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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Réactions des différents partis socialistes à la conférence de Zimmerwald
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 18 février 2019

par ArchivesAutonomies

Voici la réaction des partis socialistes les plus importants [1] :

Le Parti social-démocrate allemand. — Son Comité directeur adressa aux comités régionaux la circulaire suivante :

Berlin, 2 octobre 1915

Camarades ! Du 5 au 8 septembre a eu lieu à Zimmerwald près de Berne une réunion des socialistes de divers pays. Les membres de cette réunion crurent servir les intérêts du prolétariat dans ce grave moment en adressant dans un long manifeste toute sorte de reproches aux organisations des divers pays.

La conférence eut pour résultat la fondation d’une soi-disant commission socialiste internationale, en opposition au Bureau socialiste de La Haye. Il suffit de constater qu’à Zimmerwald n’ont pas été représentés les partis socialistes de la France, de l’Angleterre, de la Belgique, de l’Allemagne, de l’Autriche, du Danemark, de la Suède, de la Norvège, de la Hollande, de la Suisse, des Etats-Unis de l’Amérique, etc. ; il suffit de constater ceci pour prouver que la conférence de Zimmerwald ne peut avoir aucune portée.

En notre qualité de représentants autorisés du Parti socialiste de l’Allemagne, nous rappelons encore une fois expressément que :

1. Tout le Parti socialiste allemand est animé du même désir de la paix.
2. Les organes directeurs du Parti socialiste de l’Allemagne ont fait tout ce qui était en leur pouvoir et continueront à le faire pour hâter la conclusion de la paix.
3. Les efforts des organes directeurs du P. S. de l’Allemagne n’ont malheureusement pas trouvé un accueil favorable à l’étranger.
4. Il va de soi que ce ne peut être que la tâche des directions compétentes des partis d’entrer en négociation avec les partis des autres pays.

La participation individuelle des camarades allemands aux soi-disant conférences internationales ne peut que rendre plus difficile le renouement des relations internationales, puisqu’elles éveillent l’apparence qu’une petite minorité seulement du parti allemand aspire à la paix. C’est tout juste le contraire ; les organes compétents ont à maintes reprises manifesté publiquement au nom du parti tout entier le désir de la paix et l’hostilité envers tout projet d’annexion.

Selon les délibérations de Zimmerwald, le texte du manifeste devrait être envoyé à toutes les organisations politiques et syndicales afin que celles-ci envoient leur adhésion à la commission créée en Suisse. Nous espérons que nos organisations ne suivront pas cette incitation, l’unité du parti, si nécessaire, ne pourrait certes pas en tirer profit. Nous déclinons toute responsabilité pour tout ce qui concerne la conférence de Zimmerwald.

En outre, nous attirons l’attention sur un appel que le bureau de la Fédération internationale de la Jeunesse socialiste, récemment fondé en Suisse, a adressé à la jeunesse socialiste de tous les pays, où il est dit entre autres : “Le terrain pour une rébellion internationale est donné, semons.”

Il est du devoir de toutes nos organisations de mettre en garde surtout les camarades qui se vouent au mouvement de la jeunesse, contre toute expression irréfléchie.

Les camarades peuvent être sûrs que les organes directeurs du parti font — dans les limites imposées par l’état de guerre — tout ce qui, selon leur conviction, correspond aux intérêts du prolétariat. Les organes directeurs du parti seront d’autant plus à même d’accomplir leurs tâches difficiles que le parti tout entier les appuiera par son unité et repoussera les conseils des conseillers irresponsables [2].

Le Parti socialiste français. — La Commission administrative permanente du Parti socialiste français adopta l’ordre du jour suivant :

En présence des efforts faits par deux citoyens pour porter dans la Fédération de la Seine une propagande basée sur les résolutions d’une réunion tenue en Suisse, à Zimmerwald, où ils s’étaient rendus, sans aucun mandat du parti, pour y conférences sur la question de la paix avec d’autres socialistes de pays neutres ou belligérants, pour la plupart eux-mêmes sans mandat ; la CAP rappelle qu’elle s’est refusée à participer à cette réunion comme aux réunions de même ordre organisées depuis le début de la guerre.

En conformité avec les décisions du Conseil national des 14 et 15 juillet, elle affirme de nouveau qu’une paix durable ne peut être obtenue que par la victoire des alliés et la ruine de l’impérialisme militariste allemand, que toute autre paix, toute paix prématurée ne serait qu’une trêve ou une capitulation.

Le Conseil national a dit et la CAP répète avec lui que “la lutte imposée aux alliés par les dirigeants de l’Allemagne doit être conduite à son terme logique, c’est-à-dire jusqu’à la défaite du militarisme allemand afin que soit donnée au monde la grande et nécessaire leçon d’une entreprise d’hégémonie brisée par la résistance des peuples libres”.

La CAP invite donc toutes les fédérations et leurs sections à éviter même l’apparence d’une participation quelconque à une propagande contraire aux intérêts de la défense nationale et à l’organisation nationale et internationale du socialisme qu’on prétend consolider [3].

