Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Contre la barbarie – J. Grave
Le Réveil communiste-anarchiste N°398 - 28 Novembre 1914
Article mis en ligne le 4 octobre 2017
dernière modification le 22 novembre 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Devant la violation brutale de la neutralité belge [1], devant l’agression qui démontrait que le même sort était réservé à la France, il n’y avait plus qu’une seule attitude possible : se défendre, et les partisans les plus résolus de la paix l’ont compris comme les autres.
Tant que le militarisme prussien, tant que l’impérialisme allemand seront debout, il n’y aura pas de paix possible pour l’Europe, aucune chance pour l’humanité d’évoluer en paix, librement, vers une amélioration intellectuelle et matérielle.
Mais, lorsque pour répondre aux absurdités des soi-disant intellectuels allemands, on voit des non-moins soi-disant intellectuels français, parmi lesquels des académiciens — excusez du peu — comme Barrès, St-Saëns, Bazin, Capus, répondre par des stupidités tout aussi absurdes, renchérissant même, en proclamant que le seul moyen d’avoir la paix, c’est d’écraser, d’humilier le peuple allemand, qui n’est qu’un ramassis de brutes ; qu’il faut l’écraser assez lourdement pour qu’il lui soit impossible de s’en relever de longtemps, ces messieurs disent des monstruosités. J’allais dire que ce sont des propos de sauvages, mais ce serait calomnier les sauvages, qui, eux, opèrent eux-mêmes, ne poussant pas les autres en se tenant tranquilles au coin de leur feu.
On n’écrase pas un peuple de 70.000.000 d’habitants comme une nichée de lapins. On n’humilie ni n’écrase un peuple qui a de la vitalité — et on ne peut nier que le peuple allemand n’ait une forte vitalité sans lui laisser de la rage au cœur, de forts désirs de revanche, ce qui promettrait une paix de courte durée.
Les politiciens comme Delcassé, nous parlent d’imposer aux Allemands une écrasante indemnité de guerre, — ce que, du reste, les Allemands se proposaient de faire à notre égard s’ils avaient été vainqueurs — de prolonger la frontière française au-delà du Rhin, d’adjuger tel morceau de territoire à tel autre pays, tel autre morceau à tel autre — toujours ce que les Allemands rêvaient d’accomplir contre nous.
N’avons-nous pas d’autres moyens de nous montrer supérieurs à eux que de les imiter dans ce que nous leur reprochons d’avoir fait ou d’avoir voulu faire ?
Ces politiciens ont oublié l’exemple de l’Alsace-Lorraine, qui fut toujours rebelle à la germanisation ! Ces politiciens aveugles oublient-ils que, en 1871, la Prusse croyait bien avoir écrasé la France sous une contribution de guerre formidable pour l’époque et en lui enlevant deux provinces, en lui imposant un traité de commerce draconien.
Et cependant, au bout de quarante-quatre ans, voilà la France en train de déchirer ce traité, en mesure, bientôt, de dicter ses conditions à son ex-vainqueur.
Cela a demandé quarante-quatre ans d’armements insensés, l’enlèvement, chaque année, au travail productif, des jeunes hommes ; chaque année des centaines de millions gaspillés à construire des armes de meurtre et de destruction, au lieu d’être employés à un travail social utile.
Pour aboutir à quoi ? Au meurtre de centaines de milliers d’hommes — peut-être des millions — à faire des estropiés et des invalides, à semer la ruine et la désolation au milieu des populations, et permettre aux Delcassé de jouer les Napoléon — en chambre — ou les Talleyrand I leur permettre de nous préparer une nouvelle période de paix armée aboutissant à de nouveaux massacres.
En voilà assez !
Si la guerre a été rendue inévitable par la mégalomanie d’une caste de hobereaux, survivance du moyen-âge, et les manigances d’une diplomatie qui a toujours cherché la solution des conflits dans des complications de son crû, ne faisant qu’ajourner la lutte, il est temps que ceux qui paient de leur peau et de-leur argent fassent entendre leurs voix ; qu’ils proclament qu’il y a, pour l’humanité, un idéal plus pur que d’enrichir des fabricants de canons ou des fournisseurs militaires ; un idéal plus haut que de passer son temps à préparer le meurtre, quand on s’est arrêté de massacrer.
En Allemagne, comme chez nous, il y a des brutes qui croient glorifier leur pays en opprimant les autres ; mais il y a, surtout, des pères de famille, des commerçants, des industriels, des travailleurs, des femmes, des enfants, qui ne demandent qu’à vivre tranquilles, à travailler en paix.
Ils ont, en ce moment — comme nous, des hommes qui se battent, croyant défendre leur foyer, leurs femmes, leurs enfants, parce qu’on leur a fait croire que l’Europe s’était liguée pour les asservir, les décimer et les déclamations féroces de nos patriotes patentés ne sont pas faites pour leur prouver le contraire.
Il s’agit de les détromper, de les amener à une compréhension plus claire des choses, de reconnaître de quel côté sont leurs réels ennemis.
Ceux qui se battent font leur devoir en défendant l’avenir de l’humanité contre l’impérialisme allemand. Le devoir des non combattants est d’empêcher que ce militarisme, que cet impérialisme qu’il s’agit d’écraser en Allemagne, ne prennent refuge chez le vainqueur. Il faut préparer l’opinion publique pour que, lorsque l’ennemi sera à terre, elle soit assez consciente pour résister aux appétits qui vont se faire jour, et s’interposer pour que la paix qui sera signée soit le point de départ d’une véritable entente entre tous les peuples — y compris le peuple allemand — et non la semaille de nouvelles mines, destinées à exploser tôt ou tard.

Notes :

[1La censure a empêché la Bataille Syndicaliste de publier cet article, refusé déjà par d’autres journaux français.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53