué par l’ensemble des théories et des tendances que l’on a appelé "l’amour libre". La situation isolée de la femme, sa spécialisation dans la question féministe, et surtout l’oppression familiale dont le poids se fait sentir tout d’abord, ont une conséquence nécessaire : avant tout c’est du joug familial que les femmes cherchent à se débarrasser, c’est surtout sur ce terrain qu’elles cherchent à conquérir leur indépendance. C’est très naturel ; et tout propagandiste qui veut agir sur des femmes trouvera tôt ou tard devant lui cette question. Il doit être par conséquent préparé à y répondre d’une façon satisfaisante et précise.
Deux questions se dressent ici devant nous : d’abord qu’elle doit être et quelle sera, dans les conditions favorables, la femme de l’avenir ? et ensuite : comment retentira sa nouvelle physionomie intellectuelle et morale sur l’ensemble de la vie familiale, en d’autres termes, vers quelle forme de vie familiale devons nous tendre ? Et quand nous disons que nous devons y tendre, nous nous exprimons mal, car, en réalité, la voie est déjà toute tracée, aussi bien par le développement de la femme que par celui de la société toute entière ; ce que nous pouvons faire, c’est deviner cet avenir avec plus ou moins de justesse, ou bien, au contraire, nous tromper et gaspiller nos forces inutilement en cherchant à arrêter cette évolution nécessaire.
Tout d’abord nous laisserons de côté la question du mariage légal, selon notre avis, on lui attribue souvent une importance exagérée. La forme du mariage légal ne nous intéresse qu’en tant qu’elle nous montre clairement l’assujettissement de la femme dans la société actuelle et le rôle de la loi qui tend à la maintenir dans cet état. Mais la critique du mariage actuel est facile à faire et elle a été faite beaucoup de fois ; tous les faits et tous les arguments qui s’y rattachent sont généralement connus des camarades et, malgré toute leur justesse, nous ne croyons pas utile de les répéter ici. Mais il existe une autre côté de la question : une opinion très répandue tend à réduire toute l’émancipation de la femme à la négation du mariage légal et à la propagande de l’amour libre, en se basant en partie sur la négation par principe de toute loi et en partie sur la durée obligatoire de l’union, supposée par le mariage légal. Certains même vont si loin qu’ils reprochent à des camarades, comme une compromission, leur mariage conclu légalement. Nous ne remarquerons à ce sujet qu’une chose : c’est que nous serions vraiment trop heureux s’il ne nous arrivait jamais de faire au régime actuel de concession plus importante que celle-ci . C’est d’ailleurs un terrain sur lequel il n’est que trop facile d’être toujours intransigeant et conséquent avec ses principes, c’est une intransigeance qui ne coûte pas cher et, dans tous les cas, ne demande aucun sacrifice. Quant au principe de la liberté de l’amour, il est bien entendu qu’aucun de nous ne songe à y faire aucune objection, nous ferons seulement remarquer qu’elle n’est pas entravée par le mariage légal seulement et qu’un rôle beaucoup plus considérable appartient à l’état d’assujettissement économique et intellectuel dans lequel se trouve la femme. C’est ce dernier côté de la question qui nous préoccupe principalement,
Nous avons déjà dit que nous sommes adversaires de toute séparation artificielle entre les sphères d’action des deux sexes. Tout ce qui constitue les acquisitions de la civilisation humaine doit être également accessibles à tous hommes ou femmes ; quant aux différences qui s’établissent naturellement - non seulement entre les hommes et les femmes, mais même entre individus appartenant au même sexe - dans le degré d’instruction, les connaissances spéciales, le domaine choisi dans la vie pratique, nous ne pouvons pas les prévoir à l’avance et nous commettrions une grande faute en voulant déterminer, suivant nos propres conceptions, les sphères d’action convenant à telle ou telle catégorie de personnes. En ce qui concerne la femme en particulier, nous voulons d’abord en faire un être humain entier, dont toutes les facultés se développent, capable de prendre part non seulement à la vie de famille, mais aussi à toute la vie de son époque sociale, scientifique, etc. - nous croyons que seul ce large développement pourra vraiment livrer ses sentiments. Quant à préconiser exclusivement l’amour libre, à en faire la première étape de l’émancipation féminine, cela ne nous parait pas d’une grande utilité : le changement dans la vie de famille ne peut vraiment apporter la liberté à la femme que s’il s’appuie sur un large développement intellectuel et moral de sa personnalité.
Que la vie de famille doive subir de grands changements, c’est incontestable, mais dans quelle direction auront-ils lieu ? Que devons-nous considérer comme un progrès dans ce domaine ? Pour notre part, nous sommes convaincus que le sentiment de l’amour deviendra dans ces nouvelles conditions sociales, à la fois même temps plus complexe et plus stable. D’abord, la femme élevée librement, vivant dans un milieu de camarades, aura un choix plus considérable et ne sera pas exposée à s’unir au premier homme qu’elle rencontrera et qu’elle connaît à peine.
