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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Introduction aux différents textes et contexte de la conférence
Conférence des femmes socialistes à Berne (25, 26 et 27 mars 1915)
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 14 avril 2018

par ArchivesAutonomies

La Troisième Conférence Internationale des Femmes Socialistes aurait dû se réunir en août 1914, en liaison avec le Congrès de l’Internationale prévu au même moment. L’éclatement de la guerre mondiale empêcha la tenue de ces réunions. Mais dès novembre 1914 le Comité Central (bolchevik) du PSDR, par l’intermédiaire de la rédaction de Rabotniza (l’ouvrière), écrivit à Clara Zetkin (qui était secrétaire du Bureau International des Femmes Socialistes) pour lui demander d’appeler à une Conférence internationale réunissant les courants de gauche. Cette lettre qui reprenait les positions arrêtées par les Bolcheviks sur la guerre appelait les femmes de tous les pays à "rester fidèles au socialisme" et à "entraîner les ouvrières à la lutte contre toute forme de paix civile et pour la guerre à la guerre, une guerre étroitement liée à la guerre civile et à la révolution sociale". Elle fut peu après diffusée comme lettre circulaire adressée aux groupes socialistes de gauche de femmes de divers pays.

Dans une lettre à Inessa Armand en janvier 1915, Zetkin répondit qu’une conférence des femmes socialistes de gauche serait d’un "grand intérêt" ; mais, ajoutait-elle, "pour y arriver il faudra surmonter de gros obstacles et de grandes difficultés. D’abord il sera difficile de tracer une ligne entre la gauche et la droite parmi les femmes. Beaucoup d’entre elles ne savent même pas de quel côté elles se situent ; d’autres hésiteront à se décider ; tandis que d’autres encore refuseront catégoriquement de participer à une conférence réunissant seulement les femmes “de gauche” " [1].

Finalement Zetkin appela à cette Conférence malgré l’opposition prévisible des dirigeants sociaux-démocrates, en promettant de ne pas y inviter les organisations devenues chauvinistes ; son idée était d’informer les directions des partis socialistes allemand et autrichien de la tenue de la Conférence seulement quand tous les préparatifs en seraient achevés, espérant qu’elles ne s’y opposeraient pas en se rendant compte qu’elles ne pouvaient l’empêcher. Mais ce ne fut pas le cas et la délégation allemande dût enfreindre la discipline du parti pour venir à Berne. Dans une lettre à Liebknecht, Zetkin écrivait :

"Toutes nos amies comprennent parfaitement que l’Internationale des Femmes réalise un travail préparatoire pour une action commune de la grande Internationale et qu’elle est à l’avant-garde de la lutte pour la paix. Les perspectives de notre travail féminin sont très favorables, en dépit du présidium du parti allemand et de Victor Adler (principal dirigeant du parti autrichien- Ndt)".

Du côté français la déléguée était Louise Saumoneau ; adhérente de longue date du parti socialiste, elle militait parmi les femmes sur une base de classe, contre le féminisme bourgeois. Le Groupe Des Femmes Socialistes, dont elle avait été la dirigeante, prit lors de l’éclatement du conflit une position patriotique et de soutien résolu à la guerre ; cela contraignit Saumoneau à scissionner et créer un nouveau groupe : le Comité d’Action Féminine pour la Paix contre le Chauvinisme qui, selon un rapport de police ne réunissait au départ que 3 militantes. A la Conférence, L.S. présenta une motion "centriste", mais elle la retira à cause des amendements envoyés par son propre groupe avec lesquels elle était en désaccord : elle était partisane de mener uniquement un travail légal et elle était hostile à une rupture avec le Parti Socialiste.

Après la Conférence, en octobre 1915, elle fut arrêtée pour propagande anti-guerre (et incarcérée dans le quartier des prostituées), avant d’être remise en liberté provisoire en novembre. Membre du Comité Pour la Reprise des Relations Internationales (CRRI) qui regroupait les militants internationalistes, elle s’y situait avec le responsable syndical Bourderon dans l’aile droite qui se rapprocha peu à peu de l‘opposition centriste de Longuet au sein du PS. Bien qu’elle ait fait partie des dirigeants du Comité de la Troisième Internationale (nouveau nom du CRRI), dont elle démissionna cependant en juillet 1919 après avoir été élue à la CAP (Commission Administrative Permanente, la "direction" du PS), au Congrès de Tours qui vit la scission du PS, elle fit partie de la minorité de droite qui refusa l’adhésion à la IIIe Internationale pour continuer la "vieille maison" socialiste.