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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Projet de résolution de la gauche - Radek
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 18 février 2019

par ArchivesAutonomies

La gauche s’était mise d’accord pour présenter à la conférence un projet de résolution et un projet d’appel qui furent rejetés à une grosse majorité par les participants.

Voici ces textes [1], qui ont acquis par la suite une importance historique considérable. Ils ont été présentés par le Comité central du Parti social-démocrate ouvrier de Russie, le Comité national de la social-démocratie Russe-Pologne et Lithuanie, le Comité central de la social-démocratie de Lettonie, la Fédération des Jeunesses socialistes de Suède et de Norvège, un représentant des social-démocrates révolutionnaires d’Allemagne et un délégué suisse (Platten).

La guerre qui depuis plus d’un an dévaste l’Europe est une guerre impérialiste, pour l’exploitation économique de nouveaux marchés, pour la conquête de sources de matières premières, pour le placement des capitaux. La guerre est un produit du développement économique qui unit par des liens économiques le monde entier et laisse en même temps subsister les groupes capitalistes constitués en unités nationales, divisés par l’antagonisme de leurs intérêts.

En s’efforçant de dissimuler le vrai caractère de la guerre, la bourgeoisie et les gouvernements qui prétendent qu’il s’agit d’une guerre pour l’indépendance, d’une guerre qui leur a été imposée, ne font qu’induire en erreur le prolétariat, puisque en réalité la guerre a précisément pour but l’oppression de peuples et de pays étrangers. Il en est de même quant aux légendes qui attribuent à cette guerre le rôle de la défense de la démocratie, tandis que l’impérialisme signifie la domination la plus brutale du grand capitalisme et de la réaction politique.

Ce n’est que par l’organisation socialiste de la production, qui à son tour résoudra les contradictions engendrées par la phase actuelle du capitalisme, que l’impérialisme pourra être surmonté, les conditions objectives pour cette transformation sont déjà mûres.

Lorsque la guerre éclata, la majorité des dirigeants du mouvement ouvrier n’opposèrent pas la solution socialiste - cette unique solution - à l’impérialisme. Entraînés par le nationalisme, minés par l’opportunisme, ils livrèrent au moment de la guerre le prolétariat à l’impérialisme, reniant ainsi les principes du socialisme, c’est-à-dire la vraie lutte pour les intérêts du prolétariat.

Le social-patriotisme qui a été accepté en Allemagne aussi bien par la majorité franchement patriotique de ceux qui avant la guerre avaient été les dirigeants socialistes du mouvement, que par le centre du parti aux allures oppositionnelles se groupant autour de Kautsky et qui, en France et en Autriche, est professé par la majorité, en Angleterre et en Russie par une partie des dirigeants (Hyndman, les Fabiens, les dirigeants et membres des Trades-Unions, Plekhanoff, Rubanovitch et le groupe Nacha Sarja en Russie) est plus dangereux pour le prolétariat que les apôtres bourgeois de l’impérialisme, car, abusant du drapeau socialiste, le social-impérialisme peut induire en erreur la classe ouvrière. La lutte la plus intransigeante contre le social-impérialisme est la première condition pour la mobilisation révolutionnaire du prolétariat et pour la reconstruction de l’Internationale.

Il est du devoir des partis socialistes et des minorités oppositionnelles au sein des partis devenus social-patriotes, d’appeler les masses ouvrières à la lutte révolutionnaire contre les gouvernements impérialistes, pour la conquête du pouvoir politique, en vue de l’organisation socialiste de la société. Sans renoncer à la lutte pour les revendications immédiates du prolétariat, réforme qui est à même d’augmenter la force du prolétariat, sans renoncer à aucun des moyens d’organisation et d’agitation des masses, la social-démocratie révolutionnaire a au contraire le devoir de profiter de toutes les luttes, de toutes les réformes revendiquées par notre programme minimum pour intensifier la crise sociale et politique du capitalisme, pour la transformer en une attaque contre les bases mêmes du capitalisme. Cette lutte étant menée au nom du socialisme, elle rendra les masses ouvrières hostiles à toute tentative de faire opprimer un peuple par un autre - tentative qui consiste dans la conservation de la domination d’une nation sur les autres, dans l’aspiration aux annexions - cette même lutte pour le socialisme rendra les masses inaccessibles à la propagande de la solidarité nationale au moyen de laquelle les prolétaires ont été entraînés sur les champs de massacre.

C’est par la lutte contre la guerre mondiale, c’est pour accélérer la fin du massacre des peuples que cette lutte doit être inaugurée. Cette lutte exige la sortie des socialistes des ministères, elle impose aux représentants de la classe ouvrière le devoir de dénoncer le caractère capitaliste-antisocialiste de la guerre des tribunes des parlements, dans les journaux et, là où cela ne peut se faire dans la presse légale, de recourir à la presse illégale, de lutter de la manière la plus énergique contre le social-patriotisme, de profiter de tout mouvement des masses provoqué par la guerre (misère, grandes défaites), pour organiser des manifestations dans les rues contre les gouvernements, de faire de la propagande de solidarité internationale dans les tranchées, d’encourager les grèves économiques et de les transformer, si les circonstances y sont favorables, en des grèves politiques. Guerre civile et non pas union sacrée, voilà notre devise. Contrairement à l’illusion qu’on crée en admettant qu’il est possible de créer les bases d’une paix durable, le commencement du désarmement par des décisions des gouvernements ou des diplomaties, les social-démocrates ont le devoir de toujours répéter aux masses que ce n’est que la révolution sociale qui pourra réaliser la paix durable et la libération de l’humanité. [2]