Le Parti socialiste danois adressa aux directions des autres partis socialistes la lettre suivante :

Le Comité directeur du Parti socialiste danois a envoyé au mois d’octobre aux comités directeurs des partis socialistes des autres pays la circulaire suivante :

"Le Comité directeur du parti danois, qui n’a d’aucune façon été informé de la préparation de la conférence de Zimmerwald, vient de recevoir le rapport sur les décisions qui y ont été prises.

Notre Comité directeur déclare qu’il ne peut se faire représenter par la soi-disant “Commission internationale” qui est le résultat de ladite conférence, comme il n’entend pas non plus se conformer aux décisions de cette commission. Nous protestons contre cette ingérence dans l’organisation du socialisme international et protestons contre le fait que des personnes qui ne sont pas déléguées par les partis auxquels elles appartiennent, se donnent les allures de représentants des dirigeants de la social-démocratie internationale. Le parti danois n’a chargé les camarades élus à Zimmerwald d’aucune fonction, c’est pourquoi nous protestons contre l’attitude de ces camarades, s’ils prétendent agir au nom de la social-démocratie internationale.

Nous sommes d’avis que tous les différends doivent être réglés par les partis nationaux et ensuite par l’organisation internationale régulièrement constituée, et non pas par des conférences convoquées au hasard ou par des commissions élues occasionnellement, dépourvues de responsabilités.

En sa qualité de membre de la social-démocratie internationale, le Parti socialiste danois entend continuer à se conformer aux délibérations des congrès internationaux dans son oeuvre en faveur de la paix durable" [4].

Le journal du Parti socialiste hollandais, “Het Volk”, ayant publié une déclaration contre la conférence de Zimmerwald, la Commission socialiste internationale lui adressa la déclaration suivante :

Dans une déclaration des camarades Vliegen et van Kol, publiée par le “Het Volk”, ces camarades affirment que la conférence internationale de Zimmerwald a été composée de délégués de petits groupes réunis au hasard, aucunement autorisés à constituer une commission socialiste internationale. Le même numéro du journal hollandais contient l’affirmation que le manifeste adopté par la Conférence socialiste internationale n’implique pas le devoir, pour le prolétariat français et anglais, de cesser à appuyer leurs gouvernements.

Contrairement à ces assertions, nous constatons que c’est le Comité directeur du Parti socialiste italien qui a pris l’initiative de la conférence. Selon les décisions du Comité directeur du PSI les invitations à la conférence furent envoyées à tous les partis, à toutes les organisations ouvrières ou aux fractions des uns et des autres dont on savait qu’ils seraient disposés à engager immédiatement la lutte contre la trêve des partis et dont on était sûr qu’ils seraient disposés à se rallier à une action simultanée contre la guerre, action menée par les socialistes de tous les pays, basée sur la lutte des classes. A l’invitation ainsi conçue, les organisations de onze pays se firent représenter à la conférence. Les délégués de sept pays étaient envoyés à la conférence par les partis officiels, tandis que le reste des représentants prenaient part à la conférence en qualité de délégués de minorités organisées. Il est donc évident que la conférence n’a pas été composée d’éléments réunis par le hasard.

Les partis représentés officiellement à Zimmerwald avaient à un moment donné consenti au transfert du Bureau socialiste international de Bruxelles à La Haye. Ils croyaient que ce transfert aurait été immédiatement suivi de la reprise des relations internationales du prolétariat, ayant pour but l’inauguration d’une action prolétarienne en faveur de la paix. C’est dans ce sens que les comités directeurs des partis socialistes de l’Italie, de la Suisse, de la Roumanie et de la Bulgarie firent des démarches réitérées. L’annuaire du parti suisse de l’année 1914 contient des documents qui en sont la preuve. Ce n’est que lorsque toutes ces tentatives échouèrent que le Comité directeur du Parti socialiste italien prit l’initiative de la convocation de la conférence, au cours de laquelle on décida l’institution de la Commission socialiste internationale.

Ladite commission ne fait nullement concurrence au Bureau socialiste international. Elle n’a qu’un caractère provisoire et sera dissoute au moment même où le Bureau socialiste international initiera, conformément aux délibérations de Stuttgart, de Copenhague et de Bâle, la lutte contre la guerre.

