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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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quelle violence...
{Matin d’un Blues}, n°1, (fin 1978 ?), p. 8.
Article mis en ligne le 6 avril 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Ele m’expliquait qu’elle revendi­quait son hystérie que face à la violence physique des mecs, son hystérie devenait une arme qu’il fallait cesser de refouler.
Mais, est-ce qu’on peut réduire le problème de la violence à celui des armes ? Même si elle pouvait être une arme efficace dans une situation donnée, son hystérie pouvait-elle régler le problè­me de la violence au-delà des problèmes de danger immédiat ?
Si le problème est celui des armes, de quel poids pèsera l’hystérie contre la force brutale des "mecs", contre l’autre hystérie mome galopante des médias, contre la paranoïa institutionnelle de l’État ? D’ailleurs, du point de vue de la logique des armes, qui peut rivaliser avec l’État ?
Même si tactiquement l’hystérie peut infléchir la balance d’une manière micros­copique, ne court-elle pas le risque, dans la concurrence de se calquer sur la vio­lence des mecs, celle de l’État. De se réduire à l’aspect dominant de cette vio­lence comme force de clivage, de sépara­tion, d’affrontement à ce point de vue qui tente de réduire la violence en l’instrumentalisant.
Si nous continuons à singer cette vision étatique de la violence (comme champ des armes, de l’affrontement de la répression), ne risquons-nous pas de voir le mouvement autonome se scinder de l’intérieur entre : partisans du P 38, partisans de l’intelligence créative (le danger pour ceux-là consistant à repré­senter une force qui n’existe que véhi­culée par l’ensemble du mouvement), partisans d’un "sérieux" politique aux contenus réévalués, partisans écologiques non violents. Toutes ces tendances, et d’autres, existent dans le mouvement, il s’agit de ne pas bloquer leur conver­gence politique à partir d’évaluations tac­tiques limitées face à la violence d’État.
La violence ou l’hystérie des femmes et des "mecs" (il n’y a de monopole de comportement que pour les étiquettes de la répression), la paranoïa institution­nelle : autant de fausses réponses au problème de la violence qui, du point de vue d’une "libération", ne demande pas à être instrumentalisée dans l’affronte­ment mais à être subjective dans tout ce que contiennent nos révoltes, aussi bien le déni de l’autorité, la conquête d’identité, que la recherche d’une nouvelle sensibilité non quadrillée par le pouvoir.
C’est là que l’intelligence créative du mouvement peut frapper l’État sans le singer, on sortant du cadre tactique où les luttes soni poussées par l’ensemble des institutions (de gauche comprise), et sortir de cette fausse alternative, luttes programmées autour du travail et du développement ou ghetto des luttes armées et du terrorisme, en expérimentant cette nouvelle sensibilité qui cherche un ailleurs de la politique, y compris dans sa violence. C’est à partir de cette intelli­gence décentralisée et omniprésente, ca­pable d’investir tous les terrains de lutte comme support de son identité, qu’on pourra casser les vieux mythes qui nous enferment sur le terrain de l’État et de l’affrontement qu’il impose.
Cela veut dire entre autres, que consi­dérée seulement comme moyen d’affron­tement, la violence est une force oppres­sive dont l’expression la plus rationnelle est la répression. La violence doit être pour nous une force de convergence, de rencontre, l’expression d’une positivité, d’une identité. C’est en tant que mani­festation d’identité que la violence ne peut pas rester cantonnée sur le terrain de l’affrontement où elle ne fait que ré­péter le pouvoir, qu’exprimer le réactif et se manifester comme une identifica­tion à l’agresseur.
En plus, du point de vue de l’effica­cité, que valent le machisme, l’hystérie ou la violence du mouvement par rapport au potentiel de terreur que l’État peut mettre en œuvre ?
Il faut sortir de ces vieux schémas pour poser la violence comme un moment de composition du mouvement. Les éché­ances violentes ne valent pas tant par leur "efficacité" que par les liens qu’elles peuvent tisser entre les différentes com­posantes du mouvement dans la pratique, ou par les blocages qu’elles lèvent à des niveaux individuels.
Assumer la violence ne consiste pas à savoir se battre, ni à avoir l’illusion dangereuse d’émietter l’État dans chaque lutte violente (il ne s’agit pas non plus de dire avec les réformistes de tous poils que les luttes durcissent l’État dans la répression, mais de savoir que l’État mo­derne canalise ces luttes dans son propre mouvement de reproduction, mais c’est une autre histoire).
Assumer la violence veut dire qu’à un niveau individuel nous ne devons plus être des victimes potentielles dans l’en­semble des rapports de force quotidiens et qu’au niveau des luttes, il faut sortir du terrain défensif pour anticiper et dé­placer les rapports de forces dans une créativité dont l’effet sera de donner une identité et des espaces au mouvement.
Ce n’est que parvenu à ce type de maturité, assumant la violence comme élément constitutif des sensibilités indi­viduelles et de la convergence des luttes, que le mouvement peut affronter l’État sans le singer.

Bob




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