Puis, étant plus développée intellectuellement elle soumettra son entourage à une critique plus sévère, sera plus exigeante et moins sujette à se tromper. De là une stabilité plus grande dans les relations établies. En même temps, plus les individus sont développés, plus est grande la complexité de leur vie psychique toute entière et par conséquent celle du sentiment d’amour qui les unis. C’est parce qu’il y a entre eux beaucoup de commun au point de vue intellectuel et moral que leur union est possible, et cette situation crée entre eux un .lien moral très complexe et beaucoup plus solide, par conséquent, que celui que nous rencontrons actuellement.
Tout cela est si simple et si évident qu’on a même quelque honte à répéter ces vérités, et si nous le faisons, c’est uniquement pour répondre à ceux qui ont une conception différente de la famille future. II y a, en effet, des personnes qui croient que dans une société anarchiste la liberté de la femme aura pour premier résultat de lui faire fréquemment transporter son amour d’une personne sur une autre et d’abolir ainsi toute stabilité dans les rapports familiaux. Et ce qui est curieux, c’est que cette opinion est partagée en même temps par des réactionnaires (pour lesquels elle forme une source abondante de calomnies contre les anarchistes) et par certains anarchistes (qui semblent ainsi justifier l’idée que se font d’eux leurs adversaires les plus féroces). Nous laisserons de côté les réactionnaires (on leur a répondu assez de fois à ce sujet) ce qui nous intéresse davantage, ce sont ceux de nos camarades qui mettent leur idéal dans l’instabilité de la vie de famille pour qui un fréquent changement de sentiments prend les proportions d’une loi naturelle et d’une conclusion scientifique. Nous voudrions seulement leur demander : pourquoi, puisque vous vous placez sur le terrain des lois naturelles, de l’évolution, etc., admettez-vous cette évolution dans toutes les sphères de la vie humaine-vie intellectuelle, sociale, morale et vous refusez-vous à l’admettre pour ce seul sentiment, l’amour ? Pourquoi croyez-vous que sous ce rapport seulement à l’inverse de tous les autres, l’homme, au lieu de développer sa vie psychique se rapprochera, au contraire des animaux (car on ne peut nier que pour pouvoir se transporter aussi facilement d’une personne sur l’autre, l’amour ne doive se réduire presque entièrement à son élément physique) ? Nous nous refusons complètement à admettre ce point de vue qui nous paraît aussi faux théoriquement que nuisible dans la pratique.
Que peut donner, en effet, à la femme la propagande de "l’amour libre" compris en ce sens ? Elle ne l’incite pas à se développer intellectuellement et moralement, à fournir son caractère et à devenir indépendante, ou si elle fait, c’est par une contradiction avec son point de départ, car pour être conforme à cet idéal il suffit à la femme de se débarrasser quelques idées acquises au sujet du mariage et de la famille. Et comme c’est le plus souvent sur ce terrain que l’on se tient dans la propagande parmi les femmes, il en résulte qu’une fois débarrassées de ces idées particulières, elles sont disposées à croire qu’il ne leur en faut pas davantage pour devenir vraiment indépendantes. De là ce triste phénomène que beaucoup de femmes qui professent des idées très avancées sur ces questions, ne s’occupent que peu de toutes les autres et appliquent ainsi à une propagande unilatérale et bornée, des forces qui pourraient être beaucoup plus utilement appliquées à un champ plus vaste.
Pour résumer notre pensée, nous pouvons dire que dans la propagande parmi les femmes il faudrait insister non pas tant sur l’amour libre que sur la nécessité pour la femme de se développer intellectuellement et moralement de participer à l’égal de l’homme à toute la vie de son temps. Alors, et seulement alors, changera sa situation dans la famille, quelle que soit la forme, légale ou illégale, de son mariage. Il faut se rappeler, en même temps, que la vie de famille ne doit pas former tout le contenu de la vie de la femme, pas plus qu’elle ne le forme pour l’homme, ce n’est pas seulement à cette vie - même modifiée dans le sens de la liberté - que la femme doit se préparer.
Si nous avons cru utile de dire tous ce qui précède dans ces dernières pages, ce n’est pas pour le plaisir de soulever une discussion entre camarades, mais parce que la propagande parmi les femmes laisse encore beaucoup à désirer, surtout en France, où la question féministe se trouve encore à l’état embryonnaire. Il nous semble important, par conséquent, que les efforts consacrés à cette tâche ne soient pas gaspillés improductivement. Nous voudrions qu’ils mènent le plus directement possible au but : recruter parmi les femmes le plus grand nombre possible de véritables camarades.

Le Groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes de Paris

Notes :

[1Les camarades qui désireraient se renseigner plus complètement sur ce point peuvent se reporter au rapport que nous présentons au même congrès sur "le communisme et l’anarchisme" ainsi qu’à la série des brochures que le groupe des E. S. R. I. a publié et dont on trouvera la nomenclature à la fin de ce travail. Les rapports entre le communisme et l’anarchisme ont de plus fait l’objet d’une longue série de conférences faites par nous dans plusieurs groupes de Paris.

[2Cf., par exemple, Charles Albert L’Amour libre, passim.

[3Nous pensons avoir ainsi suffisamment répondu au camarade Ch. Albert (L’Amour libre), page 279.

[4La femme est pourvue d’une mission historiquement ! et idéalement ! antérieure à tout agglomérat social : la procréation ! et l’éducation ! au moins première de l’enfant. O.c., page 289.

[5Voir Comment enseigne la morale brochure publiée par le groupe les E. S. R. I.




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