Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Lettre à la Conférence de Zimmerwald - Karl Liebknecht
2 septembre 1915
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 18 février 2019

par ArchivesAutonomies

La publication de la lettre dans la Rote Fahne, [1] quotidien du KPD (Parti Communiste Allemand), fut présentée ainsi par Ernst Meyer (l’un des dirigeants du parti) :

"Karl Liebknecht envoya une salutation écrite à la Conférence qui déclencha une tempête d’enthousiasme parmi tous les membres de la Conférence, à l’exception de Ledebour et Adolf Hoffmann qui se sentirent attaqués, non sans raison, et marmonnèrent quelque chose à propos d’ "excentricité". Lénine apprécia particulièrement le passage : "Guerre civile et non paix civile". Il s’exclama : "Guerre civile — c’est excellent !" et répéta cette phrase plusieurs fois. Plus tard Lénine emporta la lettre de Liebknecht chez lui et le 21 septembre (date du cachet de la poste) sa femme, la camarade Kroupskaya, l’envoya de Sörenberg près de Lucerne au camarade Zinoviev à Hertenstein près du lac de Vierwaldstäter où le camarade Zinoviev séjournait avec sa femme au cours de l’été 1915.

Liebknecht avait écrit sa lettre au crayon. C’est sa femme qui l’apporta elle-même en Suisse. La copie que je possède contient deux petites omissions sans importance consistant en un ou deux mots illisibles dans l’original. Cette lettre est publiée pour la première fois"

Chers camarades !

Pardonnez ces quelques lignes écrites à la hâte. Je suis emprisonné, enchaîné par le militarisme. Il m’est donc impossible de vous rejoindre. Mon cœur, mon cerveau, tout mon être est cependant avec vous.

Deux tâches sérieuses se posent devant vous. Une tâche difficile, celle du rude devoir, et une tâche sacrée, celle de l’enthousiasme et de l’espérance.

Règlement des comptes, impitoyable règlement des comptes avec les déserteurs et transfuges de l’Internationale, d’Allemagne, d’Angleterre, de France et d’ailleurs.

C’est notre devoir de promouvoir la compréhension, l’encouragement et l’exhortation réciproques de tous ceux qui sont restés fidèles au drapeau, qui sont résolus à ne pas reculer d’un seul pas devant l’impérialisme international, en tomberaient-ils victimes ; de mettre de l’ordre dans les rangs de ceux qui sont décidés à tenir jusqu’au bout — à tenir jusqu’au bout et à lutter de pied ferme sur la base du socialisme international.

Il est nécessaire de faire brièvement la clarté sur les principes de notre position vis-à-vis de la guerre mondiale, en tant que cas spécial de notre position de principe vis-à-vis de l’ordre social capitaliste.. Brièvement — je l’espère ! Car, à ce sujet, nous sommes tous, et nous devons tous être d’accord !

Il s’agit avant tout de tirer les conclusions tactiques de ces principes — sans hésitation, pour tous les pays !

Guerre civile et non paix civile ! Pour la solidarité internationale du prolétariat, contre la pseudo-nationale, pseudo-patriote, entente entre les classes et pour la guerre de classe internationale pour la paix, pour la révolution socialiste ! Il faut décider comment mener ce combat. Ce n’est que par la coopération, par le travail en commun rapports entre les pays, par le renforcement mutuel entre les uns et les autres, qu’il sera possible de réunir les plus grandes forces possibles et que par conséquent les succès possibles pourront être obtenus.

Les amis de chaque pays tiennent dans leurs mains les espoirs et les perspectives des amis de chaque autre pays. Surtout vous, socialistes français et allemands, vous avez un seul et même destin. Vous, amis français, je vous en conjure, ne vous laissez pas avoir par les phrases sur l’union nationale — vous êtres vraiment immunisés contre elles ! — pas plus que par celles tout aussi dangereuses de l’unité du parti. Toute protestation contre celle-ci, toute manifestation de votre opposition à la politique gouvernementale semi-officielle, toute affirmation courageuse pour la lutte de classe, de la solidarité avec nous et du désir prolétarien de la paix, renforce notre combativité, décuple notre force d’agir dans le même sens en Allemagne pour le prolétariat mondial, pour son émancipation économique et politique, pour son affranchissement des chaînes du capitalisme, mais aussi des chaînes du Tsarisme, du Kaisérisme, du Junkerisme, et du militarisme qui est tout aussi international ; décuple notre force de lutter en Allemagne pour la libération politique et sociale du peuple allemand, contre le pouoir et l’expansionnisme des impérialistes allemands, pour une paix prochaine qui rende la liberté et l’indépendance à la malheureuse Belgique, et la France au peuple français.

Frères français, — nous connaissons les difficultés particulières de votre situation tragique, nous saignons avec vous comme avec la masse torturée et lapidée de tous les peuples. Votre malheur est le nôtre, nous qui savons que notre douleur est la vôtre. Que notre lutte soit la vôtre, aidez-nous comme nous jurons de vous aider.

La nouvelle Internationale naîtra ; elle pourra naître sur les ruines de l’ancienne, sur de nouveaux fondements plus solides. Vous, amis socialistes de tous les pays, vous devez aujourd’hui poser la première pierre de l’édifice de l’avenir. Prononcez un jugement inexorable contre les faux socialistes ! Aiguillonnez impitoyablement les chancelants, les hésitants de tous les pays, y compris ceux d’Allemagne ! La grandeur du but vous élèvera au dessus de l’étroitesse et la petitesse du jour, au dessus de la misère de ces jours horribles.

Vive la future paix entre les peuples ! Vive l’antimilitarisme ! Vive le socialisme international, révolutionnaire, libérateur des peuples !

Prolétaires de tous les pays, ré-unissez-vous !