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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Et si la défonce pouvait être autre chose ?
{Matin d’un Blues}, n°1, (fin 1978 ?), p. 10.
Article mis en ligne le 6 avril 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Il est actuellement de l’aveu même de la police, impossible d’enrayer les trafics de drogue. Les succès enregistrés par cette même police, il y a quelques années (démantèlement de nombreux réseaux et saisies de laboratoires clandestins) ont eu comme seul effet de déplacer les lieux et techniques de trafic, c’est-à-dire que les "pushers" (vendeurs de drogues dures accouturant leurs "rencontres" sans consommer eux-mêmes) ont disparu pour faire place à un trafic de fourmis (chaque junkie trafique quelques grammes lors de ses déplacements) qu’il est impossible de contrôler sans remettre en cause le minimum "démocratique". Il faudrait pour cela fouiller systématiquement chaque voyageur, chaque véhicule, chaque train en partance des lieux-clefs de trafic sans compter que ces lieux se déplaceraient alors vers d’autres lieux d’Europe et se démultiplieraient. D’ailleurs, à part les saisies de laboratoires d’il y a cinq ans, le marché de la drogue a toujours été en état de répondre à la demande et à son augumentation constante. En effet, chaque nouveau coup de filet a un effet inverse de celui escompté. C’est-à-dire qu’il augmente la "parano" du milieu de la "défonce", fait monter les prix, et du fait même de cette augmentation proportionnelle aux bénéfices, augmente le nombre des revendeurs tout en diminuant la qualité des produits. Un exemple concret lorsque ce sont les laboratoires clandestins installés en France qui ravitaillent le marché, la poudre (héroine), relativement pure était beaucoup moins novice que ces nouveaux produits traités dans d’autres pays d’Asie comme la "brown sugar", mélange de strincnine et d’héroine ayant investi aujourd’hui la presque totalité du marché français. Les produits coupés, frelatés artisanalement, pour augmenter les bénéfices, provoquent d’ailleurs ces soi-disant "overdose" qui ne sont la plupart du temps que des empoisonnements purs et simples (héroine + sucre ou méta ou saloperie quelconque = overdose). Face à cela, la répression, c’est-à-dire la position qui consiste à séparer pouvoir exécutif et pouvoir médical en les reliant toutefois par l’intermédiaire des médias délirants pour mieux les manipuler. Lons-le-Saunier : un réseau démantelé, quarante personnes environ, fonctionnant en réseau autarcique comme des milliers d’autres (70.000 utilisateurs de drogues dures, dix fois plus de fumeurs de hash, dit drogue douce), condamnées à de lourdes peines pour 2 g de ceci ou utilisation de cela. Gageons que le coût de la drogue a augmenté sensiblement à Lons-le-Sautnier, comme la délinquance d’ailleurs. Parce que si l’augmentation des peines a diminué, le nombre des ven­deurs professionnels a du même coup démocratisé le trafic en le surmultipliant entre consommateurs qui, pour suffire à leur accoutumance, le distribuent plus vite et plus loin dans les couches de la société.
Parlons aussi de la répression. Bien sur, les coups n’existent pas à la Brigade des stupéfiants ! La garde à vue de 48 heures, elle, existe. Or, il se trouve qu’un intoxiqué craque en quelques heures, le corps dévoré de l’intérieur par une souf­rance indescriptible. Donc, si les coups n’existent pas, pratiquement la torture par le manque, elle, existe, légale. Il y a aussi les chiens, à qui l’on fait respirer (charmant œuphémisme) chaque jour, un produit et qui sont spécialisés, grâce à leur flair, dans la destruction de ce pro­duit aux frontières. Des déclarations de policiers tendent d’ailleurs à expliquer que les chiens se portent très bien. So­yons clairs, ces chiens sont drogués (sniff !) mais jamais en manque, et ils se portent bien ! L’homme dans les mê­mes conditions, se porterait-il mal ?
Et puis bien sûr, il y a les médias, les professeurs, les familles, les voisins qui hurlent avec les loups, jusqu’au jour où leur propre fils, dénoncé par l’un d’entre eux, se révèle être le "monstre". Alors ils pleurent avec Olivenstein.
Et puis, il y a le reste, leur monde, eau puante, hôpitaux psychiatriques, ou pas psychiatriques, murs suintants, sécu­rité sociale, accidents du travail, pou­belles, ciel gris, bandes de psy... machins, air vicié, éducateurs, surgénérateurs, alors...

ET POURQUOI PAS STRASBOURG ?

(Note de la claviste qui a tapé ce texte : dis-moi, mon grand, t’aurais pas fumé un p’tit joint, avant de commencer ?)
Là-bas, la question doit être soulevée mais doit se situer ailleurs que dans l’éternel discours marécageux, légalisa­tion, dépénalisation, drogues légères, dro­gues dure », accoutumance, bon, pas bon...
Devant l’échec incontestable du pou­voir idéologique et exécutif (ce qui ne l’empéche pas d’ailleurs d’accentuer sa répression), face au trafic grandissant un autre pouvoir est en train de naître tout aussi dangereux, celui des trafiquants Et ce pouvoir est déjà désiré ailleurs. C’est-à-dire que les bénéfices fabuleux engendrés par la paranoïa du dealer et du consommateur, vont servir à l’État et au capital, non seulement à réaliser une bonne opération financière, mais à con­trôler complètement les produits intro­duits sur le marché. (Dépôt légal de l’em­ballage d’un paquet de joints aux États-Unis). C’est-à-dire qu’il faut cesser de revendiquer le droit à ceci ou le droit à cela, mais plutôt, dès maintenant, démys­tifier la défonce (chaque utilisateur a l’utilisation qu’il mérite de sa défonce) comme acte révolutionnaire (le seul acte que je revendique dans la défonce, com­me acte de rupture est la violation de in­terdit) et essayer de résoudre le problème de l’intérieur. C’est-à-dire que moi, consommateur, je suis las de vivre la dou­ble paranoïa : flic braqueur, parfois tueur, dealer braqueur parfois tueur. Je ne veux pas dire par là que je mets tout le monde dans le même sac (il existe des dealers cools et des flics qui ne sont ni braqueurs ni tueurs !!). Je dis qu’il est temps pour nous qui voulons vivre autrement notre défonce et notre quotidien, d’intervenir autour de nous, dans notre vie, pour re­fuser, démasquer et même combattre les individus squattant nos têtes et nos mo­yens. Il est temps qu’un débat d’infor­mation s’instaure par rapport à la con­sommation proprement dite, non pas en tant que "on-vérité", mais en tant que "moi-exception". Cela pour combattre tous les pouvoirs : non seulement la fausse information du pouvoir et de la justice qui nous pourchasse, mais aussi les censeurs (gauchistes, situationnistes, et autres militants de mes fesses) ainsi que les spécialistes (Olivenstein-le-torturé, Le Patriarche-sans commentaires, Jahouen-Ja bonne-conscience...) qui, au nom de leur expérience de l’extrême, déforment notre quotidien (gageons que si Marmottan soignait les accidentés du travail, il ne se prononcerait pas contre le travail, mais seulement contre les accidents).
Organisons-nous dès maintenant d’une manière autonome pour que nos différences ne deviennent pas répéti­tion, et cela par tous les moyens, de la créativité à la violence.

Walter Jones




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