En ce qui concerne le manifeste, l’affirmation que nous venons de citer se base évidemment sur un malentendu. Tous les membres de la conférence ont été de l’avis unanime que l’action internationale du prolétariat en faveur de la paix ne peut dépendre des conditions militaires des différents pays. La critique exercée par le manifeste à l’égard des partis socialistes des pays belligérants, la condamnation générale de l’union sacrée, de la votation des crédits, du ministérialisme, toute cette critique aurait été absurde si la conférence considérait que l’appui accordé par la classe ouvrière aux gouvernements pourrait être justifié par les conditions militaires des différents pays ou par les aspirations du mouvement ouvrier ou du socialisme. Si la conférence s’était placée à ce point de vue, elle aurait par cela même renoncé à une action unitaire du prolétariat international en faveur de la paix. S’il en était ainsi, l’Internationale devrait ou rester inactive jusqu’au moment où la situation militaire sera modifiée, ou bien elle devrait appuyer la politique fratricide d’une classe ouvrière contre l’autre selon les conditions militaires des différents pays ou selon leur culpabilité extérieure. Une telle attitude serait en contradiction avec les décisions de Stuttgart, de Copenhague et de Bâle, et surtout avec les décisions solennelles de Bâle, acceptées à l’unanimité : ... si la guerre devait néanmoins éclater, il serait du devoir de tâcher d’y mettre fin le plus vite possible et de faire tous les efforts pour profiter de la crise économique et politique de la guerre pour agiter les masses et accélérer ainsi l’abolition de la domination de la classe capitaliste.

De même le passus sur le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ne peut être interprété comme admission de l’appui aux gouvernements de pays belligérants. L’autonomie des peuples ne peut être réalisée dans une société basée sur la division des classes. Ce n’est que le socialisme qui peut garantir aux peuples leur autonomie et leur indépendance. C’est pourquoi la lutte pour l’autonomie des peuples ne peut être que la lutte pour le socialisme. Cette lutte n’étant admise par aucun gouvernement bourgeois, ceux-ci ne peuvent donc être appuyés par les socialistes.

C’est en ce sens que les délégués allemands et français se sont refusés de faire dépendre leur action pour la paix des conditions militaires du moment et c’est précisément pour cette raison qu’ils ont voté pour le manifeste [5].

Le Comité directeur du Parti socialiste italien, initiateur de la conférence, vota l’ordre du jour suivant :

Le Comité directeur du PSI se réjouit vivement de la résurrection du mouvement international que le résultat des travaux de Zimmerwald a prouvée d’une façon admirable, puisque, à cette conférence, les liens de fraternité et de solidarité qui unissent les ouvriers de tous les pays contre les gestes de la bourgeoisie capitaliste et impérialiste, au-dessus de toute rancune chauvine, ont été renoués.

Le Comité directeur approuve entièrement le manifeste lancé par les représentants des différentes nationalités réunis à la conférence et s’engage à conformer son attitude et celle de tout le parti aux décisions de la conférence de Zimmerwald.

C’est pourquoi, prenant connaissance des travaux de la CSI fidèle aux traditions du socialisme international et de la lutte de classe du prolétariat, le Comité directeur s’engage à appuyer ladite commission par la collaboration des membres du parti et par des moyens financiers dont le Comité directeur pourra disposer et décide en même temps de répandre par tous les moyens et partout, même en face de l’hostilité du gouvernement, le manifeste de Zimmerwald qui convie les ouvriers de tous les pays à la lutte contre la guerre.

Le Comité directeur invite toutes les sections, la presse du parti, le groupe parlementaire, les représentants du parti dans les conseils communaux, dans les assemblées provinciales, les organisations ouvrières socialistes et les camarades socialistes en général, à se conformer aux décisions de la conférence internationale et les encourage à déployer une activité énergique, animée d’esprit internationaliste, afin que le mouvement en faveur d’une paix qui détruise la haine entre les nations et établisse des relations cordiales entre les peuples, devienne assez fort pour imposer à tous les gouvernements la fin de la boucherie humaine [6].

Le Parti socialiste roumain soumit les résultats de la conférence de Zimmerwald à un congrès qui décida :

Le quatrième congrès du Parti socialiste de la Roumanie s’associe aux décisions de la conférence de Zimmerwald contre la guerre et pour le triomphe du socialisme international et promet à la CSI de Berne son appui moral et matériel [7].

Le Parti socialiste suisse, qui avait collaboré officiellement avec le Parti socialiste italien, jusqu’au mois de mai 1915, à l’organisation d’une conférence des neutres et qui abandonna la lutte au moment où la question de réunir les groupes d’opposition fut posée, n’avait pas été officiellement invité à la conférence de Zimmerwald. La majorité du Comité directeur désapprouva l’initiative prise par son secrétaire, Platten, avec Robert Grimm et Charles Naine. Mais le congrès du parti, réuni à Aarau, les 20 et 21 novembre 1915, discuta la question et désavoua la majorité du Comité directeur et du Comité central, par 330 voix contre 51. Il vota la résolution suivante :

Le congrès du parti salue la conférence de Zimmerwald, approuve ses décisions et décide d’appuyer autant que possible, moralement et financièrement, l’action lancée par la conférence.

Le PSS envoie à tous les camarades qui, dans les pays belligérants, sont demeurés fidèles aux principes de l’Internationale et de la lutte de classe, l’expression de sa sympathie.

Il réclame une paix basée sur les principes de la résolution de Zimmerwald, mais considère que cette paix ne doit pas être établie par la continuation de la guerre, mais bien seulement par une action révolutionnaire de la classe ouvrière... [8]