La Gueule Ouverte à la croisée des chemins

Jean-Claude Leyraud
samedi 1er juillet 2017
par  ArchivesAutonomies

Le mouvement écologique français est né au lendemain des manifestations antinucléaires de 1971 dans lesquelles Fournier, bénéficiant du haut-parleur médiatique que représentait Charlie-Hebdo, a joué un grand rôle. Nous étions quelques uns à penser que l’écologie pouvait représenter une révolution radicale et globale, et être le point de départ d’une critique unitaire du monde. Quelques journaux ont manifesté les premiers éléments de cette critique, dont les principaux, en terme d’audience, étaient Le Courpatier, directement issu du mouvement antinucléaire, et Survivre et Vivre portant la réflexion sur le scientisme et la technologie. Ces deux journaux envisageaient d’unir leurs efforts et avaient pris les premiers contacts avec les rédacteurs pressentis, quand Fournier sollicita l’équipe de Charlie-Hebdo pour créer un grand journal écologique de portée nationale, sans ignorer qu’il lui faudrait, s’il voulait être radical, conquérir son indépendance par rapport à une presse à consommer.
En novembre 72 paraissait le premier numéro de La Gueule Ouverte, le journal qui annonce la fin du monde. Les tout premiers numéros ont fait prévaloir la "force de la documentation" qui a permis de dire certaines vérités que personne ne voulaient entendre, avant qu’elle ne se transforme en pesants dossiers rengaines sur quelques pollutions vedettes. Dès le mois de février 73, l’équipe de La Gueule Ouverte, en proie au doute, sollicita ses "amis écologistes" pour une rencontre sur le thème : Qu’est-ce qu’un journal écologique ? A quoi ça sert ?
Fournier, après avoir déjà dit (dans l’édito du n°4) qu’il fallait "changer notre mode de vie en même temps que de prôner le changement", laissa entendre au cours du débat (publié dans le n°5) sa "lassitude du militantisme et des luttes qui sont extérieures à soi". Le journal était fabriqué dans la campagne savoyarde par un groupe de gens dont certains avaient projeté, sans y parvenir, de mener une vie communautaire dans le Queyras. Ce souci de mise en adéquation de sa vie et de son activité était fondamental chez tous les acteurs du mouvement écologique un tant soit peu radicaux. Mais le véritable enjeu de cette discussion autour du journal était celui qui opposait ceux qui, en bons idéologues, croyaient que les idées devaient s’emparer du réel, à ceux qui au contraire pensaient que les seules idées qui peuvent subvertir le réel sont celles qui se trouvent déjà en lui, c’est-à-dire dans la tête de tout le monde et dont seule la fausse conscience de l’aliénation empêche de reconnaître et de rendre agissante. Hélas la réflexion sur ce sujet n’a pas été poussée plus loin.
Fournier, mort quelques jours plus tard, n’a pas eu le temps d’expérimenter plus loin. L’équipe, Emile Premillieu en tête, poursuivra courageusement le travail engagé, accumulera les dossiers, propagera les discussions, mais ne connaîtra pas cette effusion de pratiques et d’idées dans le vécu qu’aurait sans doute souhaité Fournier.
Peu à peu c’est la vision du journalisme professionnel qui prévalût, et Charlie-Hebdo finît par rapatrier La Gueule Ouverte dans ses locaux, à Paris. Et il faut bien le dire, on assistait déjà au reflux de la pensée radicale et on se dirigeait vers l’écologie politique.


Brèves

1er juillet - La Gueule Ouverte (1972-1980)

Nous mettons en ligne les deux dernières années du journal La Gueule Ouverte : 1979-1980 ainsi (...)

11 juin - La Gueule Ouverte (1972-1980)

Nous mettons en ligne une nouvelle année - 1978 - de La Gueule Ouverte, le mensuel qui annonce (...)

3 juin - La Gueule Ouverte (1972-1980)

Nous mettons en ligne une nouvelle année - 1977 - de La Gueule Ouverte, le mensuel qui annonce (...)

28 avril - La Gueule Ouverte (1972-1980)

Nous mettons en ligne ds nouveaux numéros de La Gueule Ouverte, mensuel puis hebdomadaire (...)

23 avril - La Gueule Ouverte (1972-1980)

Nous mettons en ligne les 50 premiers numéros de La Gueule Ouverte, mensuel puis hebdomadaire (...)