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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Appel de la conférence (27 septembre 1914)
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 18 février 2019

par ArchivesAutonomies

L’appel de la conférence, adopté à l’unanimité, a la teneur suivante :

La catastrophe actuelle est la conséquence de la politique impérialiste des grandes puissances, conforme aux intérêts dynastiques dans les monarchies absolutistes.

La guerre européenne n’est pas une lutte pour élever la culture et libérer les peuples. Elle est une lutte des classes capitalistes, à la fois pour conquérir de nouveaux débouchés dans les pays étrangers et pour tenter l’écrasement criminel du mouvement révolutionnaire du prolétariat et de la démocratie sociale dans leur propre pays.

La bourgeoisie allemande et autrichienne n’a aucun droit de légitimer sa guerre en prétendant lutter contre le tsarisme et pour la liberté de la culture nationale. En effet, les junkers prussiens, avec Guillaume II à leur tête et les gros industriels allemands ont mené une politique de soutien et de maintien du tsarisme maudit et les gouvernements d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie ont opprimé la culture de leurs peuples et entravé le mouvement d’émancipation de la classe ouvrière.

Les bourgeois français et anglais n’ont aucun droit de prétendre défendre leur pays en luttant contre l’impérialisme allemand et pour la liberté des peuples. Leur but n’est pas la libération des peuples de l’oppression capitaliste et militaire. Par leur politique d’alliance avec la Russie tsariste, ils ont renforcé cette oppression et empêché le développement d’une plus haute culture.

Les véritables causes et le véritable caractère de la guerre actuelle sont obscurcis par l’ivresse chauvine intentionnellement développée dans tous les pays.

Diverses parties de la classe ouvrière ont aussi été entraînées par ce courant chauvin et croient, en participant à la guerre, servir l’émancipation du prolétariat des autres pays de la domination sanglante des gouvernements de ces pays-là. Mais aucune guerre ne peut avoir ce résultat. Les opprimés ne peuvent pas conquérir leur liberté en luttant au côté de leurs oppresseurs contre les classes opprimées d’autres pays.

Rappeler ces vieux principes de l’Internationale socialiste est aujourd’hui plus que jamais la tâche des socialistes des pays préservés des horreurs de la guerre qui a brisé les liaisons internationales des ouvriers. C’est pourquoi les représentants soussignés des partis socialistes d’Italie et de Suisse considèrent que leur devoir est de lutter de toutes leurs forces contre une nouvelle extension de la guerre à d’autres pays et de stigmatiser comme un crime envers la population travailleuse et la culture toute tentative de précipiter de nouveaux peuples dans la guerre.

C’est dans cet esprit que les représentants des partis socialistes italien et suisse s’adressent aux partis socialistes des autres Etats. En créant les bases d’une action commune contre la continuation de l’effroyable massacre, de ceux qui ne participent pas à la guerre, mais en subissent les contrecoups, ils demandent aux partis socialistes des pays neutres d’exiger de leurs gouvernements d’entreprendre immédiatement des négociations diplomatiques avec les gouvernements des Etats en guerre, en vue de mettre fin rapidement au massacre des peuples.

Lugano, le 27 septembre 1914. [1]