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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Social Démocratie et la question de la paix - Projet de résolution de la gauche de Zimmerwald
Sotsial-Demokrat n° 54-55, 10/6/1916.
Article mis en ligne le 27 février 2019
dernière modification le 18 février 2019

par ArchivesAutonomies

1. A mesure que le temps passe, la Guerre Mondiale, dont le véritable caractère se cache derrière les slogans de défense, d’indépendance nationale et de démocratie, révèle sa véritable nature. Cette guerre est une lutte des Grandes Puissances capitalistes pour un nouveau partage des pays arriérés qui sont condamnés à devenir l’objet de l’exploitation des différentes cliques du capital financier. La guerre actuelle ne débouchera pas sur un partage définitif de ces pays. Le capital financier, renforcé au cours de la Guerre Mondiale par la politique des prêts et par une forte concentration du capital, continuera son pillage et préparera de nouvelles guerres pour découper le Proche Orient, les territoires de l’Extrême Orient longeant l’Océan Pacifique, les colonies des nations capitalistes plus faibles. Les négociations actuellement en cours et les traités secrets existants pour une consolidation des accords économiques et une nouvelle division des sphères d’influence (à savoir les plans pour la formation d’une Alliance Centro-Européenne, la conférence économique des Alliés, le traité anglo-japonais, le traité russo-japonais, etc.) servent ces nouveaux objectifs.

2. Tandis que dans la conflagration de la Guerre Mondiale se forge une nouvelle paix — qui ne sera rien d’autre qu’un accord entre bandits impérialistes pour le partage des dépouilles et qui accroitra la menace de nouvelles guerres — la petite bourgeoisie, les opportunistes et les social-pacifistes (« le centre » du Parti Social Démocrate Allemand, l’Independent Labour Party, etc.), s’efforcent d’ignorer la réalité et d’en détourner les masses ; ils sont en quête du mirage d’une « paix démocratique » qui donnerait aux peuples les Etats Unis d’Europe, des cours obligatoire d’arbitrage, le désarmement, une diplomatie démocratisée, etc. En réalité tout cela trompe les masses, camoufle et masque la réalité cruelle de la politique mondiale. La bourgeoisie capitaliste de tous les grands Etats n’est intéressée que par ses profits. Elle cherche de toutes ses forces à accroître ses profits, et non à les partager avec d’autres Etats capitalistes plus faibles. La situation présente et le futur du capitalisme ne signifient pas désarmement, réconciliation et « contrôle démocratique » sur les ambitions prédatrices, mais accroissement et aggravation du règne de la loi de la jungle des cliques financières et de leur politique mondiale impérialiste. Par conséquent la signification objective de l’utopie d’un capitalisme mondial, c’est-à-dire d’un capitalisme sans guerres, est de tromper les masses sur la situation réelle. Elle les détourne de la voie de la lutte révolutionnaire. La politique du social-pacifisme n’est donc que de l’eau au moulin des opportunistes, qui sont obligés de cacher leurs véritables intentions de se partager le butin avec leur bourgeoisie de la même façon que la bourgeoisie impérialiste doit cacher ses propres mauvaises intentions.

3. L’impérialisme qui fait peser sur le prolétariat de grands périls, creuse sa propre tombe. Ses fondations reposent sur la forte concentration de la production, sur le rôle décisif d’un petit groupe des banques les plus puissantes, de monopoles et d’une technologie hautement développée. Mais ces prémisses sont aussi les prémisses du socialisme ; le moment de la réalisation du socialisme approche donc. En même temps l’impérialisme mobilise les masses sous l’influence de souffrances jamais vues liées à la Guerre Mondiale et à ses conséquences, et de conditions aggravées pour la lutte syndicale, plaçant ainsi le prolétariat face à l’alternative : ou la lutte pour le socialisme ou une dégradation et un épuisement général.

4. Cette lutte révolutionnaire de masse du prolétariat pour le socialisme naîtra de la lutte contre les méfaits et les fardeaux amenés par l’époque de l’impérialisme et contre l’augmentation des prix, le chômage, l’augmentation des taxes, les aventures coloniales et l’oppression nationale. La lutte sera menée sous le mot d’ordre de l’abolition de tous les fardeaux de l’impérialisme (annulation des dettes gouvernementales), de soutien aux chômeurs, de la répudiation des annexions, de la libération des colonies, de l’abolition des frontières des Etats. Toutes ces luttes s’uniront dans un unique et puissant courant de lutte pour le pouvoir politique, de lutte pour le socialisme et pour l’unification des peuples socialistes.

Appeler le prolétariat à cette lutte et l’organiser en vue d’une attaque résolue contre le capitalisme, tel est le seul programme de paix de la Social Démocratie.

Baissez vos armes. Vous ne devez les utiliser que contre l’ennemi commun — les gouvernements capitalistes — voilà le programme de paix avancé par l’Internationale.

Ce projet de résolution a été signé par les délégués suivants à la Conférence de Kienthal :

Le Comité central du parti ouvrier social-démocrate de Russie : Lénine, Zinoviev, Petrova ; le Comité régional de la Social Démocratie de Pologne et Lituanie : Radek, Bronski, Dabrovski ; un délégué de la ville X ; des membres de la délégation suisse : Platten, Nobs, Robmann ; pour le Parti Social Démocrate Serbe : le député Klacerovitch ; un membre de la délégation italienne : G.M. Serrati (rédacteur en chef de Avanti).

Parmi les signataires, Zinoviev représentait aussi la Social Démocratie de la Région Lettone, tandis que Radek représentait la Ligue Socialiste Révolutionnaire de Hollande (dont la présidente est la camarade Roland-Holst).