Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour la barricade - Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°396 - 31 Octobre 1914
Article mis en ligne le 4 octobre 2017
dernière modification le 10 octobre 2017

par ArchivesAutonomies
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Les deux côtés de la barricade, dont nous avait parlé M. Clemenceau, paraissent ne plus exister, probablement parce que la barricade révolutionnaire elle-même n’est plus qu’un lointain souvenir, plutôt fâcheux pour la concorde nationale, seule admise aujourd’hui. Aussi dans la Bataille syndicaliste de Paris, qui pourrait, sans changement sensible, servir d’organe gouvernemental, avons-nous pu lire les choses les plus extraordinaires. Nous glanons au hasard :

La proclamation du tsar à la Pologne est venue à son heure, les Polonais allemands manifestent déjà une agitation de bon augure, elle se traduira par des actes dès que la défaite aura entamé la force répressive de la police.
Le kaiser le sait, et il tente de détruire chez eux les espérances qu’ont fait naître en leur cœur les engagements solennels de Nicolas II. Pour y parvenir, il promet davantage encore ; mais les Polonais ne se laisseront pas prendre à cette grossière surenchère...
La liberté ? Fi ! La manière forte, l’arbitraire, la spoliation, voilà les seules méthodes allemandes.
Les Polonais attendent ; ils attendent l’heure qui sonnera la défaite allemande et marquera celle de la résurrection de la Pologne !

Des révolutionnaires attendant le triomphe de la liberté, de la victoire du tsarisme ! Il est vrai que le précédent de la Finlande, au peuple loyal, généreux et cultivé et dont l’autonomie a été criminellement détruite, est bien fait pour donner de la valeur aux promesses du pendeur Nicolas !
Dans un article sur le Prolétariat et la Guerre, Jouhaux écrit :

On nous a souvent dit, on nous répète : Les peuples sont toujours victimes de leur générosité, ils répandent courageusement leur sang, il n’en retirent aucun bénéfice. Contre cette possibilité d’être une fois de plus dupés, organisons-nous et apparaissons, par notre concours apporté, comme des éléments de la victoire.

Pour cesser d’être dupés, rien de mieux à faire que de s’organiser dans l’armée du capital et de l’Etat ! Qui l’aurait cru ?

En Angleterre, le gouvernement a dû solliciter directement le concours du prolétariat ; en Belgique, les travailleurs organisés ont formé une puissance dont l’Etat belge a reconnu tout le prix ; en France, l’adhésion de la classe ouvrière a augmenté l’élan du pays et assuré les éléments de la victoire ; la Russie a eu pour elle la neutralité des révolutionnaires ; enfin, en Italie, les prolétaires tiendraient en échec une royauté qui se laisserait aller à une intervention triplicienne.
Partout, dès à présent, la force du prolétariat s’est fait sentir puissamment ; combien grande serait cette pression si, demain, la victoire réalisée d’un effort concerté, les différents peuples agissaient pour la fin de toute guerre.

Ainsi, voilà des peuples qui, incapables de réaliser un programme à eux, ont tout simplement accepté, sans garantie, et même sans promesse aucune, d’obéir aveuglément à leurs maîtres, et dans cette soumission et cet aveuglement, il faudrait voir la presque certitude de la révolte éclairée à venir !
Nous ferons bien de persister à la chercher ailleurs et surtout d’envisager un but beaucoup plus important et élevé que celui indiqué par Jouhaux, les trois huit :

Comme prix de leur effort et de la vie des leurs, donnée sans marchander, les travailleurs ne seront-ils pas en droit de réclamer l’application des trois huit, réforme ouvrière internationale depuis si longtemps attendue ?

Il n’est donc plus question d’arriver à la Révolution sociale ! Vive la guerre avec ses centaines de milliers de victimes... pour les trois huit I
D’ailleurs, avec la révolution, la lutte de classe elle-même est dûment mise au rancart. C’est Yves Bidamant qui écrit :

Comme un peu partout en France, Maisons-Laffitte aura connu, pendant la guerre, la collaboration de classes.
Faut-il s’en plaindre ?... Je ne le crois pas !
Il y a eu tant de mensonges répandus sur nous et sur notre action sociale, que les commerçants et les représentants de la bourgeoisie doivent croire aujourd’hui qu’ils ont été trompés sur notre compte. — Ici, comme ailleurs, sans doute, où la classe ouvrière a collaboré loyalement avec ses adversaires d’hier et de demain, nous pouvons, à notre tour, reconnaitre que souvent nous fûmes injustes vis-à-vis de nos alliés momentanés !

Ces bons bourgeois ne nous ont donné que la boucherie mondiale actuelle, aussi avons-nous été injustes à leur égard. Que fallait-il donc pour que nos attaques fussent entièrement justifiées ? Bidamant, qui paraît déjà regretter de redevenir demain l’adversaire, non l’ennemi, de la bourgeoisie, pourrait-il nous le dire ?
Arrêtons pour cette fois nos citations. Rien n’est plus douloureux que de voir certains représentants du prolétariat français raisonner comme les capitalistes et les nationalistes les plus authentiques. Ces derniers sont conséquents et ne font. que poursuivre logiquement leur programme du passé, mais comment ne pas voir que toute opposition détruite, cette France que l’on prétend servir, deviendra un pays mort pour la liberté, car cette dernière ne pourra encore et toujours vaincre que par la Révolution ?




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