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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Conférence préliminaire à Berne - Zinoviev
11 juillet 1915
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 2 octobre 2017

par ArchivesAutonomies

Rapport de G. Zinoviev, délégué du Comité Central du PSDR [1]

Chers camarades !

Notre organisation (le Comité Central du Parti Social Démocrate Russe) juge nécessaire de vous informer de ce qui suit :

Dimanche 11 juillet s’est tenue à Berne une Conférence préliminaire pour préparer la conférence internationale des Gauches. Nous étions invités par Robert Grimm. Etaient présent : Robert Grimm (représentant du journal Berner Tagwacht), A. Balabanoff (?) [2], Morgari (le parti italien), Axelrod (représentant du dit Comité d’Organisation) [3], Warski (représentant du dit Présidium [principal] du parti Polonais), Walecki (représentant du parti socialiste polonais "Levitsa") [4], Zinoviev (représentant de notre organisation).

Il va sans dire que la composition de cette conférence m’a semblé plutôt bizarre. En effet où étaient les véritables Gauches de l’Internationale ? J’ai demandé, par exemple, si les marxistes hollandais, l’opposition polonaise social-démocrate, le groupe Lichstrahlen (Allemagne) et d’autres, avaient été invités. On m’a répondu que non ; seules les organisations qui étaient officiellement représentées au Bureau Socialiste International avaient été invitées. J’ai demandé pourquoi ; après tout nous ne sommes pas une conférence officielle, mais une conférence des Gauches. J’ai reçu ma réponse plus tard, pendant la réunion.

Morgari a fait un rapport sur son voyage en Angleterre et en France. Le rapport était plutôt pessimiste. Il nous raconta que les membres de l’Independent Labour Party avaient promis de venir, mais ils auraient préféré attendre un peu jusqu’à ce que la situation sur le front devienne plus claire. En outre ils ne voulaient pas provoquer de clash violent avec le Labour Party. La situation en France n’était pas meilleure. Les représentants des groupes d’opposition de Paris et de Lyon viendront peut-être à la conférence ; mais si la situation sur le front devenait défavorable pour le France, ils ne viendraient probablement pas. De toute façon il fallait attendre la décision du Conseil National du Parti Socialiste Français (14 juillet) [5]. Les informations de Grimm sur les négociations récentes avec Clara Zetkin sur la situation sont très importantes. Elle a dit à Grimm que l’opposition allemande participerait à la conférence, mais elle estimait que : 1) il faudrait discuter uniquement de la question de la paix : 2) il faudrait établir tout de suite le contact avec Haase et Kautsky [6]. Notre position théorique (c’est-à-dire celle de Clara Zetkin), n’est évidemment pas celle de Haase et de Kautsky. Malgré tout il faudrait essayer de travailler avec eux de façon à pousser ce groupe vers la gauche. Ensuite Grimm nous a informé que, sous sa seule responsabilité, il a essayé de prendre contact avec Haase, mais qu’il n’a pour l’instant pas eu de réponse.

Après cela il a été décidé de convoquer une deuxième conférence préliminaire (les participants présents + 1 Allemand + 1 Français + 1 Anglais) qui devra résoudre complètement la question de la conférence en tant que telle [7]. Au point où en sont les choses, il est clair que cette deuxième conférence préliminaire aura un rôle décisif. Elle déterminera la composition, l’ordre du jour, les projets de résolution, etc. de la conférence à venir. Par conséquent notre représentant, le camarde Zinoviev présenta les trois propositions suivantes :

Proposition 1 : les participants déclarent être d’accord en général avec la résolution de l’Exécutif du parti italien. Ils décident que ne devront être invités que les partis ou sections de partis (également syndicats ou autres organisations ouvrières) qui sont prêts (1) à lutter de la façon la plus résolue contre la trêve sociale, c’est-à-dire contre le ministérialisme, contre le vote des crédits de guerre, etc. ; (2) à mener la lutte contre le chauvinisme ; (3) à faire tous leurs efforts pour reprendre et maintenir la lutte de classe et pour développer cette lutte de classe en manifestations révolutionnaires de masse.

Proposition 2 : Inviter à la deuxième conférence un représentant de chacun des pays suivants : (1) Hollande (marxistes), (2) Bulgarie (Blagœv) ; (3) Scandinavie (Höglund et quelqu’un parmi les Norvégiens), (4) Allemagne — le groupe Lichtstrahlen (en plus du groupe de Zetkin, etc.), (5) le parti social démocrate polonais (l’opposition), (6) La Social Démocratie de la Région Lettonne.

Proposition 3 : Poser la question de l’invitation du groupe de Haase à la gauche allemande (le groupe Internationale et le groupe Lichtstrahlen).

L’ordre du jour préliminaire proposé par Zinoviev est le suivant :

1. Rapports

2. Pacifisme ou lutte révolutionnaire du prolétariat pour mettre fin à la guerre.

3. Guerres impérialistes et manifestations révolutionnaires de masse du prolétariat.

4. Une Internationale en commun avec les sociaux chauvins est-elle possible (la base principale de la IIIe Internationale) ?

A l’issue d’une discussion qui dura plusieurs heures, l’assemblée a accepté uniquement la première proposition, a rejeté la seconde et renvoyé le reste à plus tard. Il nous semble particulièrement intéressant de relater le rejet de la deuxième proposition. En fait les éléments de gauche des différents partis ne seront certainement pas invités à la conférence préliminaire décisionnelle. Au contraire ceux qui étaient venus ont déclaré très ouvertement qu’ils étaient déterminés à inviter à la conférence des gens comme Trœlstra, Branting [8] et Haase. Axelrod affirma que si on ne voulait pas inviter Haase, alors se poserait pour lui la question de savoir s’il assisterait ou non à la conférence. Walecki prit aussi énergiquement position pour Haase.

Les membres de l’assemblée ne veulent pas établir des contacts avec le groupe Lichtstrahlen, alors qu’on a laissé Warski répéter les ragots bien connus des membres du Présidium du parti sur Borchardt et Radek-Parabellum [9]. Selon toute probabilité, déclara Warski, Zetkin ne voudra pas s’asseoir dans la même salle que Borchardt. Pannekœk n’a absolument aucune influence sur les éléments de gauche allemands. L’orateur ci-dessus n’a même pas daigné dire un mot sur Radek. Après tout cela, il est clair que la prétendue conférence des Gauches sera en réalité une conférence des "conciliateurs" du "Centre" avec des sociaux chauvins. Il est clair que personne ne songe sérieusement à la convocation d’une dite conférence de la Gauche.